Conseil des ministres Franco-Allemand : Angela Merkel essaye de sauver le soldat Hollande

Le Conseil des ministres franco-allemand du mercredi 19 février à Paris devait être marqué par une offensive de la chancelière afin d’aider François Hollande à sortir du bazar politico-économique dans lequel il s’est fourré depuis quinze jours.

En deux semaines, en effet, la visibilité de la politique économique française s’est de nouveau complètement troublée. Après un discours d’ouverture social-libéral au début de l’année qui a été salué par l’ensemble des dirigeants européen comme étant très cohérent et nécessaire, non seulement à la France, mais aussi à l’ensemble de la zone euro, tout le monde s’est bien aperçu que la gouvernance française s’était pris les pieds dans le tapis dès qu’il s’est agi de définir la déclinaison concrète du pacte de responsabilité.

La discussion avec le Medef a provoqué un beau pataquès sur le thème des contreparties. Il était évident que le gouvernement n’avait pas à demander des engagements écrits. Il l’a fait pour calmer des chefs syndicaux qui n’avaient rien demandé (et c’est vrai). Le Medef ne pouvait pas s’engager à produire des contreparties chiffrées. Il pouvait faire semblant, sauf que Pierre Gattaz, pour éviter d’aller trop loin et de se faire déjuger par ses troupes, a remis les pendules à l’heure, ce que n’a pas apprécié l’Élysée. Résultat : Cette affaire a formé un beau sac de nœuds en matière de message et de communication qui ajoute du stress au stress et fait prendre du retard à tout le monde. La majorité est de plus en plus divisée. L’opposition n‘est pas plus cohérente. Elle ne peut pas attaquer frontalement un projet pragmatique néo-libéral, elle ne peut pas non plus approuver un centimètre de ce que fait la gauche.

Au plus haut sommet de l’État, Jean Marc Ayrault a essayé de ramener un peu d’ordre. Après avoir caressé les patrons des entreprises internationales, il a filé à l’assemblée pour tenter d’expliquer que la situation de l’économie française s’améliorait alors qu’au même moment, une moisson de chiffres statistiques prouvait le contraire. Après un tel grand écart, son entourage s’étonnera que Paris ne parle que d’un éventuel remaniement.

Si les français ne comprennent plus rien, ils voudraient surtout que les choses s’appliquent plus rapidement.

Ce désordre accompagné d’une impossibilité a décider puis à gouverner a recommencé à inquiéter les marchés européens. Depuis trois jours, la presse des pays anglo-saxons, et notamment la presse allemande, est assassine à l’encontre de la situation française et italienne.

Les titres des grands quotidiens allemands reprennent les analyses des revues plus spécialisée, à savoir que la zone euro est retombée dans tous les risques et les dangers.

Deux pays inquiètent le monde des affaires :

– L’Italie qui n’a pas forcément trouvé son nouveau Mario Monti et qui a mis entre parenthèse les efforts de redressement qui avait été initiés par Monti justement.

– La France, qui, si elle n’applique pas son pacte de compétitivité, ne réussira pas son assainissement budgétaire et par conséquent se retrouvera dans le mur des marchés monétaires pour le printemps .

En mai et juin, tout le monde s’attend à une remontée des taux d’intérêt compte tenu du retour au calme du coté de la réserve fédérale, et ce jour-là, si ni la France, ni l’Italie, ont retrouvé les chemins de la réforme, la zone euro sera potentiellement exposée à un nouveau coup de tabac.

Pour l’Allemagne, et c’est pourquoi la presse est aussi furieuse,  la zone euro qui a  réussi à sauver la Grèce, l’Espagne ou déjà l’Italie, ne réussira pas à sauver la France et encore une fois l’Italie. Du coup,  la France et l’Italie serait acculées à se mettre à genoux devant le FMI. Or ce scénario ne doit rien à la science-fiction. C’est le scénario de l’humiliation pour Paris et du désastre pour la zone euro. Il est plausible.

C’est la première raison pour laquelle François Hollande a fait son virage à 180° au début de l’année, encore faut-il qu’il réussisse à mettre de l’ordre dans la maison France, et à rénover les structures.

C’est la raison pour laquelle Angela Merkel a fait savoir que l’intérêt de l’Allemagne n’était pas de laisser la France s’asphyxier mais au contraire qu’il faudrait l’aider avant que l’ardoise ne soit trop lourde.

Lors du dernier week-end, la chancelière a donc pris le contrepied de la presse allemande en affirmant que l’heure d’une plus grande coopération avec la France avait sonné.

« Si la France respecte ses engagements budgétaires, engage ses réformes de compétitivité,  l’Allemagne fera tout pour participer au retour de la croissance »

Normalement, Angela Merkel devrait dans la semaine confirmer les engagements qu’elle aura annoncés ou négociés lors de ce conseil des ministres franco-allemand.

L’Allemagne pourrait faire un réel effort en matière de politique étrangère et cet effort l’amènera à appuyer les initiatives françaises en Afrique.

1-   L’Allemagne pourrait s’engager fermement à financer une grande partie de la politique de défense ou d’intervention. C’est très important parce que jusqu’à maintenant c’est la France qui a tout pris à sa charge. Les allemands ont toujours été absents. Or, Berlin sait que les finances françaises sont exsangues. Le ministre de l’économie allemande sait aussi que l’Afrique est l’eldorado des 50 prochaines années et les parts de marché ou d’investissent se font maintenant. l’Allemagne ne veut pas être tenue à l’écart de ce gâteau.

2-   La France et l’Allemagne  s’engageront solennellement ensemble à financer des projets environnementaux, mais c’est du cinéma politique. La France veut faire plaisir à ses écolos mais n’a pas d’argent. L’Allemagne ne veut pas vexer ses verts mais restera le premier pollueur de l’europe en brûlant du charbon pour remplacer le nucléaire que les écolos ont fait justement arrêter. La France n’a pas le monopole de l’incohérence.

3-   La France et l’Allemagne vont beaucoup parler des liens de l’Europe avec les États-Unis. Ils vont beaucoup parler pour dire qu’il faudra faciliter les transferts de données et les e-mails. Quelle belle affaire ! Tout le monde rigole. En réalité, le seul sujet qu’il faudrait aborder est celui de la politique monétaire américaine qui est super agressive mais sur ce sujet, courage fuyons ! François Hollande a passé trois jours avec les autorités américaines, il n’en pas dit un mot.

On retiendra de ce conseil des ministres franco-allemands, l’attitude conciliante de la chancelière dont le seul objectif est que François Hollande parvient à lancer son pacte de responsabilité.

La bonne surprise serait que l’Allemagne accepte de donner un nouveau délai à la France pour qu’elle revienne dans les clous de la zone euro.

Mais elle ne le fera pas publiquement à l’issu du conseil des ministres, mais d’ici quinze jours seulement. Cela dit elle ne le fera qu’à deux conditions :

1)    Si elle a acquis la conviction que François Hollande a changé véritablement de politique économique. Et…

2)   Si elle sent qu’il en a tous les moyens politiques, ce qui est moins assuré.

Mais si demain, la chancelière découvrait que la perspective de ce nouveau délai pouvait contribuer à abandonner certaines réformes, Angela Merkel aurait du mal à résister aux faucons de son parti qui ne veulent absolument plus payer pour les autres.

Angela Merkel fera tout pour sauver le soldat Hollande parce que c’est le moyen pour elle de sauver sa propre coalition et ses marchés.

Angela Merkel finalement n’est ni de droite, ni de gauche. Elle est pragmatique. C’est une idée pour les politiques français. Le pragmatisme.