La Chine rappelle à l’Occident (c’est à dire à Donald Trump) qu‘elle a désormais le contrôle du marché mondial des «terres rares ».

Source : bfmtv.com

Les terres rares, ce sont des métaux dont les propriétés exceptionnelles entrent obligatoirement dans la fabrication des produits technologiques, puces, batteries. Or, la Chine est désormais le premier - et quasi - seul fournisseur mondial. 

La menace chinoise est à peine voilée mais elle n’a pas échappé aux industriels ni aux initiés. En quarante-huit heures, les autorités chinoises viennent de jouer un sale tour aux Occidentaux.

1er temps, le gouvernement chinois publie l’état de ses exploitations minières et notamment des terres rares. Au passage, les autorités chinoises précisent que « mine de rien » - sans jeu de mots ! - elles assurent aujourd’hui l’essentiel de la production mondiale de ces précieux métaux. Avec le quasi contrôle de production de Corée du Nord, les Chinois ont un monopole.

2e temps, conscients de leurs effets, ils s’étonnent que les prix mondiaux flambent (alors qu’ils en ont le monopole). Mais, ils expliquent qu’il n’est pas dans l’intérêt de la Chine, ni de l’économie mondiale, qu’ils bloquent ce marché, compte tenu de l’explosion de la demande.

C’est très chinois, cette forme de communication. En 24 heures, on a évidemment compris qu’ils en avaient les moyens.

Alors personne, absolument personne, ne prend cette menace à la légère. Même si la menace vise directement la politique de Trump et ses menaces twitterisées, celles de barrer la route aux produits chinois. Le dossier est explosif.

D’abord, les terres rares sont comme leur nom l’indique, extrêmement rares et donc chères. Elles désignent 17 métaux que les physiciens connaissent bien. Pour les habitués de « Question pour un champion », il s’agit du scandium, de l’yttrium et de quinze formes de lanthanides dont le néodyme, le samarium etc.

Ces métaux sont considérés aujourd’hui comme stratégiques parce qu’ils entrent dans la fabrication des batteries des voitures électriques et hybrides, des puces électroniques, des écrans de smartphone, des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des capteurs, des radars, des systèmes d’arme etc. Bref, ces métaux sont au cœur des process digitaux, des systèmes de connectivité, des robots, des outils d’intelligence artificielle et des systèmes de défense.

Ils sont donc incontournables, nécessaires etc. Ils le sont d’autant plus que cette industrie est en train d’exploser avec le tout électrique et le tout autonome. Le monde entier est demandeur de ces métaux.

 

Le problème de ces terres rares, c’est qu’elles ne sont sans doute pas aussi rares que leur nom le dit, mais elles sont compliquées et couteuses à exploiter. On les a découvertes au 19e siècle, mais il a fallu attendre les années 1940, pendant la deuxième guerre mondiale, pour mettre au point des techniques d’extraction en grande quantité. Parce que leur extraction a un impact toxique sur l’environnement. Un peu comme les pétroles de schistes, mais en plus grave. Les terres rares rejettent au moment de leur exploitation et de leur raffinage, des métaux lourds (le mercure par exemple), de l’acide sulfurique et de l’uranium. Dans les zones d’exploitation, les mines dégagent de la radio activité, ce qui rend problématiques les systèmes industriels et les rapports avec les populations. Les Etats-Unis, par exemple, ont dû fermer la plupart de leurs mines à cause de la radioactivité. Ils essaient maintenant d’en rouvrir, mais c’est politiquement pas simple.

Le résultat de cette situation est que la Chine est quasiment le seul fournisseur de terres rares, avec la Corée du Nord dont elle contrôle les mines et commercialise la production (d’où la proximité entre la Chine et la Corée du Nord). Ils ont un challenger depuis peu, le Japon.  

Mais toute l’industrie du digital dépend des fournitures chinoises. Ce qui va calmer les ardeurs protectionnistes de Donald Trump. Les GAFA, l’industrie automobile et les robots ne peuvent pas tourner sans les précieuses terres rares. Il va donc falloir que la Maison Blanche mette un peu de souplesse dans ses diktats, sinon, les retours de bâton risquent d’être douloureux.

La menace est telle que la flambée des prix sur les marchés internationaux ne se calme pas et les grands clients cherchent à diversifier leurs approvisionnements. Tous les services de recherche sont mobilisés. Dans deux directions.

L’une de ces deux directions est entourée de la plus grande discrétion. Les industries minières et les organismes d’Etat multiplient les études de prospection et d’impact sur l’environnement En particulier dans les régions qui sont peu peuplées. Mais les risques politiques sont considérables, parce que si les populations ne supportent pas les gaz de schiste, si elles s’inquiètent du réchauffement climatique ou des dangers du nucléaire, elles  rejettent en bloc tout risque d’exposition avéré à la radioactivité liée à l’exploitation des terres rares.

L’autre direction vise le recyclage. Recyclage des produis digitaux usagés et surtout des batteries. C’est évidemment une source d’approvisionnement mais qui ne peut pas répondre à la demande croissante de l’industrie.
La Chine a très bien compris que, sur ce dossier, elle tenait une position de force.