Brexit : En Grande-Bretagne, tout va donc changer pour que rien ne bouge

Le Brexit se fera mais quel Brexit ? Un hard brexit qui fera de la Grande Bretagne un paradis fiscal pour assumer la concurrence internationale ou un soft Brexit qui reprendra tous les avantages de l’Union européenne ?

Le Brexit se fera le 31 janvier. C’est inéluctable, inévitable. Sauf que le même jour, Boris Johnson va entamer la négociation pour arrêter les conditions du Brexit et surtout les modalités de la future relation avec les Européens. Et là, rien n’est réglé. Cette négociation peut durer au mieux un an, au pire plusieurs années. Parce que Boris Johnson, en fin politicien, a su rassembler tous les mécontents de la situation sans jamais expliquer quelle serait la forme que prendra la relation de la Grande Bretagne avec les pays de l’Union européenne. Boris Johnson a gagné son pari politique. Sa victoire électorale est sans débat. La majorité conservatrice est écrasante. Il a donc la voie libre pour appliquer la décision du Brexit dès la fin janvier.  

Maintenant, tout va donc changer à condition qu’il puisse organiser ce changement. Or, personne ne sait au juste quel Brexit il a vendu à ses électeurs. Un Brexit dur et pur ou un Brexit soft ? Sa majorité rassemble les partisans de tous les courants. Mais le résultat l’autorise à imposer un Brexit plutôt dur. 
Les Brexiters les plus convaincus n’ont jamais avancé masqués. Ils ont toujours imaginé une Grande Bretagne affranchie des contraintes de l’appartenance à l’Union européenne, c’est à dire des contraintes sociales, fiscales et environnementales. Les Brexiters ont toujours imaginé qu’ils allaient négocier et signé des accords bipartis avec les pays tiers. Donald Trump qui prône lui aussi un retour au bilatéral a immédiatement fait des offres de services à Boris Johnson. Les Brexiters imaginaient aussi conserver les avantages que leur apportait l’appartenance à l’Union européenne. Et là, la négociation risque d’être difficile. 

D’autant plus difficile que si la situation économique de la Grande Bretagne venait à se détériorer, la seule solution (et c’est un fantasme très partagé à Londres) sera de s’affranchir des normes fiscales et sociales sans parler des normes environnementales. Bref, l’idée de faire de l’Angleterre le plus grand paradis fiscal de la planète va faire son chemin. 

A partir du 31 janvier, Boris Johnson va ouvrir la négociation avec l’Union européenne pour définir les conditions du divorce. 

Pour faire simple, il va devoir négocier sur trois fronts minimum :

1e front , les rapports avec l’Union européenne. Si Boris Jonson reprend les termes du deal qui avait été négocié avec Theresa May, les rapports peuvent se pacifier assez rapidement. En gros, la Grande Bretagne garderait ses relations avec les pays de l’Union européenne, à condition qu‘elle accepte les règles administratives, fiscales, sociales et sanitaires qui ont été fixées avec sa collaboration, mais qui dans l’avenir seront modifiées éventuellement sans sa participation. La Grande Bretagne participait à la fabrication du droit. Elle ne pourra plus le faire. 

Alors les Anglais peuvent évidemment se braquer sur cette question mais dans ce cas-là, ils perdront beaucoup : le passeport, l’absence de droits de douanes etc etc 

La question qui va être au centre du débat sera de savoir si la Grande Bretagne pourra continuer d’être le porte avion des investisseurs et des industriels étrangers qui se servaient de leurs bases britanniques pour occuper l’Union européenne. 

L’autre question va être de déterminer l’impact des accord signés par la Grande Bretagne avec des pays tiers et notamment fixer le statut des produits importés en Grande Bretagne et réexportés en Europe. 

 

2e front , l’avenir de l’Ecosse. Quoi faire pour répondre à la demande des Écossais qui ont massivement voté pour rester dans l’Union européenne ? L‘Ecosse, de par son histoire et sa culture, a toujours été europhile. Pour la Grande Bretagne, l’Ecosse détient les réserves de gaz et de pétrole dont elle a besoin.

 

3e front, l’Irlande. Les unionistes, partisans de l’Union européenne et de l’union entre les deux Irlande ressortent très minoritaires. Mais de là à ressortir la frontière, le mur,  il y a un gap que peu de Britanniques accepteraient. Les souvenirs sont trop brûlants, les risques de raviver les conflits ne sont pas nuls. 

 

La négociation avec l’Union européenne, qui va maintenant défendre ses intérêts très fortement et surtout le détricotage des relations entre la Grande Bretagne et l’Union européenne va prendre du temps. Entre 1 et 3 ans dit-on, à Bruxelles comme à Londres. Les nuages d’incertitudes ne vont pas disparaître de sitôt.