Areva, la vraie histoire du fiasco

Le gouvernement a déjà mis des semaines pour annoncer publiquement les pertes d’Areva : 5 milliards d’euros. Il faut maintenant annoncer la solution qu’il faudra adopter pour sauver la filière nucléaire française.

L’un des plus beaux fleurons de l’industrie française aura accumulé plus de 5 milliards de pertes en 2014. Au temps de François Mitterrand, il n’en avait pas fallu autant pour faire du Crédit Lyonnais un scandale d’État. Avec Areva, c’est financièrement encore plus grave.

Pendant ces dix dernières années, l’État nous a raconté des histoires sur le financement du nucléaire. L’État qui contrôlait tout a laissé faire une technostructure d’ingénieurs des mines présidée par une énarque dont la seule vraie qualité aura été d’être proche de François Mitterrand. Les successeurs de droite n’ont pas été plus malins. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy n’ont pas été plus lucides et plus courageux.

Que s’est-il passé pour en arriver à une telle catastrophe financière sans que personne ne tire la sonnette d’alarme ? Dans n’importe quelle entreprise privée, on aurait appuyé sur les freins, les personnels, les actionnaires  ou les Commissaires aux comptes.

Dans une entreprise publique stratégique comme Areva, tout s’est passé dans une logique de secret d’État. L’entreprise était une réserve de vaches sacrées qu’il ne fallait surtout pas critiquer. En fait, Areva n’a pas eu de stratégie à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Areva a défendu  deux certitudes. La première, c’était que le nucléaire est sans doute la seule source d’énergie propre et peu chère. Les dirigeants d’Areva ont principalement investi dans la sécurité pour calmer ou anesthésier  les inquiétudes politiques.

La deuxième certitude, c’est que les ingénieurs de l’entreprise étaient les meilleurs et qu’ils n’avaient besoin de personne pour être contrôlés ou épaulés. Ils étaient très fort pour gérer la technologie, beaucoup moins pour réaliser des optimisations financières.

Le résultat de cette arrogance, c’est qu’Areva est parti dans la course au gigantisme avec l’EPR, persuadé d’avoir découvert la pierre philosophale de l’énergie perpétuelle. Aucun gouvernement n’avait la compétence pour challenger un tel pari.

Areva a refusé toute alliance avec des groupes qui auraient pu l’aider, l’épauler, la compléter. Areva a refusé l’alliance de son client EDF ou de son fournisseur Alstom. La France a raté la construction d’une puissante filière nucléaire dans laquelle se seraient enchainés  Areva, EDF, Bouygues allié à Alstom. Il y aurait eu beaucoup de compétences, beaucoup de force commerciale, beaucoup de sécurité et des marchés extérieurs pour la France.

Aucun gouvernement n’a osé affronter la technostructure d’Areva. La gauche ne l’a pas fait pour ne pas froisser Anne Lauvergeon et agacer les écologistes ou Greenpeace. Nicolas Sarkozy qui connaissait les règles du Monopoly ne l’a pas fait parce qu’il avait trop peur qu’on lui reproche de faire un cadeau à son ami Martin Bouygues. Or, c’était pourtant la solution économiquement la plus efficace.