Chez Donald Trump, la dictature du tweet est moins inquiétante que les pulsions protectionnistes guerrières vis-à-vis de la Chine

Les chefs d’entreprises, en bons pragmatiques, s’adapteront à tous les tweets de Donald Trump. Mais le système économique mondial ne supportera pas le protectionnisme.

Le danger que porte Donald Trump n’est pas dans son comportement. Après tout, le processus de la démocratie politique n’a pas toujours accouché de dirigeants très polis et bien éduqués.

Le risque Trump est ailleurs.

Dans la forme d’abord, son talent à écrire des tweets assassins comme le roi écrivait des lettres de cachet dans l’ancien régime, montre à quel point la démocratie américaine est malade.

Mais dans le fond, son projet de mettre des barrières protectionnistes à l’importation des produits industriels est beaucoup plus dangereux non seulement pour l’économie américaine elle-même, mais aussi pour l’équilibre global de la planète. En bref, tout se passe comme si le président américain avait déclaré la guerre à la Chine. Et c’est beaucoup plus grave que de simple tweets.

L’affaire des tweets pourrait se résumer à un numéro de cirque. Les tweets envoyés par Donald Trump ressortent soit d’un goût prononce pour cette forme de communication digitale, soit d’une tendance à l’autoritarisme qui revient à nier les fondamentaux de la démocratie. Normalement, le président des Etats-Unis a certes beaucoup de pouvoirs, mais il n’a pas celui de commander ou de menacer des entreprises pour qu’elles investissent. Il n’a pas celui de réprimer publiquement le discours d’une vedette de cinéma sous prétexte qu’elle le critique, ou de juger de l’argent qu’elle gagne pas plus que de lui faire la morale.

Le président américain doit se conformer à une certaine réserve, qui protège son autorité, il doit aussi se frotter aux contre-pouvoirs américains dont le principal sera le Congrès, qui peut très bien bloquer beaucoup de ses initiatives.

Pour l’instant, Donald Trump fait surtout de la communication. Il donne le sentiment d’exiger des grands industriels américains ou étrangers de réinvestir en Amérique. Tout le monde donne l’impression d’obtempérer, Chrysler, Fiat, Toyota, Ford, les grands de l’électro-ménager et même les grands industriels du luxe français n’arrêtent pas d’annoncer des plans d’investissement dans les différents états. Mais en réalité, tous ces patrons qui font allégeance en se rendant à « la Trump Tower », n’annoncent rien d’autre que ce qu‘ils avaient prévu de faire, compte tenu du dynamisme de l économie américaine.

Ils font semblant d’obéir, et même d’anticiper un éventuel Tweet, pour faire croire que le président américain est un grand homme. Ils veulent surtout avoir la paix, et éviter des tracasseries administratives et des polémiques inutiles qui s’étaleraient dans la presse ou les réseaux sociaux. En clair, comme ça ne change rien sur le fond de leurs projets, leur comportement est très pragmatique. Trump fait des tweets, très bien, nous, « on ne veut pas d’emmerdes donc on les écoute ».

Cette affaire des tweets est un immense jeu de rôle que diffuse la télévision américaine.

Le seul problème est de savoir s’il va continuer de gouverner par tweet quand il sera à la Maison Blanche. Le président américain sera soumis à un protocole, un fonctionnement très administré et finalement très contrôlé. Il est chef de son administration certes, mais il doit respecter les contrepouvoirs, la presse, les représentants, les sénateurs et tous les lobbys. La société américaine est une société très démocratique. Il peut vouloir « Ubériser » la vie politique mais dans ce cas, on sortira de la logique démocratique et ce jour là, il faudra s’en inquiéter sérieusement.

L’ambition protectionniste est beaucoup plus menaçante, parce qu’elle se dote de moyens et s’organise. Donald Trump s’est entouré de conseillers qui pour la plupart sont convaincus des biens faits du protectionnisme. D’autant plus qu‘une partie de son électorat estime que le « made in America », sauvera leur avenir.

