Arnaud Montebourg veut dévaluer l’euro… Et s’il nous expliquait comment il compte s’y prendre ?

Dans une interview au journal Les Échos, Arnaud Montebourg prend la BCE bille en tête et lui reproche de ne pas dévaluer l’euro en injectant des liquidités. Il juge que la valeur de l’euro gêne la compétitivité des produits français et explique la difficulté des entreprises française à exporter.  « Mais bon sang ; mais c’est bien sûr ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? »

Il ne manquait plus que lui ! Lui, le  ministre du redressement industriel, pour enfourcher ce cheval de bataille. Il retrouve Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Benoît Hamon, les écologistes frileux, et le gros des bataillons  à droite comme à gauche du protectionnisme et du colbertisme. Drôle  d’attelage de tous ceux qui refusent de balayer devant la porte de la maison France, d’admettre que le monde s’est ouvert à la concurrence mondiale  et de se mettre en position de responsabilités.  La crise a fait grossir  les rangs de tous ceux qui considèrent que la mondialisation, la concurrence, le progrès technologique, et l’Europe, la BCE (ainsi que Goldman Sachs) sont à la source de tous nos ennuis, à commencer par le chômage. La semaine dernière, Arnaud Montebourg se déclarait favorable aux nationalisations. Bien sûr, pourquoi pas ? Que l’État prenne tout en charge ! Tout le monde sera fonctionnaire. Même les chômeurs.

Cette semaine, très logiquement, il propose une politique économique qui nous affranchisse de la monnaie.

Arnaud Montebourg apporte à tous ses camarades, l’argument miracle pour justifier l’impossibilité dans laquelle ils sont de trouver une réduction des dépenses publiques de 50 milliards et leur refus structurel d’accepter la moindre réforme qui remettrait en cause quelques uns des avantages acquis dont notre pays regorge. Le coût du travail est trop élevé, c’est de la faute à l’euro ; les charges fiscales sont insurmontables, c’est de la faute à l’euro ; nos chercheurs ne trouvent pas, c’est de la faute à l’euro ; nos entreprises ne vendent pas leur produits à l’étranger, c’est de la faute à l’Euro ; nos administrations sont trop nombreuses, c’est de la faute à l’euro ; nos fonctionnaires de l’Éducation nationale sont trop fatigués, c’est de la faute à l’euro ; l’essence est trop chère, c’est aussi de la faute à l’euro…

La BCE est maléfique et son président à la solde des puissances d’argent. C’est décourageant. Désespérant.

Tous ceux qui prétendent qu’avec un tel équipage le président n’ira pas très loin sur la route de la social-démocratie n’ont pas tort.

Comme les ministres du gouvernement et les cadres du Parti socialiste s’arrachent les cheveux et bientôt les yeux autour  d’un pacte de responsabilité qu’ils ne veulent pas mettre en place parce qu’il dérangerait trop leurs habitudes et leur idéologie, Arnaud Montebourg vient d’apporter une solution. Il propose de lancer un combat politique pour changer la BCE, ses moyens, ses objectifs. Une façon de  disculper les membres du PS de ne rien faire, et pour gagner du temps.

Il est clair : « Ce n’est pas la peine qu’on s’ingénie à trouver des gains de compétitivité en baissant les dépense publiques si la valeur de l’euro détruit tout en moins de temps qu’il n’en faut pour qu’on se mette d’accord. » Donc il ne faut plus se battre pour les dépenses publiques mais il faut se battre pour que la BCE change de politique. Le monde dans lequel nous vivons ne nous convient pas, on va donc le changer pour qu’il s’adapte à nous. Mais on hallucine.

Nous sommes des alpinistes à l’assaut de la montagne mais comme elle est un peu compliquée à escalader, on va changer la montagne.

