Industrie : Où diable aller chercher cette sacrosainte compétitivité ?

Les grands industriels montent au créneau pour défendre la nécessité d’une industrie en France.

 

16 ans que l’industrie n’a pas créé un emploi, les destructions restant supérieures aux créations. Pour 2017 encore, même si cela se joue maintenant à 500 emplois près. Les choses vont mieux dans l’industrie, les usines tournent et les marges des entreprises ont repris des couleurs. Certains indicateurs sont bons, quand l’un agite le drapeau rouge : celui du commerce extérieur. Et si la France perd des parts des parts de marchés et des exportations dans le commerce européen, c’est cette fois un problème de compétitivité.

Le manque de compétitivité ne pardonne pas dans un secteur dans l’industrie. Le XXIème siècle est bien plus cruel, car la mondialisation des économies implique aussi leur concurrence et les productions voire même les conceptions en industrie sont facilement délocalisables.

 

1 entreprise du secteur de l’industrie sur deux s’estime moins compétitive que ses homologues allemandes (baromètre Randstad). Comme un phénomène d’automédication, les entreprises mettent ce manque aux bénéfices d’une fiscalité trop conséquente.

Ce que les experts ne manquent pas de démentir. En moyenne, un ingénieur français est 20 à 30% plus cher qu’un allemand. A cause des charges sociales d’abord, où si le CICE et la baisse de charges sur bas salaires qui s’est généralisée sont applaudis mais loin d’être suffisants, surtout pour l’industrie. Dans son dernier rapport, la Fabrique de l’industrie indique que « pour être efficace, il faudrait aller jusqu’à 3,5 voire idéalement 4 fois le SMIC ». Louis Gallois, qui copréside ce think tank, en rêve. Pour l’instant, Bruno Le Maire a promis 3 fois.  Objectif de cette augmentation de seuil : mieux flécher cet allègement de charges pour toucher les emplois plus qualifiés, notamment ceux relevant de l’ingénierie industrielle et qui sont, eux, directement confrontés à la concurrence internationale.

Alors que les bas salaires sont eux moins concurrencés par l’international et donc moins délocalisables, puisqu’ils relèvent en général du secteur des services. En revanche, la création d’un seul emploi industriel entraine trois ou quatre emplois locaux.

Deuxième élément de grogne : les impôts de production qui touchent les entreprises avant même qu’elles aient commencé à vendre. Toutes les taxes touchant les entreprises relatives au foncier, au capital et qui sont souvent désincitatives pour des multinationales. Du coup, aujourd’hui, l’offre de production est insuffisante en France, alors même que les indicateurs de croissance sont bons. « L’appareil industriel est trop petit », selon Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint Gobain, pour répondre efficacement à la demande, la France n’est pas en mesure d’augmenter ses exportations et le déficit commercial se creuse.

 

La compétitivité sur les coûts est une explication, sans être pour autant la seule. Pour les experts, les entreprises ne doivent pas être exempter de chercher d’autres remèdes. Et notamment celle d’améliorer leur offre, non pas par le prix mais par sa qualité.

Après tout, l’avantage compétitif de Ricardo n’étant pas que dans le prix que dans la spécialisation. Pour cela, plusieurs pistes :

D’abord, l’industrie peut se démarquer en offrant non pas juste un produit, mais en enrichissant son offre via une nouvelle gamme de services associés à un bien. « Michelin vend ainsi aux avionneurs non pas des trains de pneus, mais un service d’offre calculé en nombre d’atterrissages » explique Vincent Champain, co-président de l’Observatoire du long terme.

Ensuite, lâcher-prise dans le digital en cherchant des alliés. La technologie dans l’industrie, avec l’intelligence des machines via des capteurs, doit être aujourd’hui maitrisée et il est plus intéressant de le faire via des partenariats avec des pure players technologiques. Pour cela, des plateformes de marché sont spécifiquement dédiées à l’industrie, à l’image de 3Dexperience, lancé par Dassault Systèmes.

L’industrie, plus que tout autre secteur, est une affaire d’écosystème.