Le cash et la pomme : Apple, 250 milliards de cash, record mondial. Que faire de tout cet argent ?

Voilà un sujet dont les candidats à la présidentielle n’ont guère parlé. Quoi faire avec les excédents de cash dégagés par les grandes entreprises ?

Pas évidente à traiter, la question du cash dégagé par les grandes entreprises internationales. Apple, première capitalisation du monde a publié des profits trimestriels meilleurs que prévus mais a confirmé que les ventes d’IPhone ont reculé de 1%.Mais ce qui intéresse avant tout les marchés, les gouvernements, les syndicats, c’est la façon dont Apple va pouvoir rapatrier tous les profits dégagés à l’étranger et surtout ce que Apple va pouvoir faire de cette immense trésorerie qui représente 250 milliards de dollars.

Le cas d’Apple est un cas extrême mais il est emblématique de la situation de toutes les grandes entreprises internationales. Elles débordent de trésorerie, elles jouent avec les différentiels de fiscalité mais surtout elles sont très hésitantes sur ce qu‘elles pourraient faire de ce pactole. 

Pour être plus précis et pédagogique, revenons à Apple. La firme que dirige Tim Cook, vaut cette semaine 800 milliards de dollars en bourse, elle arrive devant ses grands concurrents que sont Google (Alphabet) qui pèse 650 milliards de dollars, Microsoft, 550 milliards de dollars, ou Amazon dont la valeur dépasse désormais les 450 milliards de dollars.

Pour rester sur Apple, ses profits semestriels ont été de 11 milliards de dollars. Alors bien sûr, le monde des affaires scrute les variations de ventes de l’IPhone qui connait quelques difficultés dans un marché qui devrait arriver à saturation et qui a besoin en permanence d’innovations, mais ce qui intéresse l’ensemble de la communauté financière, c’est surtout la trésorerie de 250 milliards de dollars, alors que ce cash est logé pour l’essentiel à l‘extérieur des Etats-Unis.

Tout le monde lorgne sur ce cash et s’interroge sur ce que Apple va bien pouvoir en faire. Les intéressés sont légion.

1erLe plus intéressé est Donald Trump qui voudrait bien que Apple et les autres, rapatrient cet argent aux Etats-Unis.Mais si cet argent est logé à l’étranger, ça n'est pas par hasard. Il est à l’étranger parce qu‘il y paie moins d’impôts. Donc Donald Trump a promis un geste fiscal unique à l’égard des entreprises qui pourraient rapatrier leurs profits réalisés à l’étranger, mais il n’a pas encore précisé quel serait le taux préférentiel. Donald Trump n’est pas seul. Les pays où Apple travaille (en fait les pays du monde entier) débordent d‘imagination pour conserver cet argent qui a été gagné sur des marchés locaux. Sans volonté politique ou négociation internationale, le problème restera en jachère, secoué par la concurrence fiscale.

2è Les banquiers d’affaires et toute l’industrie financière ont eux aussi, les yeux braqués sur ces pactoles.Apple, comme Google ou Amazon pourrait demain acheter la globalité de l’industrie automobile mondiale, ou l’aéronautique, ou l’industrie de la pharmacie, ou des terres agricoles à perte de vue, etc…. mais à quoi bon ?Les banquiers d’affaires vivent en organisant des fusions acquisitions donc ils poussent les opérations de consolidation ou de déconsolidation.

3èLa technostructure des grands groupes cherche avant tout à réinvestir les profits dans la recherche fondamentale (c’est le cas de Google) ou la recherche appliquée, ou même à investir pour élargir le champ des activités. Les salariés et les syndicats de salariés sont souvent les alliés de ces technostructures. Ils savent que l’augmentation des salaires directs risque à terme de poser des problèmes de concurrence. Ce qui intéresse les syndicats américains (ou allemands), c’est la sécurité à long terme d’un système qui finance aussi les retraites du moins dans les pays anglo-saxons.

4è Les actionnaires qui réclament de pouvoir toucher immédiatement une part de ses profits, en dividendes ou en valorisation d’action par le rachat d’actions. La satisfaction des actionnaires a souvent la préférence des directions parce qu’elle assure une sécurité et une fidélité au pouvoir en place.

La plupart des pays ont réussi leur sortie de la crise. Si on fait le tour du monde de la croissance, on s’aperçoit qu‘elle est revenue partout, excepté dans ceux qui ont refusé de se plier aux contraintes de la mondialisation (la France par exemple).

Ceci étant, le débat sur la redistribution des richesses n’est pas tranché. La concurrence fait rage entre le fisc (qui n’a pas les moyens juridiques de faire valoir ses besoins), les actionnaires qui veulent souvent tout, tout de suite sans ménager l’avenir, les banques dont l’intérêt est de restructurer et jouer au Monopoly, les managements qui cherchent à investir et à grossir, les salariés qui demandent de la sécurité à long terme.

Donald Trump a envisagé d’ouvrir ce dossier, mais peu probable qu‘il y travaille. Les gouvernements européens, eux sont étrangement absents.