Que Mélenchon ou les extrêmes du colbertisme tiennent ce genre de raisonnement passe encore. Ils ne sont pas au pouvoir. Mais qu’un ministre qui appartient à un gouvernement de la République, quatrième puissance mondiale, membre du Conseil de sécurité de l’ONU,  avec un président de la République qui a pris des engagements européens, se mette ainsi en position digressive accrédite l’impression que ce gouvernement n’est ni cohérent, ni géré en termes de communication. Que peut dire son collègue Pierre Moscovici qui passe son temps à Bruxelles pour convaincre que la France sera un partenaire responsable ? Que peut dire le président de la République qui en toute solennité a décidé d’un pacte de responsabilité qui repose sur un effort d’assainissement de l’État afin de garder la confiance de nos principaux partenaires ?

Mais passons. Passons. Sauf qu’Arnaud Montebourg étant ministre d’un gouvernement adulte, pourrait justifier et expliquer sa position. Il aurait répondu aux questions les plus élémentaires que sa proposition appelait qu’il en ressortirait beaucoup plus crédible. Mais il ne peut pas. Pour faire bref, on  n’en a retenu 6.

Première question : Arnaud Montebourg demande à Mario Draghi de faire du financement monétaire en injectant des liquidités, mais le fait-il en tant que responsable politique, ou en tant que ministre ?

Engage-t-il le président français ? Si oui, il transgresse une règle sacro-sainte de l’indépendance politique de la banque centrale. Une banque centrale est indépendante du pouvoir politique, y compris du gouvernement allemand, c’est sa force. Un progrès considérable à la fin du siècle dernier.

Deuxième question : Arnaud Montebourg demande à la BCE de faire comme la réserve fédérale américaine. Mais sait-il que la réserve fédérale a un État comme interface ? Est ce que ça veut dire qu’il plaide pour une union fédérale des États-Unis d’Europe ? Si oui ça pourrait être intéressant. Arnaud Montebourg avocat de la cause fédérale ? On a bien compris où on s’est trompé ?

Troisième question : Toujours à propos de la réserve fédéral se souvient-il qu’en d’autres temps, il a critiqué la politique américaine pour excès de monétarisme, car la FED a aussi fabriqué des bulles et des subprimes ? Arnaud Montebourg se serait donc converti au monétarisme de Milton Friedman ou d’Alan Greenspan. Les traders de Londres ou de New-York ont découvert un avocat inattendu. Arnaud Montebourg a-t-il compris que la réserve fédérale était en train de changer de politique monétaire pour éviter justement d’écraser l’économie américaine sous une croissance virtuelle ? Au grand dam de l’industrie financière. Faut-il penser qu’Arnaud Montebourg a l’intention de protéger les conditions de la spéculation  ou de créer une économie industrielle bien réelle ?

Quatrième question : Quand Montebourg explique nos difficultés à l’exportation par un euro trop fort, que pense-t-il des performances de l’Allemagne (excèdent record) qui travaille avec le même Euro que nous ? Que penses-t-il de l’excèdent commercial des espagnols acquis grâce à leurs réformes de structures et à la dépréciation de leurs coûts ? L’Espagne est excédentaire et crée des emplois depuis un an. Donc ce qui est bien pour les allemands ou les espagnols ou même les grecs ne le serait pas pour nous. Quelle arrogance ou quelle erreur !

Cinquième question : Pourquoi sortir une telle préconisation au moment même où tout le monde s’inquiète de la remontée du dollar consécutive à un changement de politique monétaire américaine ? Arnaud Montebourg ne fait que de la politique à l’attention de ceux qui maîtrisent mal ces mécanismes.

Sixième question : Arnaud Montebourg voudrait que la BCE injecte des liquidités. Très bien. Mais comment faites-vous concrètement Monsieur le Ministre ? Comment ouvrir aux banques française un guichet qui leur est déjà ouvert nuit et jour ?  Vous voudriez peut être qu’on l’ouvre aux États pour qu’ils puissent financer leurs déficits sans problème, sans effort, sans réforme ?  Bien sûr, et vous croyez que les autres pays ceux qui ont fait l’effort de s’en sortir l’accepteraient ?

Nous sommes dans une copropriété ou chaque copropriétaire doit respecter le règlement intérieur et payer sa part des charges.

Il doit en plus éviter de faire trop de bruit la nuit. C’est vrai pour tous les habitants, y compris les français.