Hollande joue à cache-cache avec le Front de gauche

Par Jean-Marc Sylvestre. L’impopularité grandissante de François Hollande inquiète les milieux de gauche parce qu’elle montre que sa politique est de plus en plus décalée par rapport aux promesses de campagne.  Mais l’opposition frontale de Jean-Luc Mélenchon, la protestation des syndicats CGT et FO mardi dans les rues, peuvent aussi lui rendre service ! Elles montrent  qu’il est capable de faire des réformes, impopulaires dans son camp, mais que le monde des affaires et les Européens lui réclament depuis le début. Comme toujours, François Hollande louvoie entre les promesses politiques et les contraintes de la réalité. Comme toujours, il se retrouve sur le fil du rasoir. Comme souvent, il tourne en rond pour gagner du temps.

La manifestation de mardi ne va pas mettre le feu à la maison Hollande. Elle est organisée par la CGT et FO, les deux syndicats qui n’ont pas signé l’accord sur la flexibilité du travail. Ceci étant, leur activisme est assez modéré. La meilleure preuve, c’est qu’ils organisent cette manifestation en pleines vacances scolaires.

Cet accord ne va pas changer radicalement les rapports sociaux dans l’entreprise, il a été obtenu au prix de concessions importantes de la part du patronat. Ceci étant, cet accord marque le début d’une évolution qui peut être intéressante pour permettre l’adaptation de l’entreprise à la conjoncture. Ce qui donne d’ailleurs une raison de protester à Jean-Luc Mélenchon. De son côté, le Parti communiste reste plus prudent. Enfin, au sein de la majorité de gauche, on voit s’organiser une mini campagne de soutien au Président pour démontrer qu’il n’a pas abandonné ses ambitions de réforme sociale.

Bref, on est encore loin de la rupture. Le problème, c’est qu’on est encore très loin d’un redressement.

Sur le plan de la politique économique, aucun des ressorts du redressement n’a été mis en place. La baisse des dépenses publiques comme levier principal de la réduction de  l’endettement est toujours aussi floue et indécise. « On le fera… » dit-on à Bercy qui ne précise rien au niveau de l’État, des collectivités locales ou des organismes sociaux. Plus grave, l’ensemble des projets provoque une cacophonie gouvernementale invraisemblable. Quand Delphine Batho et Cécile Duflot annoncent qu’elles veulent taxer le diesel parce qu’il tue 44.000 personnes par an, Arnaud Montebourg s’y oppose parce que ça tuerait l’industrie automobile française qui est pourtant très mal en point.

Pendant ce temps-là, au Budget, on fait les comptes et on s’aperçoit qu’un alignement de la fiscalité du diesel sur l’essence rapporterait près de 10 milliards. Sans doute à condition que les automobilistes soient d’accord. Depuis 30 ans on leur a quand même raconté qu’il n’y avait rien de mieux que le diesel. Comprenne qui pourra !

Changer cette fiscalité sans prévoir de calendrier ou de compensation. Bonjour la panique. Quand tout bouge autour de soi, mieux vaut se mettre aux abris. On aurait voulu bloquer le marché automobile qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Le mal est fait.

L’histoire du référendum suisse qui vise à interdire les retraites chapeaux et à limiter les grosses rémunérations a donné des idées aux ministres du gouvernement, à commencer par le premier d’entre eux. Jean-Marc Ayrault veut s’inspirer des Suisses.

Voila qui ne va pas éclairer l’horizon et améliorer la visibilité du monde des affaires.

D’abord parce que la Suisse n’est pas un modèle du genre, ça reste un paradis fiscal qui était, il n’y a pas si longtemps encore, dans le collimateur des douanes françaises. Mais surtout, le dispositif qui a fait l’objet du référendum n’a rien d’extraordinaire. Il débouchera sur un système qui soumet à l’accord des actionnaires les conditions faites aux cadres dirigeant les grandes entreprises. La France a tout ce qu’il faut dans son arsenal juridique pour appliquer des mesures identiques. Ne parlons pas des diatribes contradictoires sur l’euro, qui serait trop fort, avec une Banque centrale qui ne ferait pas le travail. Alors que chacun sait que c’est la BCE conduite par Mario Draghi qui a ramené le calme dans l’Eurozone.

Si l’euro est trop fort pour les Français, comment se fait-il qu’il le soit suffisamment pour les Allemands ?

Enfin, le monde des affaires attend des véritables réformes de structures pour améliorer la compétitivité. Des réformes sur le marché de l’emploi mais surtout sur la fiscalité. Cette dernière a complètement découragé l’investisseur et le créateur d’entreprise en ponctionnant dividendes et plus-values.  Si un jeune entrepreneur, qui ne se donne pas de salaire pour disposer d’un maximum d’autofinancement, a la certitude de ne pas profiter de sa valorisation et des produits futurs de son activité, étonnons-nous qu’il prenne l’Eurostar !
Pour les Allemands, le diagnostic est clair. L’économie française est paralysée, sur le chômage, la croissance, les déficits. Les perspectives sont désastreuses. Mais ce que les milieux économiques allemands ne supportent pas, c’est que les Français soient en permanence à chercher des boucs-émissaires.

Au début du quinquennat, c’était de la faute à Sarkozy, puis ça été de la faute à la crise mondiale. Maintenant tous nos malheurs viennent de l’Allemagne qui refuse une politique de relance. Il faudrait qu’elle permette à la BCE de payer les factures de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce et de la France. Plus cocasse encore, le discours tenu par les politiques de gauche laisse supposer qu’on aurait la liberté de créer de l’argent à volonté pour éponger les dettes, payer le fonctionnement des États, les retraites. Bref, nous sommes au degré zéro de la connaissance des mécanismes économiques.

Il n’y a qu’une façon d’éponger les dettes, c’est d’emprunter moins et de dégager des surplus ensuite. Il n’y a qu’une seule façon de créer des surplus. c’est de créer de la richesse. Et le seul moyen de créer de la richesse, c’est de laisser l’entreprise fonctionner.

Alors la gauche peut s’inquiéter de la chute de popularité de François Hollande dans les sondages, c’est vrai que ça ne facilite pas son travail. Mais François Hollande peut s’inquiéter davantage du mécontentement de tous ceux qui participent aux circuits de production. Sans la dynamique des entreprises, il n’a aucun espoir de pouvoir redresser le pays. Sans un accord avec les Allemands, il n’a aucun espoir de conserver des taux d’intérêt aussi bas.

Les manifestations de l’extrême gauche et des syndicats mardi lui rendent plutôt service. Elles montrent à ceux qui lui reprochent de ne rien faire qu’il a entamé les premières réformes. Surtout, cela lui permet de gagner du temps une fois de plus. Mais, quand il faudra que le gouvernement aborde les réformes dures sur les retraites des fonctionnaires et des régimes spéciaux, sur les collectivités locales ou encore sur l’énergie (puisque nous sommes bloqués sur le nucléaire et le gaz de schiste), à ce moment-là, il risque la rupture au sein même de sa majorité. Mais on n’en est pas là.