Allo Paris, ici les Pays-Bas : quand le populisme hante les élections, même dans un pays dont l’économie souffre peu

Chronique d’un séisme politique annoncé en Europe. Le parti de la liberté n'a pas gagné, mais a provoqué une onde de choc et de questionnement sur l’Europe toute entière.

Tous les gouvernements européens ont scruté avec beaucoup d’inquiétude les résultats des élections qui se sont déroulées aux Pays Bas. Ces élections générales sont marquées par le succès populaire du parti de la liberté que dirige Geert Wilders, même s'il est arrivé derrière le parti de la droite au pouvoir. Le parti de la liberté en Hollande, c’est le parti des solutions les plus populistes et les plus extrémistes.

Alors, la victoire en voix du populisme ne permettra sans doute pas à ses dirigeants de s’installer au gouvernement, ni même de participer à une coalition. N‘empêche qu’il s’annonce comme le vainqueur du scrutin puisque selon les derniers sondages, il devrait approcher les 25% des votants, devant le parti libéral démocrate du premier ministre actuel, et le parti travailliste, partenaire de la coalition au pouvoir.

Ce qui est important pour les européens, c’est que ces élections néerlandaises offrent un premier test de l'emprise des partis populistes. Avant la France, bien sûr en avril et mai, avant l’Allemagne en septembre prochain.

Et ce qui  préoccupe tout le monde, c’est que les ressorts du populisme aux Pays-Bas sont principalement de type xénophobe. Geert Wilders a fait  campagne sur l’anti-islamisme, la peur de l'étranger et particulièrement la peur de l'immigration d’origine arabe. Ce qui explique la violence des réactions contre la Turquie et les communautés turques aux Pays-Bas. A partir de cette position, le parti de la liberté plaide pour une sortie de l‘Union européenne, accusée de laisser passer les sources du terrorisme.

Ces argumentaires de campagne ont évidemment rapproché le parti de la liberté du Front National français ou même des partisans du Brexit en Grande Bretagne  

Avec une énorme différence notamment avec la France. C’est que Geert Wilders ne donne pas dans le protectionnisme commercial et financier, il ne s’attaque pas à la mondialisation, et plaide au contraire en faveur de mesures ultra libérales et concurrentielles. 

Faut dire que l’économie hollandaise est une économie prospère, il y a peu ou pas de chômage et les hollandais se sont adaptés à la mondialisation et en tirent profit. Quant à l’Etat providence, il fonctionne plutôt bien.

Dans cette situation plutôt bonne au chapitre économique, le parti populiste hollandais arrive à la porte du pouvoir. La réaction de tous les analystes européens est de savoir ce qui pourra se passer dans d‘autres pays ou les partis d’extrême droite ou gauche ont beaucoup plus de ressorts pour agiter la peur.

La France de Marine Le Pen manie aussi bien la xénophobie et l'anti islamisme, que les contre performances économiques et sociales. D’où ses attaques en règle contre les effets de la mondialisation ou les disfonctionnements de l’Union européenne. 

Les élections générales aux Pays-Bas vont donc nous offrir le spectacle d’un paradoxe inquiétant pour tous les partis traditionnels.

Le populisme va sortir grand gagnant dans un pays économiquement prospère, avec un potentiel de croissance, d’activité et d’emplois les plus prometteurs de l'Union européenne. Dans un pays où l’administration et l’Etat providence fonctionnent relativement bien. Le populisme va sortir grand gagnant sur le seul thème de la sécurité et de la menace sur l'identité nationale.

En France et dans beaucoup de pays européens, les mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche se nourrissent non seulement de la peur des étrangers, mais aussi des difficultés économiques. Les responsables politiques ont d’ailleurs, par réaction, prôné un renforcement des prérogatives étatiques.

Les situations économiques et sociales sont tellement plus dégradées en France qu‘en Hollande, on comprend la facilité avec laquelle les mouvements d’extrême droite peuvent se diffuser et s’installer aux commandes.