Le monde à l’envers : les milieux d’affaires occidentaux vont se sentir obligés d’apprendre à aimer Donald Trump...

Sur la politique économique, la protection des industries traditionnelles, la guerre commerciale contre la Chine, et même sur l’immigration, les milieux d’affaires commencent à penser que Donald Trump est légitime.

Donald Trump est sans doute le président américain le plus improbable et qui aura été le plus critiqué par la quasi-totalité des élites politiques et économiques mondiales.Les opinions occidentales et la presse ne l’ont pas épargné. Son parcours, son cynisme, ses comportements en dehors des codes internationaux, ses vulgarités, sa misogynie, son honnêteté toute relative, ses mensonges, ses projets réactionnaires, son entourage, jusqu’à ses méthodes de gouvernement fondées sur des tweets écrits à la serpe.

L'opinion forgée en deux ans sur ce personnage n’a sans doute pas changé. Ce qui a changé, c’est la prise en compte de sa politique, de sa stratégie et de ses résultats. 

Le monde des affaires occidental est pragmatique. Que ça lui plaise ou pas, il reconnaît que Donald Trump a délivré des résultats que personne n‘avait prévus. La croissance américaine est bonne, au point d’avoir éradiqué le chômage. Wall Street, qui mesure le moral de l’Amérique, ne s’est jamais aussi bien porté. Alors bien sûr, cette restauration a été achetée à crédit par un endettement excessif qui n’est supportable que si les USA protègent leur leadership mondial, mais ça a toujours été le cas, à condition aussi que la banque centrale ne rue pas trop dans les brancards et ça Donald Trump s’en préoccupe. 

Mais au-delà des résultats qui confortent sa légitimité, le monde des affaires commence à considérer que la stratégie mise en place par Donald Trump est sans doute la seule possible, compte tenu du comportement des Chinois.

Sa position, qui consiste à essayer de rééquilibrer le commerce international en imposant à la Chine qu‘elle respecte en fait les accords de réciprocité qui conditionnaient son arrivée dans l’OMC est plutôt désormais mieux accueillie.On n’est pas dans la mise en place de barrières protectionnistes comme celles qu’on condamnait au 19esiècle, on est dans la recherche d’un nouvel équilibre des échanges. Donald Trump reproche à la Chine de ne pas tenir ses engagements d’ouvrir son marché intérieuret de ne pas respecter la propriété intellectuelle sur l’innovation et les brevets ou même sur la protection des données. 

Et c’est d’autant plus fort qu’on sent bien que la Chine depuis Xi Jinping a renoué avec une politique conservatrice et très étatique avec une recentralisation de tous les pouvoirs dans les mains des dirigeants du parti communiste. C’est d’autant plus fort que les chefs d’entreprises du monde entier savent très bien que l'avenir sera façonné par la façon dont les peuples gèreront le digital. 

Au XIX et au XXèmesiècle, le progrès dépendait des grandes innovations techniques (la machine à vapeur, l’électricité), le pouvoir appartenait à ceux qui maitrisaient les sources d’énergie (le charbon, puis le pétrole et enfin le nucléaire). 

Au XXIèmesiècle, le progrès est généré par les nouvelles technologies et le pouvoir appartiendra à ceux qui maitriseront la gestion des Data. 

Dans cette course ultra-moderne, les Etats-Unis ont beaucoup d’avance et les Chinois sont bien décidés à rattraper leur retard et cela par tous les moyens. 

Donald Trump fonctionne de façon empirique sur la base de ce diagnostic

Et toute l’industrie américaine de la Tech, et notamment tous les GAFAM, qui ne supportaient pas la personnalité ou les idées de Trump, se rendent compte désormais que ce président américain dont ils détestent encore les manières, fait quand même le job. Les démocrates eux-mêmes soutiennent Trump dans sa guerre commerciale contre les Chinois. Et tout ce beau monde n’est pas loin de soutenir le président quand il se mêle du Moyen-Orient, repousse l’Iran dans ses buts ou protège l’Arabie saoudite en échange d’une régulation sur les prix du pétrole qui profite à tout le monde. Sur l’immigration, Trump a sans doute abandonné son projet fantasmagorique de construire un mur de béton à la frontière mexicaine. Mais quand il se prononce pour une immigration choisie en fonction des besoins et des talents, personne en Amérique du Nord ne le contredira parce qu’on renoue avec des valeurs historiques. Y compris dans la Silicon Valley où l’on défend cette politique depuis tout temps. 

Coté européen, où la mode est quand même de se boucher le nez quand Trump se met à tweeter, on supporte très mal l‘application de l’extraterritorialité des lois américaines, on redoute les dégâts collatéraux de la guerre commerciale,mais dans les milieux patronaux, on considère que l’Europe est cruellement absente dans la défense de ses entreprises et de son potentiel économique. Plutôt que de regarder les tweets de Donald Trump passer au dessus de leur tête, les chefs d’entreprise commencent à penser qu’il faudrait mieux négocier avec les Etats-Unis plutôt que de parler des Chinois avec angélisme. Les Chinois sont tout sauf des romantiques et les Américains ne méritent sans doute pas tant de sarcasmes. Le diable n’est pas forcement là où on pensait qu’il était, c’est à dire à la Maison Blanche.

Dernier point, on sait depuis peu que les mouvements de contestation du régime chinois se multiplient dans les universités et dans les milieux d’affaires de Shanghai ou de Shenzen. Les intellectuels ont apprécié que la mondialisation libérale leur ait apporté un peu plus de liberté individuelle. Ils ne veulent pas la perdre.  Quant aux hommes d’affaires qui ont eu la chance de se former à l’étranger et sont revenus en Chine parce qu’ils savaient qu’ils pourraient s’y enrichir, ils commencent à sentir le poids des régulations étatiques liées à l’administration de Xi Jinping. Les riches chinois sont surveillés et parfois empêchés, ce qui n’était pas le cas auparavant. Pour cette élite chinoise, Donald Trump est une bonne carte pour obliger le régime à reprendre le rythme des réformes libérales. 

Donald Trump véhicule des risques graves à poursuivre sa guerre commerciale parce que la Chine peut répondre par une offensive monétaire (dépréciation de sa monnaie), ce qui est facteur de crise mondiale. Parce qu’il peut y avoir au Moyen-Orient un accident militaire qui entrainerait un nouveau conflit... Cela étant, la présidence américaine est très pragmatique. Donald Trump a des élections dans deux ans et dans l’état actuel des choses, tous les observateurs le disent gagnant alors qu’il y a moins d’un an, ils ne le voyaient même pas terminer son premier mandat. Aujourd’hui, il n’a pas besoin d’une guerre militaire. Il a besoin d’une guerre commerciale.

La présidence chinoise est tout aussi pragmatique, elle n’a pas d’élection mais elle est jugée tous les jours sur ses résultats par les délégués du parti. Et Xi Jinping a repris en main tous les pouvoirs. En octobre, il fête les 70 ans de la révolution bolchevicque. Il ne peut pas prendre le risque d’emmener la Chine dans le mur...