Les partenaires sociaux se réunissent sans illusion à Matignon

Drôle d’ambiance lundi 28 janvier pour la première réunion qui doit préparer le  fameux pacte de compétitivité. Drôle d’ambiance parce qu’en fait, personne n’y croit. Théoriquement, Jean-Marc Ayrault est entouré des ministres concernés, de tous les partenaires sociaux invités et tout le monde a fait part de son ambition de trouver une solution à la crise dans laquelle l’économie française continue de  s’enfoncer. En réalité, tout le monde est en porte-à-faux.

Drôle d’ambiance lundi 28 janvier pour la première réunion qui doit préparer le  fameux pacte de compétitivité. Drôle d’ambiance parce qu’en fait, personne n’y croit. Théoriquement, Jean-Marc Ayrault est entouré des ministres concernés, de tous les partenaires sociaux invités et tout le monde a fait part de son ambition de trouver une solution à la crise dans laquelle l’économie française continue de  s’enfoncer. En réalité, tout le monde est en porte-à-faux.

Le premier ministre d’abord, qui est sans doute le plus mal à l’aise. Son idée de départ en décembre était de provoquer une mise à plat de l’ensemble de la fiscalité.

C’était son initiative personnelle. Il n’avait prévenu personne. Un énorme chantier qui lui aurait permis d’exister politiquement. L’Élysée en a décidé autrement. Il doit donc maintenant oublier la réforme fiscale qu’il a annoncé à la France entière, pour mettre à plat l’ensemble de la dépense publique.

Trouver des économies de façon à financer la baisse de charge. Il se retrouve complètement à contre-emploi. Dans son projet initial, il marginalisait Bercy.

Dans le projet du président, il doit composer avec Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, qui tiennent leur revanche. Drôle d’ambiance.

Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve doivent savourer la nouvelle posture qu’ils défendaient en silence depuis des mois.

Ceci dit , ils savent qu’il n’existe pas de marges de manœuvre  budgétaires , que les mesures de réduction ne provoqueront pas d’effets avant 2016 et que dans ce cas-là , les objectifs soumis à la commission de Bruxelles ne seront pas encore atteint et qu’il faudra de nouveau s’expliquer et implorer auprès de nos partenaires des délais  supplémentaires. Les marges sont d’autant plus réduites qu’il n’a pas de majorité politique pour faire passer la plupart des reformes. Drôle d’ambiance.

Les syndicats de salariés ne sont pas plus détendus. Ils se battent depuis des lustres pour protéger des emplois face à un chômage qui monte et ils se retrouvent face à un projet qui doit défendre une politique d’amélioration de marge dont les effets ne joueront qu’à moyen terme. Auparavant, les syndicats vont devoir assumer une baisse de charge qui réduit les moyens de la politique familiale. Pas facile pour des syndicats nourris au lait de la redistribution, et attachés à des relances de la demande, d’accepter ouvertement une politique de compétitivité. Drôle d’ambiance.

Le Medef est finalement l’acteur le plus à l’aise. Il a gagné sur une revendication historique qui va surtout profiter aux grandes entreprises. Les plus gênées dans cette équation sont les PME.  La petite et moyenne entreprise ne créera pas d’emplois s  on lui baisse ses charges.

La PME  aurait pu créer des emplois très rapidement si on lui avait réduit le taux d’imposition sur les bénéfices.  Mais les très grandes entreprises ne se battront pas pour une baisse du taux de l’IS. Les très grandes entreprises savent se débrouiller par l’optimisation internationale. Drôle d’ambiance.

Et pourtant au niveau macroéconomique, il faudra bien passer par des réformes structurelles importantes, baisse globale des prélèvements (et pas seulement des charges sur les salaires), baisse globale des dépenses publiques et sociales, politique d’incitation forte à l’investissement et à l’innovation, assouplissement de la législation du travail.Tous les experts, tous les patrons, qui ont quitté Davos hier soir, sont rentrés avec trois convictions fortes.

Un, le monde est désormais balayé par le vent de la reprise.

Après cinq années de crise, l’industrie financière s’est un peu calmée, les appareils de production ont redémarré et pas seulement dans les pays émergents.

Deux, cette reprise de croissance risque de se faire sans création d’emplois.

C’est le constat le plus grave, le plus brutal mais il est vérifié partout dans le monde. La productivité crée de la valeur mais pas d’emploi. C’est l’inquiétude générale.

Trois, l’Europe est en retard.

Elle n’a aucune structure politique capable de coordonner les budgets et les fiscalités. C’est surtout vrai pour les pays de Europe du Sud.

Dans ces conditions, le pacte de compétitivité est évidemment une condition nécessaire pour essayer de se remettre à niveau. Cela dit, ce qui se prépare sera loin d’être suffisant.  Il faut lire, en détail, le diagnostic de l’agence Moody’s qui vient de maintenir la France en observation négative. Pour résumer ce que dit l’agence de notation : « ce qu’on dit désormais au plus haut niveau de l’État va dans le bon sens, mais les conditions politiques ne sont pas réunies ».