Grande distribution, la guerre est déclarée : Google s’allie à Walmart pour affronter Amazon et prendre de vitesse Carrefour , numéro 2 mondial.

Le concurrent de mon concurrent est mon partenaire, c’est le nouvel adage auquel se sont tenus deux géants américains pour se rapprocher : l’un dans la distribution physique, Walmart, l’autre, Google, domine Internet. Tous deux sont concurrents d’Amazon, meilleur site de e-commerce. Et il sera bientôt possible de faire son shopping en dictant oralement sa liste de courses à son téléphone. Et carrefour dans tous cela risque de tomber en panne.

 

Il va y avoir du rififi dans la grande distribution. La guerre est ouvertement déclarée dans les GAFA. La guerre commerciale, en tout cas, sur celui qui aura le plus grand catalogue de produits disponibles et livrables le plus rapidement possible.

Google était déjà un concurrent sérieux d’Ama, s’apprête ainsi à devenir le plus gros concurrent d’Amazon dans la vente en ligne en s’alliant avec le numéro un mondial de la distribution, Walmart. C’est tout le monde de la distribution qui est en pleine mutation.

Amazon avait ouvert les hostilités avant l’été en reprenant dans ses filets l’enseigne Whole Foods, supermarchés bio, ce qui signifiait sa volonté de vendre sur des plateformes différentes du web et d’entrer dans la distribution de produits alimentaires.

Google ne pouvait pas le laisser faire et vient de répliquer . Il va maintenant proposer tout ce que distribue Walmart, la plus grosse chaine de supermarchés au monde avec la vente de produits alimentaires et de biens de première nécessité, sur sa plateforme, Google Express. Il avait déjà donné l’accès au catalogue de Costco et des pharmacies. Mais cette fois-ci, en plus, les utilisateurs auront accès à une première technologique, l’achat par commande vocale via Google Assistant.

Le digital doit permettre, par le biais d’une plateforme, de mettre en relation des consommateurs et des produits, proposés par des revendeurs partenaires capables de livrer en temps et en heure. C’est exactement ce qu’a compris Walmart, tout comme il a compris qu’il n’y arriverait pas tout seul s’il voulait vendre en ligne.

Pour l’instant, le e-commerce de produits alimentaires est très marginal. Aux Etats-Unis, il ne représente que 1% du marché américain, soit quelques 700 milliards de dollars. Ce marché n’a qu’une très faible croissance, mais la part du e-commerce se développe vite et partout. Et la technologie de commande orale proposée par Google pourrait être un formidable levier de croissance.

La feuille de route était simple pour ces deux partenaires, s’adapter à l’écosystème pour barrer la route à Amazon, parce que s’il y a une entreprise dans le monde qui a formidablement su prendre le virage du commerce digital, c’est Amazon. Amazon a commencé dans les années par la vente de produits culturels, livres, DVD, CD, puis s’est élargi aux articles de la maison, aux vêtements, au mobilier… On sait déjà qu’il se prépare à la vente de voitures en ligne, et avait mis, avec le rachat de Whole Foods, un pied dans la distribution de denrées alimentaires.

Mais c’est sans compter que Google est un autre géant. Il est, lui, présent partout sur le net : comme portail de recherche, dans les vidéos avec Youtube, le cloud, la publicité… C’est aussi un acteur majeur de la recherche scientifique : avec sa filiale LifeSciences, sur la santé et la lutte contre la vieillissement, il travaille à l’immortalité. Sur l’intelligence artificielle, il est très en pointe en travaillant sur la voiture autonome et la livraison par drône.

Cela fait partie intégrante de la stratégie de Google : s’allier avec les plus grands dans les domaines qu’ils convoitent. C’est Walmart pour la distribution, mais cela pourrait être bientôt avec un constructeur automobile, un groupe pharmaceutique.

 

Dans cette course, les français auront fort à faire pour ne pas se laisser distancer. C’est le défi d’Alexandre Bompard, qui a rejoint la direction de Carrefour en juin dernier. Carrefour est le premier distributeur européen, et le deuxième au niveau mondial, derrière Walmart. Il est présent sur presque tous les continents, sauf l’Amérique du Nord.

Pour l’instant, Carrefour est encore faible sur le domaine du digital et du mobile. C’est tout l’intérêt d’avoir maintenant un quarantenaire comme PDG. Alexandre Bompard a redressé la Fnac, en déshérence stratégique dans les années 2000. Le jeune énarque a été plébiscité par les actionnaires de Carrefour pour prendre la suite de Georges Plassat. Il devra maintenant construire un vrai hypermarché en ligne pour faire une place à Carrefour au sein de la compétition des géants mondiaux, Amazon vs Google/Walmart. Il a l’image d’un patron jeune, trendy, ancré dans le monde du digital. Il a l’âge d’un Zuckerberg, il lui faudra démontrer le même goût que les américains pour la technologie, mais il lui faudra aussi sûrement le talent de créer des alliances. Alors avec qui le plus « banque-able » des patrons français du moment pourra-t-il aller chercher un partenariat ? Pour l’instant, Carrefour a été pris de vitesse et risque l’asphyxie entre Amazon d’un côté et Google de l’autre.