Bernard Arnault est à l’image de la France : génial dans l’industrie du luxe, mais empêtré chez Carrefour.

Bernard Arnault et Emmanuel Macron ? Même combat ! D’un côté, une France brillante, avec des entreprises comme LVMH. De l’autre, une France frileuse au changement, comme Carrefour. 

 

Avec LVMH, la France possède probablement sa plus belle entreprise où son savoir-faire est pleinement représenté. Avec Carrefour, elle donne plutôt l’exemple de ses difficultés à se réformer.

En moins d’une semaine, le monde des affaires a découvert, médusé, l’état dans lequel se trouvait le navire amiral de la grande distribution, Carrefour. Et il faut qu’il soit mal à ce point pour que son nouveau président, Alexandre Bompard, détaille un plan stratégique qui ressemble à une transformation radicale de son fonctionnement et de son modèle.

Quelques jours plus tard, c’est le groupe LVMH qui publie ses résultats 2017, avec un chiffre d’affaires en croissance de 12%, deux fois mieux que l’année précédente, à plus de 42 milliards d’euros et 5 milliards de profit net. Un record.

Le paradoxe dans cette affaire c’est que les deux groupes sont sous la coupe du même homme : Bernard Arnault, parce que B.A., comme on dit dans le monde des affaires, est le créateur de LVMH, mais il est aussi un actionnaire important de Carrefour.

 

1er point : Sous les projecteurs des salons les plus huppés du monde, Bernard Arnault est le créateur et l’animateur du groupe LVMH. En trente ans, il en a fait le numéro 1 mondial dans le secteur du luxe. Une série d’entreprises françaises qui historiquement produit en France, mais qui a tout compris des exigences nouvelles du consommateur, des ressorts de la compétitivité, du digital et surtout de la mondialisation, puisque plus de 80% de l’activité du groupe se développe à l’étranger. Tout compris. LVMH est devenu l’entreprise la plus puissante de l’hexagone, la première apporteuse de devises. Autant que l’industrie agro alimentaire.

Alors, il n’y a pas de secret dans le succès mondial de LVMH, de Dior, de Vuitton et de tout le florilège de marques plus prestigieuses les unes que les autres. Il n’y a pas de secret, il y a simplement une formidable détermination à appliquer les fondamentaux d’un management moderne. Une connaissance exceptionnelle des marchés et des ressorts du consommateur, une qualité de produits, une capacité à réagir et à innover à la fois sur le terrain technologique et commercial et un pouvoir d’attirer et de fidéliser les meilleurs talents.

D’une certaine façon, LVMH apporte la preuve qu‘une organisation peut se réformer en permanence et s’adapter aux évolutions du monde tout en participant à cette mutation. LVMH, c’est un morceau de cette France qui a toujours su dans son histoire être extrêmement brillante. C’est l’image du génie français.

 

2e point, ce génie français a aussi une part moins facile. Ce qui est intéressant, c’est que parallèlement, Bernard Arnault est actionnaire important de Carrefour depuis dix ans ou presque, et il a beaucoup de mal à faire voguer ce navire amiral de la grande distribution. Le plan de redressement présenté cette semaine est courageux parce qu’il est gigantesque et sans doute très compliqué à mettre en œuvre.

Carrefour a, en un demi siècle, acquis une puissance mondiale considérable. Il a inventé la grande distribution du 20ème siècle, il a imposé un modèle qui a impacté toute la vie quotidienne. Mais Carrefour était tellement puissant et tellement riche qu’il n’a pas vu que le monde allait changer très vite à partir des années 2000. Il n’a pas voulu reconnaitre que la technologie digitale allait accélérer l‘émergence d’un consommateur aux exigences et aux pratiques totalement nouvelles. Résultat : Carrefour a vu arriver, sans les prendre au sérieux, les précurseurs du e-commerce, jusqu’au moment où Amazon l’américain et Alibaba le chinois sont apparus comme capables d’avaler tout ce qui bouge dans le secteur.

Alors, Alexandre Bompard, fort du crédit gagné pour avoir sauver la FNAC et Darty, a été appelé par les actionnaires pour apposer ses mains imbibées de digital sur cette entreprise mal en point qu’est Carrefour.

Le pari est effectivement courageux parce que le plan de transformation va changer radicalement la stratégie, l’organisation et l’ambition. Et l’homme qui a voulu ce changement, c’est Bernard Arnault.

 

Ce qui est intéressant, c’est que le champ d’action de Bernard Arnaud est à l‘image de celui que doit occuper Emmanuel Macron. Parce que la France aussi est formidablement brillante dans certains secteurs. Brillante, moderne, ouverte sur l’extérieur, gourmande d’innovation comme LVMH.

Mais d’un autre côté, on sait bien que la France a du mal à se réformer, installée dans ses habitudes, ses richesses accumulées, ses archaïsmes qui la paralysent, comme Carrefour.

Arnault-Macron même combat sur deux terrains différents, mais avec les mêmes objectifs et surtout les mêmes contraintes.