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Les déboires chinois de Pierre Moscovici

pierre moscovici, commerce extérieur

Le plus déçu du Conseil des ministres ce matin sera sans doute Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie. Non pas parce qu’il a été écarté de ce chantier de la réforme fiscale, il est évidemment déçu parce qu’il est rentré de Chine les mains vides. Son seul souvenir, celui, amer, d’avoir reçu des leçons d’économie de marché comme savent si bien le faire les Chinois.

Le ministre de l’Économie était à Pékin pour assurer le service après-vente du voyage officiel de  François Hollande. Théoriquement, il allait moissonner les contrats commerciaux qui avaient été semés et allait signer avec des investisseurs pour qu’ils s’engagent en France. Et bien, la France n’a pas récolté grand-chose.

Les deux pays  se sont fendus de communiqués polis et positifs pour indiquer qu’ils s’engageaient à « renforcer leurs échanges commerciaux et leurs relations d’investissement ». La Chine a promis de regarder de prêt l’impact de sa monnaie  ajoutant que la réponse à la crise ne devait pas être défensive et protectionniste. La France a approuvé bien sûr  accompagnant cela d’un  bla-bla diplomatique. Mais au-delà de ces relations épistolaires franco-chinoises, les caddys sont restés vides.

L’invitation de Pierre Moscovici auprès des investisseurs Chinois a été assez tièdement accueillie. « Les négociations pour faire rentrer les Chinois au capital de PSA, sont selon le ministre français, bien engagées ». Même si désormais, on ne sait plus avec quelle direction pourront parler les Chinois. Le départ de Philippe Varin ne donne pas de garantie sur l’issue de cette affaire surtout qu’une grande partie de la famille Peugeot est opposée à l’arrivée des Chinois et a poussé Philippe Varin dehors pour cela.

Le plus important de ces deux jours de négociation a été la leçon d’économie infligée par les autorités chinoises à la délégation française.

« Nous sommes dans un univers concurrentiel mondial indiquent les Chinois, et la concurrence a cette immense vertu  que celui qui gagne un marché est celui qui est le meilleur ». Sous-entendu, les Français ne sont pas les meilleurs en termes de compétitivité, de sécurité et de transparence. Pour finir, les Chinois ont dit clairement trois choses.

Que d’une part, la France est très compliquée à comprendre, sa fiscalité et ses codes changent tous les jours. D’autre part que la France ne réussit pas à faire les réformes nécessaires pour rassurer les investisseurs. Enfin, la France a un problème de stabilité fiscale et sociale incompatible avec un investissement à long terme. Bref, le discours chinois s’articulait dans la tradition d’un bon cours de politique économique libéral tel qu’on le fait à HEC ou à l’EDHEC.

Moralité, mettez de l’ordre chez vous et nous viendront collaborer. On ne peut pas dire que la délégation française ait réussi à convaincre les Chinois de notre attractivité. Rien de tout cela n’est surprenant.

Pendant ce temps à Paris, Arnaud Montebourg…

…qui ne voulait pas rester trop longtemps en dehors des projecteurs, trop braqués à son gout sur Matignon et les problèmes fiscaux, a cru bon de préciser qu’ il soutenait PSA au moment même où Pierre Moscovici écoutait les doutes et les inquiétude de M. Zhu Fuzhou le patron du constructeur chinois Dongfeng, à propos de sa relation avec PSA. On a compris que cette affaire était encore loin d’être bouclée.

Quelques minutes plus tôt, le ministre du Redressement Productif avait reçu à Bercy le PDG de Huawei venu donner des garanties à la France pour investir et apporter des fournitures à l’Europe. Il faut dire que Huawei est le leader mondial des équipements télécoms  et tout le monde à Paris était aux petits soins pour lui.

Mais comment croire le ministre du Redressement quand, le même jour, il fait un sermon en faveur du « made in France » et surtout bouscule la centrale d’achat public en lui reprochant de ne pas être assez franco française dans ses choix. Les étrangers à qui on dit de venir en France et qui entendent cela,  hallucinent.

Tous cela est sans doute très politique, n’empêche que pour un étranger c’est très étrange !

La fameuse centrale des achats publics n’a pas pour vocation de faire travailler les ateliers nationaux. On nage en pleine hypocrisie. D’une part, la centrale  doit respecter une procédure d’appel d’offre. Le ministre le sait. D’autre part, elle a forcément pour vocation d’acheter le meilleur au meilleur prix. Le collègue du Budget est payé pour veiller au grain. Pourquoi pénaliser le contribuable. On a même créé cette agence dans le but de faire quelques économies…

La vérité, c’est que dans ses propos et ses attitudes la France n’assume pas les codes et les procédures de la mondialisation. D’où les difficultés que l’on rencontre en Chine. D’où les contradictions du ministre du Redressement Productif qui se retrouve à la fois ministre des industriels français, de la protection de l’emploi, de l’aménagement du territoire et de la préservation des intérêts du contribuable. Tout cela est assez contradictoire.

Le fond du problème, c’est le déficit de compétitivité des entreprises françaises. Les produits et les services ne passent pas. On n’a pas compris que la concurrence internationale ne nous obligeait pas à être les moins chers mais à être les meilleurs.

Pour clore cette journée de la cacophonie commerciale, Cointreau, le champion français du cognac a publié des chiffres désastreux sur le marché chinois, le titre en bourse s’est effondré. Décidément, si les Chinois arrêtent même de boire français, rien ne va plus.

 

Commentaires (1)

  1. BA dit :

    En décembre 2011 et février 2012, la Banque Centrale Européenne a prêté 1019 milliards d’euros aux banques privées.

    Durée du prêt : trois ans.

    Taux d’intérêt : seulement 1 %.

    Résultat : échec total. Les banques privées prêtent de moins en moins aux entreprises. L’économie réelle n’a pas du tout profité de cet argent.

    Jeudi 28 novembre 2013 :

    Zone euro : les crédits au secteur privé reculent davantage en octobre.

    Le recul de l’octroi de crédits au secteur privé en zone euro s’est accentué en octobre, avec une baisse de 2,1% sur un an, après un repli de 2% en septembre, a annoncé la Banque centrale européenne (BCE).

    Le recul de septembre a finalement été supérieur à ce que la BCE avait annoncé initialement (-1,9%).

    Les crédits aux entreprises non-financières se sont dégradés avec un recul de 3,7% sur un an, contre un recul de 3,6% en septembre, a précisé l’institution monétaire de Francfort dans un communiqué.

    http://www.romandie.com/news/n/Zone_euro_les_credits_au_secteur_prive_reculent_davantage_en_octobre58281120131116.asp

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