Hollande a gâché sa plus belle chance de renforcer l’Union européenne

Angela Merkel et François Hollande ont commémoré le centenaire de la bataille de Verdun. En voulant tracer les perspectives d’une nouvelle Europe, ils ont peut-être souligné le plus grand ratage du quinquennat du président français.

Quel gâchis, l’image du président français et la chancelière allemande aurait dû être magnifique. Cette image rappelait évidement celle prise en 1984 au même endroit où on avait vu, François Mitterrand et Helmut Kohl, avancer main dans la main, d’un pas lent, et le regard humide vers le mémorial de Verdun.

Les historiens nous ont appris que cette scène n’avait pas été calculée, elle avait été spontanée. Elle en avait d’autant plus de force. Cette image a fait le tour du monde et a ému l’Europe toute entière. Parce qu’elle symbolisait la construction européenne fondée sur la solidité du couple franco-allemand. On était dans le prolongement de ce qu’avaient voulu le Général de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand.

Pour commémorer le centenaire de la bataille de Verdun, la chancelière allemande et le président français ont rejoué la même scène. Mais tout avait été prévu au millimètre, trop prévu. L’image était belle, mais elle manquait de force. Il y a eu plus de respect réciproque que d’affection partagée. On était loin de la stratégie antérieure.

Angela Merkel en a presque convenu quand elle a remercié le président Français en lui disant « Je sais que votre accueil chaleureux n’a rien d’évident ». Une façon élégante pour dire à François Hollande qu’elle comprenait que les ennuis intérieurs qu’il connaît ne lui facilitaient pas la tâche et que la démonstration publique d’un couple franco-allemand capable de reconstruire une Europe laminée par la crise, ne devait pas lui rendre service électoralement.

Cela dit, Angela Merkel a été d’une élégance rare toute cette journée de dimanche parce que s’il y a un domaine de la gouvernance française où le président s’est piégé et a accumulé toutes les erreurs possibles, c’est bien celui de l’Union Européenne.

François Hollande a, sur le dossier Europe, absolument tout raté. L’échec est total. Et si nous avons bénéficié de l’Europe pendant toute cette période, c’est à dire si nous avons profité des conditions de crédit à taux zéro, d’un euro plus faible pour les exportations, d’une garantie de l’Allemagne sur les lignes de crédit et d’une générosité sans limite ou presque de la banque centrale, ça n’est pas grâce à l’expertise du président de la République, ou au génie français, mais grâce à l’Allemagne et à cette Union Européenne tant décriée.

Sur le dossier européen, la France a tout raté.

1) Le premier ratage a lieu dès le début du quinquennat quand François Hollande, contrairement à sa promesse de campagne, ne va pas demander une renégociation des traités européens. Il aurait pu le faire, tous nos partenaires s’y attendaient et beaucoup l’espéraient. Il pouvait à ce moment-là obtenir des compromis de l’Allemagne pour élargir les marges de fluctuation sur la dette et sur le budget.

Cette négociation lui aurait permis d’engager une pédagogie en profondeur du mode de fonctionnement de l’Union Européenne, ce qui lui aurait permis dans la foulée, d’engager un processus de réforme de son fonctionnement.

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Il n’a rien fait de tout cela. Plus grave et c’est le deuxième ratage :

2) faute de négocier, il a systématiquement utilisé l’Allemagne et la politique allemande comme le bouc émissaire de nos difficultées. L’Allemagne d’Angela Merkel n’était pas sans défaut, mais l’Allemagne avait réussi ses réformes pour affronter la mondialisation. La France de gauche croyait dur comme fer, qu’on pouvait s’affranchir des contraintes extérieures. Pendant les deux premières années, François Hollande a laissé ses ministres de l’économie et de l’industrie vitupérer contre la rigueur allemande. Ce procès incessant a mis l’Allemagne dans une position pas très conciliante avec la France.

3) La France a vilipendé la Banque Centrale Européenne pendant plus de 2 ans dans la bonne tradition française, alors que la BCE n’était aucunement responsable du manque de compétitivité des entreprises françaises.

Ce qui a été insupportable à la majorité, c’est que l’appartenance à l’euro, avait, selon l’expression de Warren Buffet, le vieux sage de l’Amérique, le même effet qu’une marée basse. « L’euro découvre et sanctionne ceux qui sont à poil ». Sans aucun maillot de bain c’est à dire sans reformes, sans ambitions, et sans perspectives. Il a fallu attendre le changement de politique avec l’arrivée de Manuel Valls pour reconnaître que la BCE pouvait faire une politique monétaire qui réponde à une partie du problème, c’est à dire qu’elle apporte des liquidités pour alléger les trésoreries, pour financer des investissements et de la consommation.

4) La France n’a jamais tenu son rang et sa place dans la résolution des crises européennes notamment en Grèce, en Italie ou en Espagne. Si on reprend tout ce qui s’est passe, on s’aperçoit que la France dans ses positions officielles a pris le parti des indignes en Espagne et en Italie ou des amis de Tsipras en Grèce.

Ça veut dire que François Hollande et ses amis n’ont pas compris que les membres de l’Union Européenne finiraient par rester dans la zone euro et qu’ils seraient contraints de respecter les règles de conduite. C’est ce qui s’est passé en Grèce, en Italie et en Espagne.

5) La France a tout fait pour s’affranchir des contraintes de la vie en commun mais n’a jamais pour autant proposé de négocier des politiques alternatives. François Hollande, social-démocrate de culture et d’origine, un enfant naturel de Jacques Delors, n’a jamais dans aucun de ses discours abordé la réforme de la gouvernance européenne vers plus de fédéralisme.

Il en avait la conviction, mais il n’avait pas l’ambition de lancer ce type de réforme, alors que l’Allemagne l’aurait suivi, ni même le courage d’affronter une majorité désunie.

A la limite, le sujet est tellement important, qu’il aurait pu avoir le culot de dégager une majorité en regroupant sur ce projet de fédéralisme, les libéraux de droite et les libéraux ce gauche. Il avait largement de quoi être soutenu par l’opinion publique.

Conclusion : Il aura fallu attendre la fin d’un quinquennat désastreux pour la construction de l’Europe pour entendre le président français se féliciter de l’amitié franco-allemande, et regretter qu’il n’y avait pas assez d’Europe.

Mais qu’a-t-il fait pendant quatre ans pour s’apercevoir à la fin de son mandat que la France aurait besoin de plus d’Europe ?

Il a raison mais un peu tard. Il a d’autant plus raison que pendant quatre ans, si la France s’est repliée sur elle-même, l’Europe a continué de nous accompagner pour nous sortir de la crise.