Gouvernance de l’entreprise et réforme de l’Etat. Deux chantiers sur lesquels Macron a décidé d’assumer un risque d’explosion.

 Le président de la République veut profiter de la bonne conjoncture pour lancer très vite deux réformes structurelles qui sont potentiellement explosives.

 

Pour Emmanuel Macron, tout va bien. Tout va même beaucoup mieux qu’on ne pouvait le penser dans les premières semaines du quinquennat.

La situation économique s’est nettement améliorée (principalement grâce à l’environnement international) avec des perspectives désormais très lisibles pour les agents économiques (et ça, principalement grâce au discours et à la méthode de gouvernement du président).

La situation politique est très claire, Emmanuel Macron n’a plus d’opposition, la classe politique essaie de se reconstruire autour du mouvement En marche. Il a calmé pour l’instant les élus locaux qui criaient à l’asphyxie financière et ils avaient raison.

Quant aux premières réformes qui s’annonçaient très compliquées, elles sont passées sans provoquer de tremblement de terre ou de fièvre sociale systémique : la réforme du droit du travail a fait l’objet des ordonnances et la réforme fiscale sur le capital a été adoptée sans provoquer la jacquerie que la France insoumise promettait d’organiser contre le chef de l’Etat . L’accusation de gouverner pour les riches a été balayée.

Ajoutons à cela que la situation européenne lui rend service. Le Brexit lui permet d’afficher beaucoup de fermeté dans le rappel de ses positions européennes. D’autant que les fragilités d’Angela Merkel lui donnent une chance de prendre le leadership pour une transformation de l’Union européenne 

Ajoutons aussi la situation internationale où la France a retrouvé l’écoute qu’elle avait perdue.

 

Au total, tout va pour le mieux, et jamais sous la Vème République, hormis le général de Gaulle en 1958, un président de la République n’aura connu un climat aussi favorable dans une situation traversée par de telles mutations.

 

C’est pour profiter de cette situation qu’Emmanuel Macron entend bien ouvrir et pousser très vite deux chantiers de réformes où tous ses prédécesseurs se sont cassés les reins, parce que ces réformes dérangent trop d’intérêts, trop de lobbies, trop dhabitudes.

 

Le premier de ces chantiers porte sur la gouvernance de l’entreprise et son fonctionnement interne. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, en est le maitre d’œuvre. Après la réforme du droit du travail qui a simplifié le code du travail, après la réforme fiscale qui a allégé l’impôt sur le capital pour attirer les investisseurs, il faut donner à l'entreprise plus de moyens propres pour financer son développement et plus de protections contre les agents prédateurs.

En bref, ça devrait passer par

1 Une modernisation et un élargissement de l’intéressement, au profit des salariés

2 Un renforcement de la gouvernance pour protéger les managements des fonds d’investissement prédateurs

3. Un changement du financement du modèle social. Un cout du travail allégé pour améliorer la compétitivité cout et sans doute la mise en place d’un revenu complémentaire au profit des bas salaires pour protéger le pouvoir d’achat.

Le pari est d’améliorer la compétitivité sans abimer le modèle social.

C’est une réforme compliquée parce que le monde de la finance n’est pas favorable à des règles qui verrouilleraient le capital des entreprises. Quant aux syndicats, hormis la CFDT qui s’inscrit dans une culture de compromis, les autres se méfient de toutes les procédures d’intéressement et de collaboration. Quant au modèle social, en changer son financement revient à s’attaquer aux fondements même du paritarisme. Et le paritarisme, c’est aussi une raison de vivre pour les syndicats.

 

Le deuxième de ces chantiers a pour objet de lancer la réforme de l’Etat. Pourquoi? Parce que le pays ne peut pas continuer à vivre avec des dépenses publiques et sociales qui dépassent les 57% du PIB, alors que le total des prélèvements obligatoires dépasse les 47%, la différence étant financée par la dette. Ça n’est évidemment pas tenable.

Jusqu'à maintenant, les gouvernements ont essayé de limiter les dégâts en jouant sur les hausses d’impôt et sur les baisses de dépenses. Tous les gouvernements ont échoué. Tous ont réussi sans mal à augmenter les impôts et les cotisations sociales, mais aujourd’hui, on ne peut pas aller plus loin sauf à tuer la bête.

Tous ont dit et répété qu’il fallait réduire les dépenses publiques et tous ont raboté les budgets, supprimer des éléments de train de vie, crier haut et fort contre les hôpitaux, l'école publique, l’armée... tous ont essayé de changer les procédures et modifier les priorités ... tous ont essayé tout ce qui pouvait l’être.

Le résultat est que rien n’a changé. La seule solution, pour diminuer la dépense publique et sociale sans supprimer des services sociaux, serait de réduire le périmètre de l’Etat. Concrètement, il s’agit de faire la liste des missions de l’Etat, des services publics et de vérifier si certains services et fonctions assurés par l’Etat ne pourraient pas être mieux traités par le privé en situation de concurrence.

Et finalement, beaucoup de services publics pourraient être prescrits par le privé. L’Etat produit trop à des conditions qui ne sont pas économiques. Les exemples pullulent, y compris dans les secteurs les plus sensibles : l’école, l’éducation, les transports, la gestion des équipements collectifs... à la limite, les services de l’Etat pourraient se limiter aux fonctions régaliennes.  

C’est le seul moyen de réduire la dépense publique, de rendre au privé la charge d’assurer des activités qui seront plus compétitives dans un contexte de marché. Et si on réduit le montant des dépenses publiques, on pourra commencer à réduire la pression fiscale.

 

Dans cette logique là, on a parfois réussi à lancer des privatisations, mais on n’a jamais tenté l’expérience de dégager des services publics pour les confier au privé, qui peut les assurer dans le respect de l’intérêt général, à partir du moment où les cahiers des charges sont établis.