En Europe, Angela Merkel va hausser le ton

Par Jean-Marc Sylvestre. Plus on s’approche des élections allemandes, plus les candidats durcissent leur attitude face aux pays européens qui refusent toujours de se réformer. La France qui est visée au premier chef,  ne veut toujours rien entendre. Le G20 des finances qui s’est déroulé en cette fin de semaine à Washington a montré combien, l’Europe en général, était en retard dans le processus de reprise mondiale. Au sein de l’Europe, la France est véritablement dépassée par l’Allemagne qui mène la danse.

Les élections générales qui se dérouleront en Allemagne en septembre ne laissent que très peu de doutes sur le résultat final. Angela Merkel  est entrée directement en campagne cette fin de semaine en accordant une longue interview au journal populaire Bild Zeitung. Cette interview a le mérite de recadrer les principes de sa politique et ne traduit de sa part aucune inquiétude. Pas de dérive démagogique ou populiste. « la seule dérive du discours de la chancelière est allemande »  dit en plaisantant  un commissaire européen.

De l’avis de tous les observateurs, Angela Merkel réunira sans difficultés une majorité qui devrait lui permettre de garder son fauteuil de chancelière. Elle sera donc la seule chef de gouvernement en Europe occidentale à ne pas avoir été balayée par la crise. Ce qui lui donne une autorité internationale qui n’a jamais été aussi forte.  Du coup, à Berlin, beaucoup lui prêtent désormais l’intention de se retirer du pouvoir après les élections, afin de prendre du recul et  de postuler à une grande responsabilité internationale, ce qu’elle dément mollement ( – ce  n’est pas le sujet ! – ) , sachant que le moment venu personne ne pourra lui refuser quoi que ce soit .

Avec ou sans Angela Merkel, il est peu probable que la politique économique allemande change du tout au tout. Contrairement à ce que pensent ou souhaitent certains dirigeants européens.

La gouvernance française elle-même n’arrête pas d’espérer secrètement un assouplissement de la politique allemande après les élections quelque soit le résultat. A l’Élysée, à Matignon, ou à Bercy, on s’attend en effet à ce que l’Allemagne consente à desserrer les exigences d’austérité appliquées aux pays de la zone euro, ce qui nous permettrait de retrouver un peu de croissance.

D’où l’obstination des autorités françaises à maintenir des prévisions d’activité pour 2013 et 2014, qui semblent complètement irréalistes aux yeux de la plupart des économistes et notamment ceux du FMI qui ne comprennent plus le fonctionnement du logiciel français. D’où le décalage entre les prévisions officielles et la réalité. D’où le sentiment d’être trompé par les dirigeants politiques, avec une activité durablement plantée.

Lors de ce G20, à Washington , Wolfgang Schäuble, le ministre allemand de l’Économie, qui  a reconnu que l’Europe ne fonctionnait plus, en a profité pour rappeler que c’était à chacun des membres de la communauté de prendre ses responsabilités : « La croissance salvatrice ne pourra pas venir de l’extérieur. Les miracles n’existent pas. La croissance ne tombe pas du ciel. Elle viendra de l’activation des ressorts internes ».

1ère priorité, relancer la lutte contre la fraude fiscale au niveau internationale. Pierre Moscovici qui pensait en faire son cheval de bataille a été un peu occulté par la détermination allemande… de façon très pragmatique, sans débat national et grande opération de transparence, l’Allemagne signe des accords de réciprocité à tour de bras et use de tous les subterfuges possibles pour récupérer une partie des capitaux évadés. Y compris de négocier des accords avec les contribuables expatriés. Pour les Allemands l’enjeu est d’abord de  récupérer 50 milliards de recettes fiscales par an. Tous les moyens sont bons. En France l’enjeu budgétaire est équivalent, (60 milliards de manque à gagner) mais la France est surtout obsédée par l’idée de culpabiliser et de designer à la vindicte populaire les fraudeurs. La morale d’abord. Oui mais ça coute cher.

2e priorité, la lutte contre les déficits. Là encore les Allemands sont montés en première ligne en demandant à ce que l’endettement global ne puisse pas dépasser 90% du PIB dans les pays du G20.. les États-Unis se refusent à cet engagement, pas étonnant puisqu’ils ne remboursent pas leur dette. Mais ce refus américain a bien rendu service à la délégation française qui sur ce dossier est quand même très mal. C’est  pourtant la France qui était visée dans la mesure où les dérives commencent à être dangereuses. L’Allemagne qui, d’une certaine façon, garantit la dette française n’arrête pas de tirer le signal d’alarme. La meilleure preuve c’est que cette semaine, les marchés internationaux ont très mal réagi à la rumeur d’une dégradation de l’économie allemande.

