François Hollande prépare seul ce qu’il va essayer de dire aux Français le soir du 31 décembre… et ça va ressembler à un testament

Le président de la République a passé la semaine à écrire ce qu’il dira le soir de la Saint-Sylvestre à la télévision. Une tâche loin d’être facile.

Personne ne sait ce que le président de la République aura fait pendant cette dernière semaine de l’année. L’agenda est pratiquement vide. Un réveillon de Noël à l’Elysée, avec les enfants, puis quelques jours à La Lanterne, pour rentrer à Paris, en fin d’après-midi du 31, et enregistrer les vœux aux Français.

Pour lui, ce sera les derniers de son mandat et sans doute de sa carrière politique. Il en fera donc une forme de testament.

D‘après les informations, qui ont filtré de la bouche de quelques conseillers qui lui avaient préparé les fiches et des notes, la tâche n’est pas facile.

La première partie de la communication sera consacrée au bilan. Aucun problème. François Hollande a du talent pour rappeler ce qu’il a fait.

– Son action militaire internationale en Afrique et au Moyen-Orient,

– Sa maîtrise de la situation lors des attentats dans l’hexagone,

– Le vote de la loi sur le mariage pour tous,

– Et le renversement de la courbe du chômage. « Je vous l’avais bien dit, je l’ai fait ».

Nul doute que sur le bilan, le président est capable d’en faire des tonnes. Le problème est qu’il est inaudible sur ce point, alors qu’il faudrait reconnaître quelques éléments de progrès. Le problème est que les actions militaires ne sont pas terminées et qu’il n’a pas réfléchi à une stratégie politique pour prendre le relai des soldats. Le problème est que si la situation de l’emploi s’est améliorée, elle s’est trop peu améliorée et beaucoup trop tard.

Le problème est qu’il n’a tracé aucune perspective, qu’il a laissé sa majorité en miettes. Il a donc créé seul les conditions de son impuissance.

Le problème de ce bilan, enfin, c’est qu’il ne reconnaîtra jamais les promesses qu’il avait faites et pour lesquelles il n’a pas délivré de résultats. La France est donc en panne.  Lui va donc dire qu’elle respire mieux… à des Français qui sont convaincus qu’elle suffoque.

La deuxième partie de sa communication sera moins évidente. Elle devait être consacrée aux défis qui sont les nôtres dans les années qui viennent.

– Le défi du populisme et des extrémismes

– Le défi de la mondialisation et du digital

– Le défi de retrouver un Etat fort mais libéral

Tous ces dossiers qui préoccupent les analystes, les chefs d’entreprise (et devraient occuper les hommes politiques), François Hollande n’est pas homme à les assumer publiquement sinon il l’aurait fait pendant son mandat. Sa nature le portera plutôt à y voir des raisons de crises et d’inquiétudes. Les vrais défis, pour lui, seront donc de mettre en œuvre les protections et les sécurités contre les dangers de l’avenir. Il faut donc s’attendre à un collier de banalités sur ce thème. François Hollande est homme à prévenir des dangers du populisme (ce qu’il fait remarquablement) mais n’a sûrement pas l’ambition d’éradiquer les vraies causes de l’extrémisme. C’est-à-dire la misère, l’exclusion, le manque de formation et d’ouverture.  Donc si possible, il faudra zapper cette deuxième partie complètement inutile.

La troisième partie devrait être beaucoup plus importante, parce qu’elle se composera des messages envoyés à tous ceux qui vont voter à la primaire socialiste. Les candidats sont plutôt silencieux actuellement mais ils vont forcément se déchaîner à partir de lundi et parmi ces candidats, il y a tous les héritiers. Nombreux et qui ne s’entendent pas. Comme souvent.

François Hollande, qui n’est pas à une incohérence près, est capable de souligner les défis et les enjeux mais pour en conclure que la France a besoin de protections supplémentaires compte tenu des dangers de l’avenir.

C’est d‘ailleurs l’axe majeur de la campagne que va faire Valls pour attirer à lui la gauche de la gauche, celle qu’il a vouée aux gémonies et dont il disait qu’elle était inconciliable avec le courant social démocrate qu’il incarnait. Autant dire que la cause est perdue d’avance. Manuel Valls va assumer le bilan du quinquennat, et utiliser les grands thèmes de campagne que comptait prendre François Hollande s‘il avait pu se représenter.

Manuel Valls se positionne donc véritablement comme le successeur bien élevé.

Mais peu probable que François Hollande le couche sur son testament.

François Hollande va plutôt mettre l’accent sur les hommes capables de relever les défis du monde moderne et capables de transformer les mutations en autant d’opportunités de progrès. Parmi les hommes qui reprennent ce refrain, il y a bien sûr Emmanuel Macron.

François Hollande n’a aucune raison d’aider l’ancien patron de Bercy. C’est le fils maudit qui lui doit tant, mais qui l’a tellement trahi en quelque sorte. Et pourtant, comme dans beaucoup de familles, c’est le petit dernier qu’il préfère, celui qui ne respecte rien. François Hollande est tellement bluffé par son audace et par sa performance qu’il ne fera rien pour le gêner.

Ce sont les messages et les allusions aux insolences de son ancien ministre de l’Economie, que François Hollande veut peaufiner tout seul. Pas sûr même qu’il demande un peu de lumière aux deux amis qui ont véritablement fabriqué Macron et qui l’ont mis sur orbite : Jean-Pierre Jouyet et Jacques Attali.

Pas sûr que ces deux-là interviennent plus qu’ils ne l’ont déjà fait. La quiétude et la pénombre de la Lanterne à Versailles où le président s’est réfugié lui suffiront donc pour ciseler ou alors éviter les pièges.

Ce que François Hollande ne dira pas sur Valls et ce qu’il lâchera sur Macron seront sans doute les éléments les plus importants du testament. Tous les testaments réservent une surprise à la lecture. Bonne ou mauvaise. Ça dépend pour qui !