Pour réaliser cette ambition, Donald Trump a embauché Peter Navarro, professeur de l’Université de Californie, qui s’est fait connaître en fustigeant la montée en puissance de la Chine. C’est lui, qui a fourni à Trump les chiffres et les fiches pour condamner les déficits commerciaux américains avec Pékin. Il a toujours plaidé pour une attitude beaucoup plus agressive des Etats-Unis face à la Chine, jugée responsable de la destruction de millions d’emplois en Amérique. A ses yeux, Pékin subventionne ses exportations vers les Etats-Unis et manipule sa monnaie. Du coup, nommé à la tête du Conseil du commerce national et rattaché à la Maison-Blanche, Peter Navarro aura pour tâche l’élimination des déficits commerciaux.

Trump a beaucoup d’admiration en Peter Navarro. « C’est, dit-il, un visionnaire  qui a, avant tout le monde, documenté les dégâts causés par la globalisation».

Le président élu confirme ainsi sa volonté de faire de la Chine un bouc émissaire de la désindustrialisation d’autant que Trump a aussi nommé le milliardaire Wilbur Ross secrétaire au commerce, aussi virulent à l’égard de la Chine, il a enfin désigné mercredi le milliardaire Carl Icahn au poste officieux de conseiller spécial pour dynamiter le carcan des règles régulant la première économie mondiale.

Cette idéologie du protectionnisme est au cœur du raisonnement politique des mouvements populistes mais elle est combattue par la quasi totalité des chercheurs en économie qu’ils soient classés à droite ou à gauche. Ce protectionnisme est pourchassé par la grande majorité de chefs d’entreprise.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le commerce extérieur est fondamentalement créateur de richesses pour tout le monde. L’échange commercial est un pur produit de la division du travail. Toutes les parties prenantes ont intérêt à l’échange. Ceux qui fabriquent, parce qu’ils s’enrichissent en créant des emplois. Ceux qui achètent parce qu’ils achètent moins cher donc ils gagnent en pouvoir d’achat. Toute la science économique est dominée par la défense du libre échange. D’Aristote à Schumpeter en passant par Ricardo et Marx.

Le protectionnisme est donc une forme d’appauvrissement. Il est évident pour tous les acteurs que la mise en place de barrières tarifaires ou non tarifaires pour bloquer la circulation des produits, des services et des hommes auraient des effets néfastes pour tout le monde.

L’Amérique peut difficilement décider de se protéger de la Chine par exemple, puisqu’elle se fermerait immédiatement l’accès des marchés chinois pour les produits américains, les technologies américaines. Les USA ont besoin de la Chine.

L’Amérique peut à la rigueur se protéger des petits pays, elle pourrait sans doute se protéger des fabrications mexicaines, parce que les petits pays n’auraient pas la force de répliquer. Cela dit, ces petits pays ne se laisseraient pas asphyxiés, leur population migrerait vers des régions plus oxygénées. Le protectionnisme ferme la porte aux produits mais booste les flux d’immigration.

Alors, il ne faut pas être naïf,  et tomber dans l’angélisme comme l’Europe parfois l’a fait. Un pays peut protéger quelques unes de ses industries stratégiques, mais pas, pour des raisons économiques, pour des raisons politiques.

Le problème avec le protectionnisme, c’est qu’il a très bonne presse en période de crise. Il est soutenu et défendu et réclamé par les catégories sociales qui sont les premières à souffrir de la mondialisation. Et c’est vrai que le libre- échange provoque des mutations auxquelles on doit s’adapter. Cette adaptation est de la responsabilité des politiques et des chefs d’entreprise. Même si, parfois elle est douloureuse à supporter.

Donald Trump n’a fait aucune pédagogie sur les bénéfices du commerce extérieur.  Il a fait l’inverse.