Angela Merkel et l’Allemagne ont besoin de l’Europe

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. Grève dans les aéroports allemands aujourd’hui. 450 vols moyen et long courriers ont été annulés rien qu’à Francfort. Motifs ? Des augmentations de salaires.

Cette grève intervient avant que ne débute la négociation entre les syndicats et les directions. Ce qui en Allemagne est extrêmement rare. Je crois qu’on va s’apercevoir que le modèle allemand qui nous est servi à toutes les sauces est beaucoup plus fragile qu’on ne le dit. Angela Merkel, elle-même, n’a jamais fait de complexe de supériorité.

La seule arrogance dont les dirigeants allemands se rendent coupable, c’est de rappeler tout simplement que l’Europe ne peut exister que si chaque membre de la famille respecte le règlement intérieur.  D’un côté l’Allemagne a des atouts. Elle a fait beaucoup de reformes comme les retraites, la flexibilité, la cogestion avec les syndicats et a su créer des filières industrielles puissantes à l’exportation. Mais l’Allemagne a aussi besoin des complémentarités de  la zone euro.

Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a beaucoup de défauts et de handicapes. En premier lieu, sa croissance est faible : 1,2% en moyenne. Cette croissance n’est pas tirée par l’innovation mais par des activités très traditionnelles : la mécanique, l’automobile… Ensuite, la productivité du travail est bonne, meilleure que la productivité française ou italienne mais moins bonne qu’en Suède ou aux Etats-Unis. C’est une compétitivité de coût d’où les tensions sociales sur les salaires.

Enfin, la démographie est minable. Les Allemands ne font pas d’enfants. Résultat,  leur système de retraite est fragilisé et leur avenir hypothéqué. Tout cela fait que l’Allemagne a besoin des marchés européens et de l’euro. L’Allemagne a besoin de la défense nationale française, de l’énergie nucléaire française et du soleil de l’Europe du sud. L’Allemagne est donc prêté à payer pour l’Europe mais à une condition : Que l’on sache équilibrer nos finances publiques.

Nicolas Sarkozy a raison de se coller à l’Allemagne. Parce que l’Allemagne nous garantie des taux de financement très avantageux. Mais si on réduisait nos dépenses, on aurait les mêmes taux. François Hollande n’a pas tort d’affronter l’Allemagne. Sauf qu’il serait beaucoup plus fort s’il pouvait s’affranchir des financements. Or, pour s’en affranchir, il lui faudrait baisser les déficits publics. En refusant de traiter la dépense publique, Nicolas Sarkozy et François Hollande se retrouvent dans le même piège.