Et Tsipras commit l’irréparable : la Grèce part chercher de l’argent à Moscou

Après avoir obtenu du FMI les moyens de passer le mois d’avril, les négociateurs de Bruxelles qui doivent définir un plan d’aide à long terme ont suspendu les discussions faute d’avoir reçu les engagements de réforme. Le Premier ministre grec a préféré partir hier soir pour Moscou.

Les banquiers allemands, relayés par la presse, sont formels. La Grèce sera en faillite le 9 mai. Le pays avait obtenu un sursis grâce à un financement du FMI qui va lui permettre de tenir jusqu’à la fin du mois. Mais sans nouvelle aide internationale à long terme, la Grèce ne pourra pas aller au-delà du 9 mai.

La Commission de Bruxelles et la BCE étaient prêtes à étudier un nouveau plan d’aide à long terme avec facilités de paiement, allongement des délais, à condition que le Premier ministre présente une série de réformes et surtout un calendrier sur la fiscalité, le freinage des dépenses publiques, la dérégulation de l’économie et la reprise des privatisations.

Cette  négociation était supportée par tous les dirigeants de la zone euro, y compris Angela Merkel qui avait signé une sorte d’armistice avec la Grèce. Alexis Tsipras s’était déplacé à Berlin pour assurer à la Chancelière que les engagements qu’il prenait, seraient tenus. Et puis, les dirigeants grecs ont, a priori, changé d’avis une fois de plus, devant la fronde de leur majorité.

D’abord, ils  n’ont pas livré la liste des réformes qu’ils allaient faire. Bruxelles a donc tout suspendu à ces documents. Ensuite, le Premier ministre Alexis Tsipras décide mardi soir de partir à Moscou pour demander de l’aide à Poutine, contrairement aux engagements pris devant les Européens.

Poutine va évidemment s’empresser de recevoir le Premier ministre grec et lui promettre monts et merveilles. Cerise sur le gâteau, Tsipras vient expliquer à la presse allemande que « les liens entre la Grèce et la Russie ont des racines profondes qui remontent à l’histoire de la dernière guerre » et de rappeler, au passage, que les Grecs ont tellement souffert pendant cette guerre qu’ils réclament toujours des dommages et intérêts, lesquels n’ont toujours pas été payés.

Pour Angela Merkel qui avait renoué le dialogue, c’est insupportable. Le Bundestag commence à remuer sérieusement et à lui reprocher d’avoir été trop conciliante, et trompée. Du coup, le ton monte depuis 24 heures et on voit mal comment les négociations peuvent reprendre avec la Grèce accusée désormais de jouer un double jeu. Aucun pays de la zone euro ne pourra accepter que la Russie fasse de la Grèce ce qu’elle a fait de Chypre. Un pays d’accueil pour blanchir la fortune mal acquise des apparatchiks de Moscou.

En attendant, le feuilleton grec nous distille jour après jour des leçons nouvelles sur le fonctionnement d’une gouvernance issue d’un processus démocratique.

1e  leçon, la démagogie et le populisme. Si vous voulez être élu dans un pays qui souffre, expliquez que c’est de la faute des autres et que tout est possible à réformer, y compris la douleur sociale.

2e leçon, la théorie du bouc émissaire. Dire à son peuple que les autres paieront les factures, les autres en l’occurrence ce sont les contribuables européens.

3e leçon, la trahison. Comme dans les bonnes tragédies grecques, il arrive que l’un des protagonistes pactise avec l’adversaire de ses amis qu’il trouve trop intransigeants. Comme au théâtre dans toutes les tragédies, le drame grec va finir par se terminer très mal. Comme au théâtre oui, sauf que l’on n’est pas au théâtre.