La rumeur est partie d’une petite agence américaine, Eagen Jones qui a elle-même abaissé d’un cran la note de l’Allemagne. Cette information aurait pu passer inaperçue sauf que cette agence avait défrayé la chronique en 2011, en abaissant la note des USA et qu’elle avait été suivi peu de temps après par Standard & Poors. Tout le monde a évidemment imaginé le même scénario sur l’Europe. D’où l’excès de fièvre sur les marchés.

D’autant que depuis deux mois, l’Allemagne publie des chiffres décevants avec, en prime, un ralentissement de la croissance chinoise qui, s’il était confirmé impacterait directement le commerce extérieur allemand.

Si l’Allemagne était dégradée par les grandes agences, c’est l’ensemble des pays européens et des institutions européennes qui serait dégradés dans la foulée. Ce qui veut dire que les taux d’intérêt grimperaient immédiatement dans l’ensemble de la zone euro. Ce qui toucherait directement la France. Pourquoi ? Tout simplement parce que  la France bénéficie de financement très bas grâce à son adossement à la Allemagne et à l engagement pris de respecter certaines règles budgétaires..

Mais si l’Allemagne est en risque de dégradation c’est aussi parce qu’elle supporte ses voisins en difficulté.

La situation allemande est donc aujourd’hui assez compliquée. Elle doit assurer sa quote-part du  financement de cette copropriété qu’est la zone euro en veillant à ce que les autres copropriétaires assurent la leur. Elle l’a toujours fait. Mais elle doit aussi veiller à les aider pour  éviter qu’ils ne s’étouffent sous les plans de rigueur. Un peu par solidarité politique mais beaucoup par intérêt économique. L’Allemagne a besoin des marchés européens. Elle est donc amenée à financer parfois ses clients, directement ou indirectement via les caisses d’entre-aide qui ont été ouvertes au niveau communautaire (FSE, MSI , Banque centrale ).

Par conséquent l’Allemagne finira toujours par céder devant la nécessité de sauvegarder certains des copropriétaires. Elle peut même relâcher un peu son modèle interne après les élections, laisser un peu filer le pouvoir d’achat des consommateurs Allemands qui supportent mal d’avoir aider des peuples du sud sans contrepartie… ce qui donnerait un peu d’oxygène à tout le monde mais  que les Européens ne se fassent pas d’illusion, si l’Allemagne en arrive assouplir sa politique, ce sera pour mieux conditionner sa participation à l’Europe. Obliger les partenaires à se tenir droit et se mettre en position de financer la totalités des charges qui leur incombent dans la copropriété.Angela Merkel va le marteler à ses électeurs allemands pendant toute sa campagne. Son ministre de l’Économie le répète à longueur de réunions internationales.

Pour résumer, l’Allemagne attend deux choses pour débloquer la situation européenne :

1ère obligation, déréguler le marché du travail. Angela Merkel prétend  que l’Europe a un problème de compétitivité coût et hors coût. Ce problème ne se réglera pas par une manipulation monétaire. Il se réglera par un assouplissement des normes et des charges qui pèsent sur le travail. Quand elle se refuse à accepter l’idée d’un salaire minimum imposé à tous, c’est pour encourager des accords de branches ou d’entreprise. L’Allemagne est parfaitement en mesure d’assumer une telle reforme, elle le fait d ailleurs dans beaucoup de ses industries et depuis longtemps. Mais ses voisins en sont encore loin.

2ème obligation, abaisser les dépenses publiques et sociales pour alléger les déficits et l’endettement. Il ne s’agit pas de casser le modèle social européen ou les services publics, il s’agit de les rendre plus efficaces à un moindre coût. Il est évident à tous les analystes que les services publiques en général (État, collectivités locales, institutions sociales) sont abusivement surpayées en France au profit d’intérêts corporatistes ou politiques. C’est ce surcoût pour une qualité de service renforcée qu’il faudrait corriger. Agnès Verdier-Molinié de l’Ifrap  a chiffré l’économie possible et réalisable sur le total des dépenses publiques et sociales à 60 milliards d’euros par an.

Des chercheurs Allemands ont découvert que ces 60 milliards d’euros représentaient exactement la différence entre le coût des dépenses publiques en Allemagne et en France hors dépenses militaires. Or, la population allemande est grosso modo identique à la population française. Le niveau des équipements collectifs est très comparable, que les services publiques sont d’aussi bonne qualité.

Or, 60 milliards de dépenses publiques en moins c’est 60 milliards de crédits en plus pour l’économie marchande, donc pour l’emploi. Et cela sans hypothèque sur le modèle sociale ou la qualité des services publics. Il faudra bien un jour prochain que la gouvernance française accepte cette équation.