Le chômage américain au plus bas : le père Noel et les cloches de Pâques n’y sont pour rien

Le nombre de chômeurs aux Etats-Unis n’a jamais été aussi faible aujourd’hui que depuis septembre 2008. En mars dernier 288 000 postes ont été créés. Le taux de chômage est tombé à 6,3%.

Le nombre de chômeurs aux Etats-Unis n’a jamais été aussi faible aujourd’hui que depuis septembre 2008. En mars dernier 288 000 postes ont été créés. Le taux de chômage est tombé à 6,3%.

Tous les économistes s’attendaient à une amélioration des chiffres de l’emploi pour le printemps, mais pas à ce point. Des secteurs entiers ont massivement embauché. Le commerce de détail, la restauration, l’industrie du bâtiment et d’une façon générale tout ce qui touche aux services à l’entreprise, l’entretien, l’audit, la compta, l’informatique…etc. Tout cela veut dire qu’il y a une véritable reprise de l’activité même si certains considèrent qu’elle est très fragile.

Cette statistique va évidemment impacter tous les pays occidentaux qui ont du mal à générer des emplois, notamment en France. Beaucoup dans la classe politique à gauche et à droite, l’extrême gauche comme à l’extrême droite vont encore accuser la rigidité de la banque centrale européenne, l’aveuglement technocratique de la commission européenne en expliquant que l’austérité imposée est à l’origine de la déflation puis du chômage qui mine la société française (plus de 10 % de la population active).

Ce raisonnement va être d’autant plus à la mode qu’il permet à la veille des élections européennes de stigmatiser l’organisation de l’Union européenne et de l’accuser de tous nos maux. A noter que c’est en France où les responsables politiques sont les plus virulents pour faire de  la commission de Bruxelles, de la banque centrale et de l’euro fort, les bouc-émissaires. A noter que la France est aussi le pays qui a le plus de mal à se plier à la discipline communautaire tout en continuant de profiter des avantages du marché unique.

Les candidats aux européennes ont vite fait de ne pas expliquer que dans la construction européenne, rien n’a été imposé à personne. Ni les traités, ni la banque centrale, ni l’euro. Toutes les grandes décisions ont été prises par des gouvernements démocratiques et confirmées par les peuples ou par les parlements.

La campagne pour les européennes va donner lieu à un festival de lâchetés, d’incompétence, de protectionnisme et de démagogie. L’exemple américain va d’ailleurs se retrouver au centre de ce festival. Quand il s’agit de dénoncer les affres de la crise financière mondiale, les gouvernants européens savent démontrer avec moults détails la perversité de la finance américaine, les subprimes, les bonus et le rôle pernicieux de la titrisation… mais quand il s’agit de dénoncer l’ampleur du chômage, on se précipite sur l’exemple américain.

Evidemment, sauf que la performance américaine ne tient ni du génie de la politique monétaire, ni de l’expertise des présidents. En bref, le père Noël n’y est pour rien.

La situation de l’emploi aux Etats-Unis qui fait pâlir d’envie les européens tient à trois séries de facteurs.

La première série de facteurs est liée à la croissance. L’Amérique enregistre une reprise vigoureuse de son activité économique depuis deux ans, au point de retrouver des rythmes annuels de 2% et plus. Cette reprise a sans doute été allumée par une politique monétaire très généreuse qui a d’abord boosté Wall Street et réveillé l’industrie financière. Mais cette reprise a surtout été alimentée par le mouvement de confiance induit par une politique énergétique nouvelle. La découverte, puis l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste a complètement changé les conditions de production. Le coût de revient de cette énergie s’avère 30 % inférieur à l’énergie produite par le nucléaire ou par le pétrole importé du Moyen-Orient ou du Vénézuela. Les pétroles de Schistes ont permis à l’Amérique :

– un, de reconquérir une indépendance d’approvisionnement, et même de devenir l’année prochaine premier producteur mondial, premier exportateur.

– deux, de baisser le coût de production et donc d’améliorer la compétitivité dans des proportions telles que les entreprises américaines n’ont plus intérêt à délocaliser mais plutôt à relocaliser leurs ateliers.

– trois, de délivrer un capital de confiance aux investisseurs qui avaient tendance à délaisser l’industrie pour les services.

La croissance est donc structurellement et durablement orientée à la hausse. Cette croissance est bien évidemment créatrice d’emplois.

La deuxième série de facteurs tient à la souplesse et à la mobilité du marché du travail. On perd son travail assez vite aux Etats-Unis mais on en retrouve un autre tout aussi vite. La peur de ne pas pouvoir réduire ses effectifs en cas de difficultés n’existe pas. Dans ce contexte, les entreprises n’hésitent pas à embaucher.

La troisième série de facteurs qui expliquent l’amélioration des statistiques est hélas moins glorieuse. Le recul du taux de chômage est dû aux créations d’emplois (plus de 200 000) mais aussi à la radiation de 800 000 personnes qui sont sorties de la statistique des demandeurs d’emplois… Ceci dit il faut aussi compter avec la mauvaise qualité du système de protection contre le chômage. Bien que récemment améliorée, la durée maximum d’indemnisation du chômage est beaucoup plus courte qu’en Europe. Une année maximum. Ce qui fait qu’il y a aujourd’hui 1,35 million d’américains en fin de droits et environ 3 millions d’américains qui n’ont plus rien pour vivre. Ni maison, ni voiture, ni ressources. C’est une situation qui serait intolérable en Europe et plus particulièrement en France.

Il est donc très difficile et même imprudent de comparer les deux systèmes. Ce faisant, on peut quand même retenir que si le système français acceptait de définir une politique de l’énergie, on y trouverait sans doute une marque de confiance pour les investisseurs et un gisement de compétitivité. Par ailleurs, si on introduisait un peu plus de souplesse sur le marché du travail et d’implication dans le droit du travail, les entreprises serait plus enclines et plus libres d’embaucher.