Brexit : le document accablant que Theresa May ne voulait pas rendre public et qui va finir par la tuer politiquement.

Le document confidentiel qui démontre que la Grande Bretagne est désormais perdante dans tous les cas de figure vient de fuiter dans la presse britannique. 

 

Ce document n’aurait jamais dû être dévoilé. Il était destiné au cabinet de Theresa May qui devait l’utiliser pour argumenter sa négociation avec l’Union européenne et construire un accord de divorce qui tienne la route.

Theresa May voulait qu‘il reste confidentiel, mais compte tenu de ses difficultés et surtout de la colère d’une grande partie de son propre parti conservateur qui lui reproche ses hésitations et ses contradictions, le document a fuité au moment de Davos sur le site Buzfeed, pour finalement sortir hier dans la grande presse britannique et notamment the Guardian.

Ce document établit par un groupe de hauts fonctionnaires avait pour but de chiffrer les effets du Brexit selon les différents scénarios de sortie.

Le bilan est désastreux dans tous les cas de figure. Le Royaume Uni perdrait 8 points de croissance sur 15 ans si le pays sort sans accord (hard Brexit) et 2 points de croissance s’il réussissait à négocier son maintien dans le marché unique.  

Ça veut dire que même si la Grande Bretagne décidait de rester finalement dans l'Union Européenne, il faudra assumer les dégâts qui sont déjà importants et qui sont causés par cette période d’incertitude (arrêt des investissements, manque de visibilité... )

Donc, quelque soit le scénario retenu, le pays est perdant.

On comprend mieux la panique qui s’est emparée de Theresa May qui se retrouve extrêmement seule.

 

Du coup, Theresa May n'a jamais pu expliquer clairement aux anglais quel serait le montant exact de la facture qu’il faudrait payer pour ce divorce (entre 50 et 100 milliards de dollars). Elle n’a pas expliqué quelles seraient les conséquences sur l’économie.  

Or ce document qui lui avait été remis il y a quelques mois déjà, prouvait que dans tous les cas de figure, la Grande Bretagne était perdante.

C’est la raison pour laquelle elle avait entrepris une campagne pour essayer de signer des accords bilatéraux avec un certain nombre de pays de façon à compenser la perte consécutive à une sortie de l’Union européenne.

Theresa May n’a pas eu de succès dans son exercice de séduction. La dernière tentative aura été avec Donald Trump. Le président américain avait annulé sa visite officielle en Grande Bretagne. Il a toutefois accepté un entretien avec Theresa May à Davos. Cette rencontre a été relayée par la presse, mais sur le fond, tout le monde a bien vu que le président américain était venu pour deux choses :

La première pour assurer les investisseurs mondiaux que les Etats-Unis ne tomberaient pas dans le protectionnisme, il fallait donc continuer de développer les accords multinationaux et tout faire pour calmer une éventuelle guerre commerciale ou monétaire. Sous entendu : pas question de nouer des accords privilégiés avec la Grande Bretagne.  

La deuxième chose a été de dire que son interlocuteur privilégié en Europe n’est plus la Grande Bretagne mais la France d’Emmanuel Macron.  Cette réorientation se traduira d’ailleurs au printemps par une invitation au président Macron à une visite d’Etat à Washington. Les visites d’Etat aux USA sont extrêmement rares.

Le camouflet à Theresa May a été terrible d’où la difficulté renforcée qu’elle a dû gérer en rentrant à Londres avec un projet de motion de défiance.

 

La fuite de ce document tombe donc très mal ! On lui reprochait déjà son imprécision et ses hésitations dans la conduite des négociations, on lui reproche désormais d’avoir dissimulé la vérité en ne détaillant pas les conséquences du Brexit alors qu’elle les avait sous les yeux. Le parti travailliste et le parti europhile du parti conservateur sont donc vent debout. Les partisans historiques du Brexit ayant disparu, la Première ministre ne sait visiblement plus sur qui s’appuyer pour poursuivre la négociation dont le but évident aujourd’hui est d’arriver à un accord avec l’Union européenne dont les modalités seraient le plus proche possible avec la situation antérieure. Tout changer pour que rien ne change.