5 actes d’un scénario de crise annoncée pour le printemps 2015

Le scénario d’une crise majeure recommence à circuler dans les pays de la zone euro. Outre la BCE et la Commission de Bruxelles, les agences de notation sortent des études alarmantes. La dernière en date vient de chez Moody’s.

Le scénario d’une crise majeure recommence à circuler dans les pays de la zone euro. Outre la BCE et la Commission de Bruxelles, les agences de notation sortent des études alarmantes. La dernière en date vient de chez Moody’s.

Est-ce l’approche du verdict concernant le budget 2015 vendredi ou l’émotion suscitée par la visite du pape à Strasbourg ? Toujours est-il qu’il est difficile de dépouiller les scénariis d’une crise annoncée pour le printemps 2015. Plusieurs hypothèses mais un seul mode opératoire, le même enchainement de disfonctionnements.

Acte 1. La croissance est au rendez-vous partout dans le monde sauf en Europe. Oui, vraiment partout : aux États-Unis, dans les émergents dont la Chine, en Amérique du Sud et demain en Afrique.

Acte 2. La croissance est absente en Europe et singulièrement en France. L’Europe ne peut pas espérer une croissance de la demande intérieure et marchande. Elle est saturée. En revanche, elle pourrait capter une partie de la demande du reste du monde si nous étions compétitifs.

Acte 3. Les pays européens, et notamment la France, ne seront compétitifs que s’ils allègent leurs dépenses sociales. Nous sommes à 32% du PIB en dépenses sociales, alors que la moyenne des pays de l’Europe du Nord est à 27%. La baisse des dépenses sociales renforcerait mécaniquement la dépense d’investissement du secteur marchand. Il faut baisser la dépense sociale pour renforcer la compétitivité. Et comme l’essentiel du déficit social est dans les systèmes de retraite, il faudrait impérativement passer l’âge de la retraite à 65 ans pour régler le problème.

Acte 4. Le projet de geler les salaires pendant deux ans ou d’assouplir l’application des 35 heures est tellement stupide que l’on peut penser qu’il peut servir politiquement à favoriser des réformes moins douloureuses, comme la retraite. La France est d’ailleurs l’un des derniers pays en Europe à ne pas avoir tenu compte de l’évolution démographique. Cette réforme des retraites, tout le monde y pense mais personne n’ose passer à l’acte.

Acte 5. Les agences de notation et notamment Moody’s commencent à expliquer que le seul moyen pour que la France puisse engager une réforme aussi structurante serait d’être confrontée à un choc. Pour les spécialistes, les crises les plus plausibles sont de trois sortes, par ordre de probabilité :

La plus probable, une crise obligataire. Une peur des marchés qui pousserait les taux d’intérêt à la hausse et qui bloquerait le fonctionnement de pays très endettés. Notons que ce choc obligataire serait favorisé par le changement de politique monétaire de la FED. La hausse des taux américains va attirer les capitaux et provoquer une hausse des taux européens.

Une crise de l’euro entre l’Allemagne et la France. Compte tenu de la mésentente franco- allemande, un ras-le-bol du contribuable allemand, une mauvaise volonté de la France à réformer, on peut parler divorce. Dans ce cas, techniquement, difficile à mettre en œuvre. C’est évidemment l’Allemagne qui aura la garde de la monnaie forte.

Une crise politique provoquée par la montée du populisme et de l’extrême droite. Notamment en France. La montée en puissance d’une vague Zemmour – Le Pen pourrait provoquer en réponse une majorité responsable et pragmatique. Mais on voit mal ce que cela donnerait en termes de gouvernance à courte échéance.

Le calendrier pour jouer le scenario est toujours le même, mars-avril. Curieusement, c’est le même agenda que les politiques. A droite comme à gauche.