François Hollande, encore une semaine pour rien…

Par Jean-Marc Sylvestre. Les différents observateurs français et étrangers sont affligés. La gouvernance française a encore passé une semaine pour rien. Alors même que l’INSEE vient d’officialiser des prévisions d’activité économique très négatives pour 2013, personne à l’Elysée, à Matignon ou à Bercy n’a réagi.

Tout le monde continue d’affirmer que les promesses  de redressement seront tenues.

A commencer par François Hollande lui-même. Le Président n’a rien dit de plus lors de son passage sur Europe 1 vendredi.  Parlant de 2013, le Président de la République  a osé cette analyse : «ce sera dur mais on va s’en sortir…». Les CSP+ qui en majorité écoutent l’émission de Jean-Pierre Elkabbach  et qui savent que nous sommes plantés pour au moins un an n’en revenaient pas . « On se seraient cru au pays des bisousnours ».

Au point que beaucoup d’auditeurs  se sont demandés pour quelles raisons graves et ambitieuses le Président avait pris la parole à la veille de Noël. Heureusement qu’ à la fin de l’émission le Hollande a précisé qu’ il ne croyait pas à «la fin du monde». Une information capitale et rassurante… Mais il a aussi confirmé, et c’est  un scoop, que « tout le monde était mortel ». Bref, ce qui s’est passé en fin de semaine est à l’image de ce qui s’est passé toute la semaine… Un festival de langue de bois.

Le voyage en Algérie en est un bel exemple.

Contrairement a ce que l’on pouvait craindre, ce voyage n’a  choqué personne. Ceci dit, c’est déjà un exploit , parce qu’entre les Algériens islamistes qui ne rêvent que d’un durcissement  des relations avec la France et les jeunes démocrates qui ont raté le passage du printemps arabe et qui attendent le suivant en comptant sur la France pour les aider… Entre ceux qui veulent venir en métropole et qui font la queue au Consulat pour obtenir un visa et ceux qui, en banlieue parisienne, ont perdu leur job alors qu’ils attendaient la naturalisation… Entre un gouvernement algérien qui fait tout pour attirer les investissements et les syndicats français qui réclament des emplois en France …

Dans un tel imbroglio, le voyage à Alger était porteur de tous les risques de dérapage politique. Reconnaissons que François Hollande a su éviter les écueils qui nous auraient couté cher. Il le doit à l’habileté de  Jean-Pierre Raffarin qui avait préparé et déminé le terrain. Il le doit aussi à son talent pour gagner du temps, sans avoir pris d’engagements capable d’insulter l’avenir. Le revers de la médaille c’est qu’en gagnant du temps, ce voyage en Algérie ne va guère contribuer à améliorer la relation.

L’autre rendez-vous fort de la semaine, c’est celui que François Hollande a eu avec les Patrons de l’AFEP, mardi soir.

On ne sait pas officiellement ce qui s’est dit, lors de ce diner ultra-confidentiel avec  les plus grands patrons français. L’AFEP qui avait été créé par Amboise Roux en 1982 pour affronter  François Mitterrand, regroupe en gros tous les patrons du CAC 40. Cette institution ne fait jamais  de communication mais agit en coulisse pour peser sur le législateur. Le pouvoir de l’AFEP est sans doute moins spectaculaire que celui du Medef mais beaucoup plus puissant face aux politique.

Si on s’en tient aux quelques commentaires faits publiquement par des participants, les échanges ont été cordiaux et fructueux . Autant dire un bel exercice de langue de bois réciproque. Christophe de Margerie, le Président de Total a dit à la sortie qu’ « il avait été surpris par la capacité d’écoute du Président ».  Pas mal. Emmanuel Macron, l’ancien associé gérant de Rothschild, aujourd’hui secrétaire général adjoint de l’Elysée qui accompagnait François Hollande a laissé entendre que ça  c’était bien passé.

La réalité, c’est que l’affrontement entre les grands patrons et le Président de la République a été poli mais violent. Et ce n’est pas l’humour de François Hollande qui a pu amortir le choc. Le désaccord s’est révélé profond sur la question de l’emploi qui dépend la mise en place de la flexibilité, sur l’exploitation de gaz de schistes et sur la fiscalité. Sur la flexibilité, François Hollande a exclu le recours au législateur  et redit qu’il attendait tout de la négociation avec les syndicats . Ajoutant que si la négociation échoue ce sera de la faute des syndicats. On sait depuis vendredi que le compromis historique a été enterré lors du huitième round de négociation. Du coup, la pression sur le patronat n’a jamais été aussi forte. Les patrons ne décolèrent pas. Sur l’exploitation des gaz de schistes, beaucoup d’industriels ont rappelé que la totalité de l’industrie mondiale, sauf l’industrie française, allait profiter de cette nouvelle forme d’énergie. François Hollande a redit qu’il était opposé à l’exploitation par la seule méthode connue, la fragmentation hydraulique. Certains ont répondu qu’ils faisaient déjà de la fragmentation hydraulique et qu’en plus on pouvait très bien autoriser  des expériences. Le Président de la République n’a pas trouvé cette précision  à son goût.

