Christian Poyau : « Hollande n’a rien annoncé pour relancer l’emploi et la croissance »

« Être offensif ». Tel était le leitmotiv de François Hollande lors de sa deuxième grande conférence de presse du quinquennat. Une large place était consacrée aux questions économiques. Sans pour autant annoncer de nouvelles mesures, François Hollande maintient son objectif d’inverser la courbe du chômage avant fin 2013 et souhaite donner la priorité à la croissance. Une situation qui ne convainc pas Christian Poyau, entrepreneur et PDG de Micropole. Interview.

Globalement, qu’avez-vous pensé de l’intervention de François Hollande et jugez-vous le Président convaincant sur les thèmes du chômage, de l’emploi et de la croissance ?
Je l’ai trouvé convaincant dans la direction qui doit être prise. Quand il dit qu’il faut être « capable d’innover, d’inventer » ou que ce sont les « entreprises qui créent les emplois », on sent que le discours est très orienté vers les questions économiques. En revanche dans le domaine des actions qui vont être menées pour aller dans cette direction, je suis beaucoup plus dubitatif. Concrètement, nous n’avons pas eu d’annonces nouvelles. François Hollande a simplement redit ce qui avait déjà été annoncé. Certaines mesures vont dans le bon sens mais d’autres ne changent rien du tout. Je pense à la réforme du marché du travail qui ne concerne que les grandes entreprises et qui ne touche pas les PME et les ETI et surtout qui n’incite pas les chefs d’entreprises à embaucher.

François Hollande a répété plusieurs fois sa volonté de donner la « priorité à la croissance » notamment avec le « plan d’investissement ». Est-ce suffisant selon-vous ?
Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, mais ça fait un peu années 60. C’est le retour de Pompidou ! Que l’État veuille définir un plan d’actions sur des domaines comme le transport, les énergies ou le numérique c’est bien. Mais prenons, par exemple, le numérique. Ça va tellement vite ! Dans ce domaine il nous faut surtout des « gazelles » qui créent des idées, des concepts et qui se développent en France et dans le monde. Un plan d’investissement sur 10 ans oui, mais en tant que chef d’entreprise ce qui m’intéresse c’est ce qui se passe dans les six mois. Et là, on revient  aux mêmes points : améliorer le coût et la flexibilité du travail !

François Hollande a maintenu son objectif d’inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année. Dans l’état actuel de la situation y-croyez-vous ?
Il a raison de se fixer un objectif mais je suis, comme les observateurs, très sceptique. D’autant plus qu’il part du principe que dès que le chômage aura baissé, le consommateur va avoir confiance et tout va repartir. Mais ce n’est pas comme cela que ça va redémarrer ! Tout peut repartir parce que les chefs d’entreprises vont avoir confiance dans l’évolution de l’économie et vont réinvestir et réembaucher. Pour l’instant, je ne vois pas une mesure qui nous mette dans les conditions de réouvrir les vannes de l’embauche.

Selon François Hollande « le retour de la croissance dépend des choix européens » êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?
Quand il dit que c’est l’action de l’Europe qui doit relancer la consommation, je ne trouve pas ça normal. Cela revient à dire aux Allemands « changez votre politique et ça fera revenir la croissance chez nous ! ». Il sous-entend donc que l’on met les vraies réformes françaises de côté comme les retraites, la flexibilité ou le coût du travail. On a donc, malheureusement, pas de sujets forts qui permettent d’agir rapidement sur les causes du chômage et la croissance. Donc oui, la direction est bonne mais il faut franchir le pas plus rapidement.