Ecolo, sociale ou libérale : les chefs d’entreprises s’interrogent sur la politique économique du gouvernement

L’acte 2 du quinquennat se veut écologique et socialement redistributif. Le gouvernement prend le risque d’abandonner la priorité de la compétitivité. Les chefs d’entreprises s’attendent donc à régler la facture des gilets jaunes. 

Les mouvements patronaux sont très prudents dans leurs commentaires et très politiquement corrects, mais beaucoup de patrons ne se font pas d’illusion. Ils craignent d’avoir à payer les frais du changement de politique. 

Le président de la République a, semble-t-il, tiré les leçons du mouvement des gilets jaunes puis des élections européennes. Du coup, son Premier ministre Edouard Philippe a repeint en vert son programme de gouvernement et donner des gages à tous ceux qui réclamaient plus de redistribution sociale.

Que la gouvernance veuille tenir compte des courants d’opinion qui se sont exprimés, c’est assez logique, mais si le changement de cap hypothèque les chances d’un redressement rapide de l’économie, la France risque d’être difficile à gérer dans les deux ans. 

Parce que, si on suit à la lettre le nouveau projet de politique économique du gouvernement, on risque de ne pas aller dans le sens qu’on avait défini au début du quinquennat. 

Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir avec un diagnostic d’une France fatiguée et essoufflée par la crise.  Incapable d’assumer les défis de la modernité : le digital, la mondialisation, la concurrence internationale et le besoin de protection. 

Il est arrivé au pouvoir avec une stratégie de reconquête des forces économiques, avec notamment la nécessité de restaurer la compétitivité de la maison France. Cet objectif nécessitait de redonner aux entreprises de l'air pour pouvoir innover, investir et créer des emplois. Cet objectif passait par l’obligation d’installer dans ce pays un écosystème très favorable au business, très favorable à l’innovation. D’où les premières réformes structurelles, sur la fiscalité du capital et la flexibilité du travail. Le discours des gouvernants, leur style, les premières réformes, le tout combiné à la promesse de poursuivre les réformes libérales par une réduction des dépenses publiques et sociales dans le cadre d’une meilleure organisation de l’Etat, tout cela avait effectivement commencé à produire quelques effets et quelques résultats. 

Seulement, l’environnement s’est détérioré. La croissance européenne a piqué du nez (ce qui pouvait se prévoir) et surtout, la colère des gilets jaunes que personne n‘avait pressentie, du moins dans son ampleur et dans sa durée, ont quand même obligé la gouvernance française à des adaptations de son modèle pour éviter un dérapage qui aurait pu être catastrophique pour le maintien de l’ordre public. 

Le président de la République a donc signé des chèques, en décembre d’abord et en mars ensuite, à l’issue du grand débat. Dans la foulée, il a, sur le terrain politique, pris en compte le résultat des élections européennes qui ont marqué une poussée des écologistes. 

Le programme présenté par Edouard Philippe prend en compte cette situation. Dans le discours, l'affichage et la forme, le programme est donc très « vert et très distributif ». Mais dans le fond, on a du mal à comprendre comment ce programme sera financé.Car en dépit de l’engagement de poursuivre la réforme des retraites et du chômage, la majorité des chefs d’entreprises a compris que la priorité n’était plus à la restauration d’une compétitivité de l’industrie française. 

Si la politique économique reste libérale, les moyens libéraux mis en oeuvre sont désormais très amortis.

Le compromis social et écologique très fort va déplacer la politique économique de la logique d’offre dans laquelle on l’avait inscrit, à une logique de la demande fondée sur la protection sociale et la redistribution.

Alors, un tel grand écart serait viable si nous étions dans une phase de conjoncture puissante, mais ça n’est pas le cas. Les déficits de recettes vont donc accroitre l’endettement et par conséquent, conduire à l’immobilisme. Un peu comme sous Jacques Chirac et sous François Hollande qui avaient tous les deux choisi de ne pas toucher aux structures. 

La pression politique vaut d’être entendue, surtout si l'ordre public est en jeu, mais la pression politique vaut–elle d’abandonner la conviction qu’il fallait des réformes libérales dans ce pays pour le mettre à niveau de la concurrence internationale ?
Les options sociales et la redistribution fiscale auprès des classes moyennes sont de nature à peser sur les entreprises, parce qu‘il faudra bien les financer en partie, dans la mesure où on ne touche pas aux dépenses publiques. 

Quant aux choix écologiques, le risque est grand que l'on se rabatte sur des mesures très punitives, faites d’interdits. Le risque est grand que l’on fasse le choix de la décroissance.