Les milieux d’affaires sont secrètement contents de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche

Donald Trump était insupportable, parce que politiquement trop incorrect, mais il incarne le rêve américain. Pour les milieux d’affaires, ça n’est pas la fin du monde. La campagne électorale de Donald Trump faisait sourire et frémir tout le monde, mais personne dans l’establishment américain n’avait cru possible la victoire d’un homme aussi vulgaire dans ses propos, aussi frustre dans son parcours et aussi incohérent dans son programme.

Les médias, les instituts de sondage, les politologues se sont tous ou presque trompés. Un séisme historique, a-t-on dit. Les financiers se sont faits peur, certes, mais beaucoup moins qu’au moment du Brexit. En fait, ils ont simplement fait leur métier et profité de l’inquiétude des opinions publiques pour spéculer. Après tout, les financiers font leur job.

Les seuls à avoir gardé la tête froide, ce sont les chefs d’entreprise, les industriels qui ne sont finalement pas mécontents de l’arrivée d’un homme totalement nouveau, un chef d’entreprise, un milliardaire. L’incarnation du rêve américain tel qu’on l’a vu au cinéma. Parce que les faits sont têtus. La vie de l’Amérique ne va pas s’arrêter.

Les chefs d’entreprise savent très bien faire le partage entre des propos de campagne et la réalité des actions politiques. Entre ce que l’on dit pour séduire des électeurs qui expriment une certaine demande de changement, et ce que l’on peut réellement changer sur le fond.

Le premier discours du 45ème président des Etats-Unis a montré un nouveau visage de Donald Trump, un visage plus grave, presque humble, un discours positif, rien sur les sujets qui fâchent mais simplement des propos qui rassurent. Rien de provoquant. Sans fautes de goût, qui étaient pourtant sa marque de fabrique.

Pour les hommes d’affaires qui ont décrypté ses intentions, ses promesses et ses logiques, il n’y a rien pour les inquiéter.

Ses intentions d’abord sont de redonner de la puissance à l’Amérique. De réunifier le pays, et de répondre directement aux inquiétudes du peuple américain qui a beaucoup souffert de la crise. En bref, les Américains ont voté pour leur portefeuille, leur job et l’avenir de leurs enfants. Donald Trump a entendu cette montagne de doléances d’un peuple qui était inaudible dans les salons de la côte Est.

Ses projets sont donc de refaire partir la machine économique américaine. D’une façon très pragmatique, sans insulter l’avenir dans les faits.

Sur la fiscalité, il a promis de baisser l’impôt des classes moyennes, mais il a aussi prévu de réduire l’impôt des plus riches et l’impôt sur les bénéfices des entreprises. C’est évidemment bon pour réanimer l’activité.

Sur le social, il est évident qu’il ne supprimera pas l’Obamacare parce qu’il y a plus de 50 millions d’Américains qui n’ont rien d’autre que les prestations sociales pour survivre et ces nouveaux pauvres sont principalement des électeurs de Trump ,qui a su leur parler et les écouter. Il y aura donc un réaménagement de l’Obamacare, mais certainement pas un effacement.

Sur les investissements, il va reconstruire les infrastructures, les routes, les ponts, les écoles, bref il veut faire du Keynes comme on en a fait après la crise de 1929 aux Etats-Unis et après la guerre en Europe avec le plan Marshall.

Il n’a évidemment pas les moyens de conduire une telle relance qui n’est pas financée. Ce Congrès dont la majorité est républicaine sera très vigilant, mais Donald Trump sait qu’il peut activer deux leviers.

La politique monétaire, qui peut rester très généreuse avec des taux d’intérêt très bas. Sur ce point, il a le pouvoir et les milieux financiers vont faire pression pour continuer d’obtenir des liquidités parce que c’est leur intérêt.

La solidarité internationale, qui garantit la confiance dans le dollar. Et là, ça va être plus difficile. Mais l’homme d’affaires qu’il est sait très bien qu’il a besoin pour conforter son équilibre interne d’une dynamique du commerce mondial. Il va donc mettre une sourdine à ses projets de protectionnisme. D’ailleurs dans son premier discours, Donald Trump a cessé de fustiger les immigrés, et il a rassuré les milieux internationaux en leur affirmant la nécessité d’entretenir des rapports amicaux.

Il n’y aura pas de tremblement de terre de ce côté-là, non plus.

La vraie question est de savoir si l’Amérique va rester aussi stable et si le système global va changer. L’Amérique va sans doute se replier un peu sur son identité, mais certainement pas se transformer en une Amérique agressive. Donald Trump fait des deals, pas la guerre.

Cela dit, si les hommes d’affaires sont sereins, parce qu’ils sont factuels, les dirigeants politiques européens ont plus de soucis à se faire. Comme au lendemain du Brexit, ils doivent prendre la mesure de ce qui s’est passé et de son impact. A l’heure qu’il est, les Européens n’ont encore pas tiré une seule conséquence du Brexit pour se regrouper et construite une nouvelle logique pour vivre ensemble.

Cette impuissance augure mal de ce que l’Europe pourra faire pour réagir à l’Amérique de Trump.