Les grands patrons français souhaiteraient que les hommes politiques, eux aussi, s’inscrivent dans des logiques d’offre

Les milieux d’affaires veulent convaincre les hommes politiques de formuler des offres de programme plutôt que de piloter l’État les yeux braqués sur les sondages.

« La France va crever du clientélisme politique et de la démagogie. La France va s’asphyxier d’être gouvernée, avec comme seul radar, l’intérêt immédiat de l’électeur, nous avons besoin de responsabilité et de stratégie. Ce qui se passe est aberrant. Le gouvernement a enfin compris que la machine économique ne pouvait fonctionner que sur des innovations. Il a essayé de favoriser la prise en compte des logiques d’offre pour les entreprises. Le comble c’est que ni le gouvernement, ni l’opposition ne sont capables de s’inscrire dans des logiques d’offres pour leur propre fonctionnement ».

Ce patron lyonnais (200 salariés dans la mécanique de précisions, pour 70 millions de chiffres d’affaires), membre d’un club d’entrepreneurs du Rhône, ne mâche pas ses mots ; et il rejoint une grande majorité de ses confrères qu’on retrouve dans les syndicats professionnels, les chambres de commerce ou les think-tank.

Leur état d’esprit est très simple. Ils sont tous très attachés à la démocratie, ils admettent évidemment qu’un homme politique doive être élu pour exercer le pouvoir, mais ils ne supportent plus qu’un homme politique fasse des promesses irréalisables et surtout irresponsables pour être élu. Ils ne supportent plus qu’on demande aux chefs d’entreprise de travailler à long terme et de sécuriser l’avenir quand les responsables politiques ne fonctionnent qu’au jour le jour.

Les hommes politiques sont devenus les plus gros consommateurs de sondages d’opinion, parce que leur obsession est de coller à cette opinion publique.

Pour le monde des affaires, cette situation n’est plus tenable. Alors que la France est encore plantée pour au moins un an, les milieux d’affaires voudraient obliger les responsables politiques à changer leur logiciel…

Dans la plupart des organisations professionnelles, les clubs d’entrepreneurs et les chambre de commerce, on estime en effet que si la France ne réussît pas à se reformer et à s’adapter au monde tel qu’il bouge, c’est que les gouvernances politiques successives fonctionnent essentiellement pour optimiser une forme de satisfaction court terme des intérêts clientélistes.

L’accumulation des rentes, la multiplication des régimes particuliers, des exemptions de contraintes, répondent aux intérêts particuliers mais se paient par une multitude et un surcroit d’impôts et taxes payées par tout le monde et qui alourdissent le système.

Pour beaucoup de chefs d’entreprise, les responsables politiques devraient s’inspirer des règles qui s’imposent dans la gestion d’une entreprise.

Première série de règles : sortir des a prioris idéologiques et revenir aux fondamentaux de la gestion des affaires publiques. Les fondamentaux de la gestion publique aujourd’hui sont d’affronter des contraintes nouvelles de la mondialisation, de l’Europe et du progrès technologique. Tout faire, aujourd’hui pour créer des emplois, ça n’est ni de droite, ni de gauche. C’est un impératif.

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L’ADN français ne nous prédispose pas à assumer une évolution néo-libérale, une approche mondialisée et une Europe organisée en fédération d’états. Les Français rêvent sans doute d’un autre système sans savoir exactement ce qu’il serait et du coup refusent le monde tel qu’il est, tout en souhaitant profiter des avantages de cette modernité.

Les responsables politiques n’ont jamais eu le courage de faire la pédagogie de cette modernité. Et pourtant, il faudra la faire. Ces contraintes-là sont incontournables.

Seconde série de règles : abandonner les facilités du clientélisme politique et vendre de véritables stratégies d’évolution. La politique peut prendre quelques points de repères pour caler un projet, mais l’essentiel du travail de l’homme politique est de tracer des lignes, d’indiquer une direction et d’inventer le futur. La responsabilité d’un politique est de proposer une offre politique, une stratégie sur la base des convictions qu’il peut avoir pour la crédibiliser et la faire accepter. Les hommes politiques d’aujourd’hui sont coincés par leur marketing. Ils font des études de marches comme de vulgaires commerçants pendant les Trente Glorieuses, et à partir de ces études marketing, fabriquent un projet qui va répondre à cette demande. D’où la dérive démagogique à droite comme à gauche.

Les grands hommes d’Etat qui ont assumé les contraintes de la démocratie en apportant des solutions et des réponses, n’utilisaient pas de sondage et n’avaient pas des réseaux sociaux pour leur renvoyer une image.

Le Général de Gaulle, tout comme Winston Churchill, n’ont jamais fait de marketing politique. Ils développaient une offre.

Sur la vingtaine de candidats possibles à la présidentielle, combien ont travaillé à une offre politique originale et surtout combien sont capables de répondre aux contraintes de la mondialisation, de l’Europe, ou du progrès technologique ?

A droite, le seul qui a véritablement travaillé depuis deux ans à un programme cohérent, est sans doute François Fillon, mais beaucoup considèrent qu’il n’a pas le pouvoir de séduction suffisant pour emporter l’adhésion. Ça n’est pas faux.

A gauche, le seul qui apporterait quelque chose de nouveau et de responsable techniquement, c’est évidemment Emmanuel Macron, d’où son succès rapide dans toutes les couches de la population. Ceci dit, on lui fera toujours le procès de n’être ni à droite, ni à gauche. A moins que la gauche, (c’est à dire les militants et les apparatchiks du parti) se rende compte que le seul capable de la sauver du désastre, c’est lui.

Trosième série de règles : ne communiquer que si on a quelque chose à dire. Le management de l’entreprise comme le management des affaires publiques passe évidemment par la communication. Laquelle a beaucoup changée dans ses modalités. Mais si la politique se résume à de la communication, si le responsable politique ne fait que de la com’, ses clients s’en apercevront et le rejetteront.

La semaine dernière, François Hollande a fait de la communication, mais n’avait rien à dire de précis. Il n’avait ni projet, ni programme, ni stratégie, ni ambitions pédagogiques. Le résultat, c’est que le président de la République a raté son exercice. Il est tombé encore plus bas dans l’estime des Français qu’il ne l’était avant cette émission. Peu d’hommes politiques sont capables d’apporter des réponses aux inquiétudes de l’opinion sans pour autant tomber dans la promesse en sucre d’orge. C’est-à-dire sans hypothéquer l‘avenir ?