Les trois raisons qu’a François Hollande de renouer le dialogue avec l’Allemagne

Le ton a changé. L’Allemagne n’est plus le bouc émissaire de tous nos ennuis et est même notre partenaire de confiance. François Hollande écrit un nouveau scénario pour les Européens convaincus ou pragmatiques.

François Hollande gère sa politique européenne comme il gère l’opinion publique française. Il parle, il vitupère, il se contredit et il promet. Depuis deux semaines, nous sommes entrés dans une opération de reconquête de la sympathie allemande.

Après tous les coups de gueule depuis le début du quinquennat, toutes les menaces, les soupçons d’arrogance à peine voilés, les leçons de morale et de conduite, y compris celles qu’il a infligées à Mme Merkel via son Premier ministre qui était à Munich en service commandé, après cette vague de distance qui était essentiellement destinée à son aile gauche interne, voilà qu’il a entrepris un exercice de « yeux doux ».

Ceux qui ne seraient pas convaincus par ce virage n’ont qu’à observer à la loupe ce qui s’est passé depuis quinze jours et encore plus précisément ce week end.

Le sommet de Bruxelles a été un modèle de consensus franco-allemand sur la question des migrants qu’il va falloir renvoyer en Turquie, mais au-delà, les deux ministres des Finances, Michel Sapin et Wolfgang Schauble, se sont livrés ensemble à un exercice de pédagogie extraordinairement efficace dimanche matin a la télévision (I-Télé) et relayé en direct sur Europe 1. Sans aucun esprit de polémique, c’était brillant et efficace.

Jamais depuis la signature du traité de Maastricht, deux ministres étaient venus pendant une heure parler à l’opinion publique de la façon dont devrait fonctionner l’Europe. En gros, et si on décrypte, ils ont dit ensemble trois choses…

La première, c’est que l’Europe existe et qui si la disparition des frontières internes est un formidable facteur de progrès, il fallait renforcer les frontières avec l’extérieur, d’où l’accord avec la Turquie. Qui n’annonce pas une négociation sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe (le problème n’est pas d’actualité, comme voudraient le laisser entendre les autorités turques qui le disent uniquement pour faire monter les enchères).

La deuxième, c’est que les deux ministres sont tombés d’accord sur le même diagnostic de l’économie européenne, à savoir que la croissance était trop faible par manque de compétitivité. Moralité : il faut renforcer les compétitivités (même en Grèce) si on veut traiter le problème de la dette.

La troisième, c’est que les deux ministres ont marqué leur confiance dans la responsabilité des opinion publiques face au risque de dérives populistes. A chacun son front national. Il existe de part et d’autre du Rhin. Et ils ont admis que cette confiance était liée à la solidarité entre les deux locomotives de l’Europe.

On n’a pas encore retrouvé le climat qui prévalait au début de l’histoire européenne entre Valery Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, relation franche et loyale qu’on retrouva entre François Mitterrand et Helmut Kohl.

On n’en est pas loin, mais on sent bien que les deux ministres qui passent pour être chacun dans leur pays des incarnations du pragmatisme et de la loyauté sont en train de travailler à restaurer ce type de climat.

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Et si Sapin d’un côté et Schauble de l’autre se sont livrés à ce type d exercice, ça n était pas pour occuper un dimanche matin presque comme les autres, c’était que leurs chefs respectifs l’avaient décidé.

Alors comme toujours les décisions stratégiques européennes ne sont jamais prises sans arrière pensées politiques. Au demeurant, il y a plus d’arrière pensées dans la décision française de renouer un dialogue chaleureux et positif avec Angela Merkel que dans la décision de la chancelière qui n’a jamais beaucoup louvoyé. Elle.

Le vrai changement est français. Encore et toujours. François Hollande avait trois raisons d’infléchir sa position vis à vis de l’Allemagne.

La première raison concerne la politique qu’il faut mener face aux demandes des migrants. La France est dans l’incapacité d’accueillir des migrants de Syrie ou d’ailleurs. Elle n’est pas préparée économiquement, elle n’est pas prête socialement et culturellement, et politiquement, elle n’y est pas disposée. François hollande occupe une position impossible dans cette affaire parce que les valeurs de gauche qu’il a tellement défendues pendant la campagne commanderaient d’avoir une attitude plus conciliante sur la question des migrants. Ce qu’il ne veut et ne peut pas faire.

Politiquement, il a plus besoin du centre et de la droite libérale que des électeurs du Front de gauche qui sont déjà partis au Front national ou des écolos qui se sont volatilisés au cours des crashs successifs.

Par conséquent, la proposition de Mme Merkel de passer un deal avec la Turquie lui enlève une belle épine du pied. Elle va coûter cher, mais c’est l’Europe qui va payer. En plus, ce scenario remet la Turquie à sa vraie place, c’est à dire, à mi chemin entre l’Orient et l’Europe. La Turquie ne peut pas être dans l’Europe. Les gauchistes sont furieux mais la droite modérée respire.

La deuxième raison concerne les frontières. Reconstruire des frontières extérieures ne peut que protéger l’ensemble même si ça va prendre du temps. Reconstruire des frontières extérieures suppose qu’on ne touchera pas à la libre circulation.

Politiquement, tout cela, c’est tout bénéfice pour François hollande. En théorie, il fait plaisir aux Européens, il fait plaisir aux souverainistes, il fait plaisir a la droite modérée. Les seuls a qui il déplait sont les électeurs à la gauche de la gauche, anciens tiers-mondistes, amis de Jean Luc Mélenchon etc., qui disparaissent tous dans le creuset de la mondialisation.

La troisième raison d’être conciliant avec Mme Merkel, c’est que la France va avoir besoin d’argent. Bien évidemment, depuis quelques mois François Hollande n’hésite pas à tirer sur le déficit budgétaire et à s’endetter encore davantage. C’est facile et ça n’est pas cher. N’empêche qu’un jour, il faudra rembourser. Et ce jour là, il faudra rendre des comptes.

La France vient à nouveau de s’acheter une sorte de paix sociale avec les étudiants, les fonctionnaires. Entre la recapitalisation d’EDF, celle d’Areva, celle de la SNCF, avec l’augmentation des salaires dans la fonction publique pour calmer la CGT et FO, la baisse des charges pour les agriculteurs et le geste qu’il faudra nécessairement accorder aux PME/PMI, une telle distribution de cadeaux coûte cher (au bas mot 10 milliards d’euros). Et la campagne présidentielle n’est pas encore ouverte.