Netflix se prépare à résister à Disney, Apple, Warner et Amazon. Dans cette guerre de l’audiovisuel, les Français sont des nains.

Netflix a tellement bouleversé le marché de la vidéo qu’il a suscité les appétits de concurrents bien décidés à prendre leur part. La bagarre va se jouer à coup de milliards de dollars. Elle va être sanglante. L’Europe a très peu de place. La France encore moins. 

Netflix, la plateforme de vidéo à la demande qui s’est non seulement taillée la part du lion sur le marché audiovisuel en moins de dix ans, mais qui a aussi mis à genoux les chaines payantes, asphyxié le marché du DVD et qui a pris la main de l’essentiel de la production de films et de séries, Netflix se retrouve confrontée à la concurrence de groupes qui fourbissent leurs armes pour accéder à ce secteur : jusqu'alors sur ce marché du streaming Netflix n’avait comme seul concurrent qu’Amazon. Dans les deux mois, il y aura Disney, Apple, Warner, et sans doute Amazon qui va accélérer son offensive. 

Le marché des plateformes de streaming ne sera donc bientôt plus le monopole quasi mondial de Netflix et d’Amazon.Apple va lancer officiellement Apple TV+ le 1er novembre, Disney Plus arrivera l’année prochaine. Et chacun a de sérieux atouts pour recruter des abonnés un maximum. 

Disney mise beaucoup sur l’univers Marvel et Star Wars en multipliant les productions, notamment avec des chaines de télévision dédiées qui vont lui permettre de faire la communication de son offre. 

De son côté, Apple, dont le catalogue moins étoffé que ses concurrents, recrute à coup de milliards des producteurs, des réalisateurs et des acteurs. L’arrivée de Spielberg et son catalogue chez Apple a fait l’effet d’un coup de tonnerre.  Mais Apple dispose surtout de son magasin d’applications, l’App Store. Et l’Apple store est non seulement une application incontournable, mais c’est aussi l’enseigne de magasins physiques exclusif et très identifié dans les capitales du monde entier. 

La bagarre va être sanglante, la semaine dernière par exemple l’application officielle du service de streaming d’Amazon a disparu de l’App Store. Elle est restée fonctionnelle et les abonnés d’Amazon Prime Vidéo ont pu continuer à profiter du service, mais l’application ne pouvait plus être installée sur les plateformes Apple. Apple a expliqué qu’il s’agissait d’un problème technique mais personne n’est dupe. 

Mais entre Apple Store et ses iPhones, Apple profitera à plein de ses positions commerciales et de distribution.   

De son côté, le groupe Disney se prépare à lancer Disney Plus, qui apparaît comme le concurrent le plus sérieux de Netflix. Du coup, Disney a interdit la diffusion de publicité pour Netflix sur son réseau de télévision qui comporte notamment les chaines d’ABC et d’Espn. 

 Ce qui va se passer dans les deux mois sur le marché de la Vidéo à la demande va être historique. Jamais un secteur d’activité n’aura été aussi bousculé que celui de la vidéo par le mariage de la technologie qui permet de mettre à disposition du client tous les programmes possibles et le consommateur qui s’est emparé de cette offre très vite dans le monde entier. 

Sur le seul marché français, et selon une enquête de Médiamétrie, la SVDO - les services de vidéo à la demande - auraient encore augmenté de 3 millions d’utilisateurs en 2019 avec plus de 17,3 millions de Français.Les chaines de télévision sont incapables de rivaliser avec ce type de consommation vidéo et du coup, Netflix a pris une place incontournable dans la production de films et surtout de séries TV.

En tête du classement des séries les plus regardées, on retrouve The Umbrella Academy et Riverdale. 

Quand 17,3 millions de Français regardent au moins un programme sur les plateformes de streaming vidéo, ils bouleversent tout l’équilibre du secteur. D’autant que la moyenne d’âge est jeune, moins de 34 ans et 70% appartiennent à la catégorie des millenials  (les 13-34 ans ).

 

Les acteurs français ont été très lents à réagir à cet envahissement. Canal,  premier touchéau niveau de ses abonnements, a semble-t-il pactisé avec le diable Netflix afin d’offrir des offres regroupées et des co-productions mais Canal n’est pas en position de force. 

Du côté des grandes chaines généralistes, il semblerait que les conditions sont désormais réunies pour que Salto puisse démarrer. Salto, c'est l’offensive de la télévision française dans le streaming de vidéo à la demande (SODA).

Pilotée par TF1, France TV et M6 à travers une nouvelle société commune détenue à parts égales, la plate-forme sera accessible depuis un ordinateur, un smartphone et sur certains téléviseurs. Tout comme ses concurrents, il sera proposé sur abonnement et "permettra de retrouver tous les meilleurs programmes de télévision (le direct et le rattrapage), mais aussi de découvrir des programmes inédits".Le service a une direction (Gilles Pellisson, PDG de TF1 présidera son conseil de surveillance, Thomas Folin a été nommé directeur général de la plateforme), des locaux, et a reçu en août dernier le feu vert de l'Autorité de la concurrence. Rien n'est officiel mais le lancement serait programmé pour la seconde moitié de 2020.

Cela dit, le contenu proposé et le modèle économique restent encore très flous alors que Netflix a des moyens de développement et de production considérable ( 8 milliards de dollars en production cette année). 
Les chaines partenaires devraient se réserver leurs programmes phares, du coup, Salto proposera un catalogue plus froid (émissions, films et série déjà dans les tiroirs) combiné à des contenus inédits. Avec quel budget ?  Maximum 50 millions d’euros, ce qui est dérisoire par rapport aux géants américains. Le pari est perdu sauf à vendre Salto comme un complément des autres plateformes avec des programmes très nationaux ou régionaux . D‘ici à 2020, le paysage audiovisuel peut encore changer.