Bonne nouvelle : la croissance revient. Mauvaise nouvelle, Bercy confirme la hausse des impôts...

Pour la Banque de France, le trou d’air sur la croissance est passé. L’activité serait repartie depuis la mi-juin, partout en Europe. Mais du côté de Bercy, les chiffres prouvent que les impôts ont continué d’augmenter.  

 

« Le trou d’air sur l’activité, observé en début d’année est derrière nous ». François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, juge que la conjoncture est beaucoup plus robuste que ce qu’on avait cru en début d’année, dépliant un début de pessimisme qui avait touché tous les acteurs de l’économie. Le gouvernement lui-même avait été obligé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance. 

Jusqu’au début du mois de juin, la Banque de France expliquait que le trou d’air apparu et perceptible dès le mois de décembre de l’année dernière, se prolongeait avec une hausse modeste du PIB au deuxième trimestre à 0,3%, ce qui ramenait sa prévision annuelle de croissance pour 2018 à 1,9% (initialement prévue) à 1,8%.En fait, la majorité des analystes s’inquiétaient du ralentissement au premier trimestre à 0,2% contre 0,7% ; d’autant que toute l’Europe, et notamment l’Allemagne, paraissait affectée. 

 

Aujourd’hui, les économistes de la Banque de France changent donc leur fusil d’épaule, et considèrent que depuis la mi-juin que l’activité a rebondi et que les perspectives sont à nouveau mieux orientées.Rappelons que la Banque de France travaille sur des données réelles issues de sa centrale des bilans où elle regroupe les comptes d’entreprise et les informations qui remontent du réseau bancaire. Elle a donc un état mensuel des trésorerieset des carnets de commandes. 

Dans ces conditions, le gouverneur de la Banque de France considère que l’activité sur l'année sera bien située entre 1,7% et 1,9%.

Les premières informations en provenance de l’Insee sont en ligne. Les études réalisées par Pole emploi et l’APEC, qui travaille plus spécialement sur l’emploi des cadres, montrent, elles, une tension croissante sur les créations d’emplois. A tel point que certains secteurs sont en pénurie de main d’oeuvre (hôtellerie, restauration et bâtiment) et que sur le créneau des jeunes cadres dans l’informatique, les fonctions financières et commerciales, on est pratiquement au plein emploi. 

Reste malheureusement une part importante du chômage (environ 8%) qui ne donne pas de signe de résorption. On est sans doute là dans un chômage structurel qui nécessite un énorme effort de formation, d’adaptation et de mobilité. 

 

Quoi qu’il en soit, le gouvernement qui avait refusé de réviser à la baisse ses hypothèses de croissance pour 2018 lors du trou d’air, se voit aujourd’hui conforté par ce retour dans le cycle. Les pays européens et notamment l'Allemagne connaissent la même météo. 

 

A coté de cette bonne nouvelle, la préoccupation première du gouvernement reste la question de l’équilibre budgétaire, comment réduire ses dépenses publiques pour réduire les impôts, condition nécessaire à l’amélioration de la compétitivité.  En réponse à la demande de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Bercy a confirmé que les rentrées fiscales avaient augmenté avec la croissance de 2017. La masse des recettes fiscales a progressé avec l’activité, les impôts de consommation, la TVA, les impôts sur le revenu et les impôts de production sont bien évidemment indexés sur les chiffres d’affaires (en hausse), sur la consommation et sur les créations de richesses de production. Mais ce qui est intéressant, c’est que compte tenu de la progressivité de beaucoup d’impôts et taxes, la recette fiscale augment plus vite que l’assiette. Du coup, en 2017, quand le PIB a cru de 2%, le total des impôts et taxes a augmenté de 4%. Ce qui signifie que le taux moyen de prélèvement obligatoire s’est alourdi de 2%. A noterque parallèlement, les dépenses publiques ont également augmenté. 

Dans ce contexte, chacun sait que, si le gouvernement se contente de ralentir la hausse, la situation ne changera guère. 

L’urgence des urgences est donc bien de baisser la dépense publique, pour pouvoir baisser non seulement l’impôt,maisaussi desserrer la pression fiscale. Ce qui asphyxie les agents économiques, c’est moins la hausse d’impôts que la hausse récurrente de la pression fiscale mesurée par le taux des prélèvements obligatoires. 

 

Le système français est piégé dans une logique absolument redoutable. Quand la croissance repart, la pression fiscale augmente plus vite, ce qui signifie que les bénéfices de la croissance sont captés par l‘Etat et les administrations. 

Mais quand la croissance s’essouffle, la pression fiscale ne baisse pas, parce qu’il faut augmenter les impôts afin de financer les dépenses ou alors accepter d’aggraver le déficit.

L’urgence serait donc de casser cette quasi indexation entre la croissance et les dépenses publiques, ce qui politiquement oblige de toucher à la fonction publique et aux corps des fonctionnaires.