Crise : Le paradoxe de l’aubergiste

Par Jean-Marc Sylvestre. Cette première petite leçon pour sortir de la crise se déroule dans le cadre d’un petit village reculé du centre de l’Europe. Ce village est en train de mourir. La crise a éteint toutes les activités, les jeunes sont partis ailleurs, restent des chômeurs, quelques agriculteurs qui vivent de leurs productions et quelques commerçants criblés de dettes. Et comme tout le monde se connait, personne ne se fait plus confiance.

Par un matin triste, un voyageur arrive dans le village presque mort. Il gare sa voiture devant la seule auberge, prend son bagage, descend et se présente a l’hôtelier :

–     « Bonjour, je viens ici pour trois jours minimum, je dois faire des relèvements et écrire des rapports, auriez vous une chambre de libre ? »

–   L’hôtelier : « Nous en avons beaucoup de libres… Montez à l’étage et choisissez celle qui vous plaît »

–    Le voyageur : « Très bien, je vais vous payer tout de suite comme cela, ce sera fait, je vous dois ? »

–    L’hôtelier : « Pour trois jours, 500 euros »

Le voyageur pose  500 euros sur le bureau de l’hôtelier et monte à l’étage.
L’hôtelier fou de joie, prend l’argent et se précipite chez le boucher, son voisin.

–    « Salut, je te devais 500 Euros, et bien ne m’embête plus avec cela, je te les rembourse, les voilà ! »

Le boucher n’en revient pas. Il empoche l’argent et se rend immédiatement à la supérette du village où les rayons sont désormais vides.

–    « Salut dis le boucher, je vous devais 500 euros depuis un an, et bien je vous les rembourse ! »

L’épicier tout content s’en va à son tour ainsi rembourser ses dettes  au boulanger, le boulanger au docteur et le docteur à Edith… Edith était une femme connue dans le  village tout entier pour faire commerce de son corps. Officiellement, elle offrait des massages.

–    « Edith, je t’avais dis que je réussirai à te payer ! Depuis le temps, je t’apporte 500 euros. Ca ira ? »

Edith en pleurait … Puis reprenant ses esprits, elle sort de chez elle pour aller voir l’aubergiste.

-« Bonjour, tu vas être surpris mais je t’apporte 500 euros, je te les dois bien pour toutes les fois où tu m’as passé une de tes chambres ! »

Alors que l’aubergiste comptait les billets, son client voyageur était descendu de l’étage un peu dépité.

-« Vous savez… j ai changé d’avis, ce serait trop long à vous expliquer, mais vos chambres sont très belles, c’est pas le problème. Il faut que je retourne chez moi… Je suis désolé. Je vous avais laissé de l’argent !? »

-« Pas de problème, je vous le rends. Voila vos 500 euros » dit l’aubergiste.

Pour résumer cette histoire, disons qu’il ne s’est pas passé grand-chose, personne n’a trouvé de l’or, personne n’a gagné au loto. Le seul événement notable est le passage d’un voyageur qui est reparti sans rien acheter… Il n y a donc pas eu création de richesses.

Pourtant, en moins d’une heure, nous avons assisté à un miracle. Le climat dans le village a totalement changé,  les gens du village, qui étaient tous endettés ont remboursé leurs dettes. L’aubergiste, le boucher, l’épicier, le docteur et la prostituée. Du coup, ils se sont mis à se reparler, à plaisanter et à créer. Ils vont pouvoir à nouveau se faire confiance…