La Banque centrale allemande, la Bundesbank, a annoncé mercredi son intention de rapatrier par étapes d’ici 2020 toutes ses réserves d’or à Paris et une partie de celles entreposées à New York, soit 674 tonnes ou 19% du total des réserves d’or du pays. Décryptage avec Charles Sannat, directeur des études économique du site aucoffre.com.
L’Allemagne a annoncé le rapatriement d’une partie de ses stocks d’or qu’elle possède dans les pays étrangers. Pourquoi ?
Tout simplement parce que posséder ses propres réserves d’or, c’est un principe souverain.
L’Allemagne le fait parce que le contexte géopolitique a changé : très peu de pays ont leur réserve d’or chez les autres. Certains pays, notamment en Amérique du Sud, le font pour des raisons de coups d’États, pour que le premier venu ne puisse pas se barrer avec les lingots ! Mais pour le cas de l’Allemagne, il y a tout d’abord la raison historique. Après la seconde mondiale, les stocks d’or allemands ont été dispersés. La deuxième raison, c’est l’arrivée de l’euro il y a dix ans. L’Allemagne avait une certaine défiance quant à la pérennité de la monnaie unique.
Quel a été l’élément déclencheur ?
C’est un rapport de la Cour des Comptes allemande. Dans ce document, elle indique que le marché de l’or allemand est trop opaque et qu’il est difficile de quantifié les stocks. Pour que son or génère un rendement, l’Allemagne, comme d’autres, procède à des opérations de prêt. Cela veut donc dire que comptablement il peut-être prêté mais plus forcement disponible physiquement.
La France détient près de 11% de la réserve d’or de l’Allemagne. Le rapatriement outre-Rhin présente-t-il des risques diplomatiques ?
Il y a une question à se poser : est-ce que la France a bien les réserves qu’elle dit avoir ? Comptablement il peut être toujours dans les livres de la Banque de France, mais peut-être est-il prêté à JP Morgan, à la Société Générale ou la BNP, donc physiquement plus dans les coffres de la Banque de France. Si c’est le cas on est dans l’incapacité de le livrer l’or des Allemands. Et là, effectivement, cela pose un problème financier et surtout diplomatique.
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