L’opération du siècle sur « Aramco » se présente mal : les boursiers ne font pas confiance aux Saoudiens

Ça devait être la plus grosse introduction en bourse de l’histoire du capitalisme... L’ouverture du capital de l’Aramco, société pétrolière, va être compliquée et décevante pour les Saoudiens. Les investisseurs internationaux n’ont pas confiance. 

Depuis quelques jours, les dirigeants de l’Arabie saoudite savent qu’ils vont être obligés de revoir leurs ambitions à la baisse. L’introduction en bourse de l’Aramco, la société saoudienne chargée de l’exploitation du pétrole, se fera bien au mois de décembre, mais pas aux conditions espérées au départ. Il faut dire que depuis 2016, date à laquelle le projet avait été formulé, sa réalisation n’a pas cessé d’être reportée.

Pour les milieux financiers internationaux, cette opération devait être l’opération du siècle. Pour le prince héritier de l’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salman dit « MBS », l’ouverture du capital d’Aramco devait permettre de marquer le début de la transition de l’économie saoudienne vers une économie plus moderne, plus ouverte et surtout plus diversifiée. L’enjeu pour l’Arabie Saoudite étant d’amorcer la sortie progressive de l’économie tout pétrole et de mettre en place progressivement un nouveau modèle de fonctionnement.  

L’Aramco produit plus de 10% du pétrole mondial et dégage un profit net supérieur à 110 milliards de dollars. Les milieux boursiers estimaient donc la valeur d’Aramco à plus de 2000 milliards de dollars, ce qui en faisait l’entreprise la plus chère du monde. Le prince héritier pensait alors lever 100 milliards de dollars et organiser l’opération à la bourse de New-York.

 

Aujourd’hui, il lui faut singulièrement déchanter. La période de souscription (ou de pré achat) des titres se terminera le 4 décembre et la fourchette de prix  sera comprise entre 8 et 8,50 dollars, ce qui ramène la valeur du groupe pétrolier aux environs de 1600 milliards de dollars.  Du côté du souverain, on escompte désormais que l’introduction en bourse qui sera limitée à 1,5 % du capital , permettra de ne drainer que 20 ou 25 milliards de dollars, ce qui est déjà considérable mais qui nous éloigne de l’objectif de 100 milliards fixé au départ. On sait enfin que pour éviter un fiasco annoncé, l’opération ne pourra pas avoir lieu à New-York mais quelle sera ramenée à Riyad sur le Tadawul, le marché saoudien.

Alors cette introduction va encore rester certes la plus lourde de la planète depuis celle du chinois Alibaba. Mais le géant chinois, lui, s’était introduit à New-York avec une promesse plus raisonnable donc sans déception. 

 

Il est évident que MBS a au départ vu trop grand et surestimé l’accueil des investisseurs internationaux. 

A New-York et à Londres, les gérants de grands fonds tournent le dos à Aramco et refusent de s’y engager. D’abord parce que l’image de l’Arabie Saoudite ne leur paraît pas porteuse. L’affaire Khashoggi a laissé des traces. Les Américains ont du mal à oublier l'assassinat de ce journaliste arabo-américain, dans les locaux du consulat d’Arabie Saoudite. Par ailleurs, le régime a du mal à convaincre le monde de sa volonté d’ouverture et de bienveillance sur le terrain des droits de l’Homme et encore moins des valeurs de la démocratie. Enfin, la mésentente des trois principaux princes qui règnent sur la région (Arabie saoudite, Abou Dhabi et Qatar) constitue une menace sérieuse sur l’équilibre et la stabilité de cette région. 

L’opération boursière finira donc par être souscrite par les Saoudiens eux-mêmes et les habitants des Emirats qui n’auront sans doute pas le choix. MBS a mis au pas les riches familles du royaume dès son arrivée. Il saura leur rappeler que leur devoir est aussi de casser leur fortune personnelle et de la mettre au service du pays. 

Cette opération est donc pleine d’incertitudes au-delà même de celles qui pèsent sur l’évolution des prix du pétrole. Indépendamment du prix du baril qui impacte directement la prospérité des pays du golfe et le profit d’Aramco, les associations d’actionnaires en Occident, les fonds de placement et de retraites s’interrogent sur les vraies raisons qu’ils auraient à investir dans le pétrole saoudien, pour financer la transition de l’économie du golfe, alors qu’ils doivent eux aussi investir pour financer la transition écologique en occident.   

 

Pour en savoir plus, regarder le doc vidéo disponible sur toutes les grandes plateformes et particulièrement Youtube : la guerre des princes. La guerre que se livrent la nouvelle génération de princes régnants en Arabie Saoudite, aux Emirats d’arabes unis et au Qatar. 

https://www.youtube.com/watch?v=zbPPVtEtkBI