Le chapitre fiscal a lui aussi été assez hard. Pour faire court, les chefs d’entreprise ont rappelé les innombrables impôts nouveaux  qui ont été créé depuis six mois, soulignant les effets pervers du phénomène. A savoir, la difficulté de faire venir en France des cadres étrangers et l’accélération des demandes d’expatriations des jeunes et des moins jeunes. Inutile d’utiliser Gérard Depardieu pour amuser la galerie et cacher la réalité du désastre. François Hollande n’a pas répondu. Il a simplement sorti le couplet qu’il entonne maintenant à chaque communication publique : « chacun doit participer à l’effort selon ses moyens , si on aime la France on doit la servir » etc, etc. Une chanson qui n’impressionne guère les patrons dont « le métier n’est pas de faire de la morale à rappeler l’un d’eux  mais de développer l’entreprise, d’investir et de créer des emplois ». Et d’ajouter « encore faut-il en avoir la possibilité et l’intérêt ».

La messe n’était pas totalement dite.

François Hollande a terminé en s’adressant au président d’AXA, numéro un mondial de l’assurance. Henri de Castries est un camarade de promotion à l’ENA, la célèbre promotion Voltaire. Ils étaient amis. Ils le sont moins aujourd’hui. Sur la taxation des hauts revenus à 75%. François Hollande a rappelé que cette taxation ne s’appliquerait que pendant deux ans… mais si la situation économique ne s’arrangeait pas, il demanderait sa prolongation. Quand à la fiscalité, il y avait encore des possibilités de ressources inexplorées et de citer en exemple l’assurance vie.


L’humour de François Hollande à jeté un froid

Entre la douche froide du diner de l’AFEP, la rupture des négociations sur une réforme du travail et les prévisions catastrophe de l’INSEE, les chefs d’entreprise terminent  l’année avec l’idée renforcée que l’économie française s’enfonce dans la dépression et que cette dépression sera durable. C’est une idée qui commence à être partagée par les Allemands. Angela Merkel fait tout pour calmer ses propres contribuables. Elle a expliqué cette semaine que l’Allemagne avait beaucoup profité des marchés européens, et qu’ il était normal que l’Allemagne participe au rééquilibrage. Elle a encore expliqué au Bundestag que sur l’euro, on avait fait la moitié du travail et plus précisément on avait mis en place les institutions de régulation (MES, BCE) dotées de moyens suffisants. Restait à résorber les déficits publiques en diminuant les dépenses publiques . En rassurants les citoyens allemands, elle envoyait un nouvel avertissement au gouvernement français qui n’a toujours pas dit où et comment il allait trouver les 60 milliards d’économie. Les Allemands n’ont guère aimé payer pour les Grecs, mais si demain on leur demande de payer pour les Français, ça risque de se passer très mal. Avec une extrême gauche qui se raidit, des écologistes qui font de la résistance et des syndicats sous représentatifs qui font de la surenchère, personne ne voit comment François Hollande pourrait mettre rapidement en œuvre les réformes nécessaires (fiscalité, budget, droit du travail).

Le résultat d’une situation aussi bloquée fait dire aux politologues et aux économistes que la gouvernance française à trois solutions.

-Elle gagne du temps en espérant que les choses s’arrangent. C’est effectivement la technique utilisée par François Hollande jusqu’ à maintenant.

– François Hollande opte pour un déblocage politique par un changement de Premier Ministre mais il n’a pas de successeurs à Jean-Marc Ayrault. Il peut aussi, et quelques conseillers lui en parle, essayer de neutraliser les écolos et constituer une majorité social-démocrate avec des centristes. C’est un exercice politique hautement risqué pour lui . Certains n’excluent pas l’hypothèse d’une dissolution au printemps afin de chercher une nouvelle majorité. Cette rumeur n’a pas été étrangère au processus de normalisation engagé très rapidement à l’UMP où l’on s’est dit qu’en cas d’élections anticipées, mieux valait faire cesser la guerre des chefs .

-La troisième solution est beaucoup plus pragmatique. Elle consisterait à obtenir de Bruxelles et des Allemands l’autorisation de faire, selon le vocabulaire employé à la commission, des « ajustement plus doux ». En clair, ça veut dire que tout le monde pense sans le dire haut et fort que la France demandera et obtiendra de se libérer  de certains engagements de rigueur. L’obligation par exemple de respecter la règle des 3% de déficit dès 2013. Elle pourrait être reporté à 2015 ou 2016. Si la France obtient l’accord des européens, pour assouplir les exigences de rigueur ça passe.  Si la France n’obtient pas cet accord, ça casse.

Mais en fait, les européens n’auront pas le choix. On prendra donc à nouveau  du retard dans la compétition mondiale mais on en prendra tous . La France a quand même un incroyable talent pour repousser les échéances et gagner du temps. On en reparlera forcement l’année prochaine. Après les fêtes de Noël. Parce que d’ici-là , il n’y a plus rien d’inscrit à l’agenda du Président avant l’allocution des vœux du 31 décembre. A priori la volonté de respecter la trêve des confiseurs n’a jamais correspondu aussi bien au dessein et à la méthode du Président de la République.