Bizarre : Les banques françaises sont parmi les plus solides d’Europe, plus que les banques allemandes ou anglaises. Mais la croissance et l’emploi n’en profitent pas.

Source : bfmtv.com

A quoi servent des banques solidement structurées si les entreprises n’en profitent pas pour faire de la croissance et de l’emploi? 

L’Autorité bancaire européenne a publié ce week-end, les résultats des stress tests réalisés auprès de 42 établissements bancaires européens sur la base de leurs bilans à fin 2017. Ces tests consistent à mesurer quel serait l’impact d’une baisse de l’activité économique de 2,7% du PIB européen entre 2018 et 2020, compte tenu d’un taux de chômage qui augmenterait de 3,3% et de risques économiques liés au Brexit, à un effondrement des prix de l’immobilier ou d’une hausse de taux d’intérêt.

En clair et compte tenu des perspectives de ralentissement et de toutes les conséquences possibles, l’Autorité de sureté a voulu savoir si les banques étaient armées pour résister à des chocs aussi violents.

Ces stress-tests ressemblent un peu aux « crash-tests » que l’on fait subir aux automobiles. On les lance à pleine vitesse contre un mur et on mesure la résistance au choc et les dégâts probables.

En l’occurrence et pour les banques, il s’agit de vérifier si elles auraient assez de capital pour absorber les chocs.

 

Alors, dix ans après la crise, les résultats sont assez rassurants. Globalement, les mesures prises pour renforcer les ratios de solvabilité et les ratios de liquidité ont bien solidifié les bases capitalistiques. Il faut dire que dans l’affolement général qui avait suivi Lehman Brothers, les gouvernements européens ont multiplié les exigences qui se sont traduites par les accords de Bâle 3 notamment.

Le test réalisé sur le bilan 2017 est donc globalement meilleur que celui de 2016. Ce qui veut dire qu’une fois sortie de la zone de risque, les banques ont continué d’augmenter leurs ratios de solvabilité, un chiffre qui mesure le poids des capitaux propres par rapport aux crédits distribués.

Les résultats « banque par banque » traduisent quand même quelques surprises.

 

1er surprise, les banques les plus fragiles aujourd’hui sont les grandes banques britanniques, et en particulier la Lloyds Banking group, la Barclays et la Royal Bank of Scotland. Ça n’est pas la première fois que les banques britanniques sont considérées comme fragiles. C’est un peu dans leur destin. C’est la contrepartie de leur efficacité sur le marché de la banque d’investissement. Les champions de l’industrie financière mondiale (avec les banques de New-York) prennent des risques. En 2008, leur situation a été sauvée in extremis par la nationalisation. Aujourd’hui, l'autorité de contrôle estime que les grandes institutions bancaires pourront résister au choc du Brexit.

 

2e surprise, les banques allemandes ne sont pas en très bon état. La Deutsche Bank ressort très mal placée dans le classement. Ses pertes se sont aggravées depuis trois ans, mais ses dirigeants considèrent que la banque fait son job avec les garanties nécessaires. Ce qui n’est pas l’avis des concurrents. L’explication de cette fragilité tient à la culture allemande. La Deutsche Bank intervient massivement dans l’économie qu’elle soutient, sans avoir les capitaux propres que d’autres se sentent obligées d’avoir, en gardant des positions sur des produits risqués, les dérivés. La DB considère sans doute que son adossement à l’Etat ou aux différents landers tient lieu de garanties en cas de coup dur ; mais elle reste la banque la plus systémique au monde.

En dehors de la Deutsche Bank, la plupart des autres banques allemandes sont sur le même registre de fragilité et notamment la plupart des "Landesbanken" qui vont devoir fusionner pour renforcer leurs assises capitalistiques. Tout se passe un peu en Allemagne comme si la puissance de l’industrie avait été payée par des banques qui n’avaient toujours les moyens d’accorder ce soutien.

 

3e surprise, les banques italiennes ne sont pas trop affectées. Intesa San Paolo et Unicredit sont surveillées de près mais s’avèrent, au terme des tests, encore très solides. Cela dit, Monte Dei Paschi, celle qui avait réalisé les moins bons résultats l’an passé n’a pas, cette fois, été passée au crible. Et surtout, les tests ont été réalisés sur 2017. L’arrivée du nouveau gouvernement en 2018, doublée d’un ralentissement de l’économie vont mettre à découvert un certain nombre de banques. Ce que tous les experts craignent, c’est la réaction de l'épargnant italien qui a beaucoup fait confiance en l‘Etat pour garantir une grande partie des dettes publiques via le système bancaire. Car si l’épargnant italien prend peur, il retirera son argent des banques italiennes et risque alors de les mettre en difficulté. Les autorités gouvernementales vont être obligées de tenir compte de ce facteur dans la définition de leurs ambitions sociales et structurelles. Le plus grand frein à la politique italienne n’est pas dans la censure de Bruxelles, le plus grand frein se cache dans le comportement du l’épargnant italien. SI le déposant italien prend peur, les banques peuvent trébucher.

 

4e surprise, les banques françaises apparaissent comme les plus solides de l’Union européenne. BNP ressort en tête du classement, mais la plupart des autres grandes banques s’en sortent, la Société Générale, le Crédit agricole, BPCE.

Cette bonne santé et résistance des banques françaises est évidemment imputable au respect des règles de recapitalisation imposées par Bale 3, mais aussi par la faiblesse relative de leur activité de crédit d’entreprise. Les chefs d’entreprise s’en sont très souvent plaints mais leurs dossiers ont toujours été difficiles à faire passer. Les banquiers, pour leur part, ont souvent répondu que ces dossiers n’étaient pas assez bien sécurisés. Bref, chefs d'entreprise et banquiers n'ont pas cessé de se renvoyer la balle.

Le résultat de tout cela, c’est que la France possède les banques les plus solides du monde, bravo et tant mieux. Mais la France a aussi une activité économique qui, en terme de croissance, est l'une des plus molle de la zone euro. Croissance faible et chômage important. Bizarre ? non !