C. St-Etienne : «Nationaliser Florange, c’est digne d’une politique archaïque du 19ème siècle !»

Le gouvernement affirme être prêt à nationaliser l’ensemble de Florange si ArcelorMittal refusait de céder l’intégralité du site sidérurgique à un repreneur. Décryptage avec l’économiste Christian Saint-Etienne.

Que pensez-vous de la possibilité d’une nationalisation du site Mittal de Florange ?
Je pense que c’est une très mauvaise politique. Il y a une vraie surcapacité de production en Europe et l’on risque alors de créer un éléphant blanc qui va coûter cher à nos finances. Et puis n’oublions pas que ce ne sera pas si simple : Mittal à son siège au Luxembourg. Or, nationaliser (en France) une entreprise étrangère c’est compliqué voire impossible. C’est digne d’une politique archaïque du 19ème siècle !

Que pensez-vous des agissements du gouvernement, notamment d’Arnaud Montebourg, vis-à-vis de M. Mittal ?
C’est une double erreur stratégique. L’inde est un énorme partenaire notamment concernant la vente de Rafale. Ça peut avoir des conséquences commerciales et sur l’image de la France à l’étranger. Les indiens le prennent très mal. Au lieu de mener une politique intelligente, on continue dans l’insulte et l’agression qui est la politique du gouvernement depuis plusieurs mois vis-à-vis des entreprises.

Vous seriez au gouvernement, que feriez-vous dans cette situation ?
Comme le prix de Mittal est bas sur le marché j’aurais pris le risque de racheter 15 ou 20% des actions de Mittal. On aurait eu plus de flexibilité dans la stratégie permettant de créer un actionnariat de long terme. Mais globalement, la bonne manière c’est de favoriser l’essor des entreprises qui marchent par des réformes fiscales et sur la flexibilité du travail. Au lieu de ça, le gouvernement met en place un matraquage fiscal qui ne favorise pas le développement des entreprises.

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Christian Saint-Etienne a dirigé la chaire d’économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers où il enseigne depuis 2009. Il a également siégé au Conseil d’analyse économique du Premier ministre de 2004 à juin 2012 dont il a démissionné par opposition aux mesures économiques du nouveau gouvernement sous la présidence de François Hollande. Christian Saint-Etienne est membre du Cercle des économistes