Ni la droite avec Wauquiez ou Le Pen, ni la gauche avec Mélenchon ou le PC ne sont capables d’offrir un projet politique alternatif au pragmatisme de Macron.

Ni la droite avec Wauquiez ou Le Pen, ni la gauche avec Mélenchon ou le PC ne sont capables d’offrir un projet politique alternatif au pragmatisme de Macron. 

 

Emmanuel Macron continue de baisser dans les sondages d’opinion ce qui prouve tous les jours qu’il a été élu beaucoup plus par défaut que par adhésion. Cela dit, il n’a pas d’opposition structurée sur l’échiquier politique, quant aux mouvements de la rue sur lesquels la gauche investit grandement, on sait depuis la semaine dernière qu’ils restent sans résonnance ni conséquence sur la vie du pays.

La gauche continue d’exister certes, mais elle a montré ce week end qu’elle était incapable de proposer autre chose des réquisitoires à la limite de la caricature. Le parti communiste et le parti socialiste sont exsangues, la France insoumise permet à Jean-Luc Mélenchon d’exister, mais que dans les medias. Il n’y a aucune proposition, aucun éclairage qui aille au-delà de la critique parfois violente de la gouvernance. Le parti socialiste, pour sa part, n’existe plus et ses dirigeants (Benoit Hamon en tête) sont incapables d’expliquer pourquoi. La gauche dans son ensemble reconnaît son affaiblissement et son éclatement, mais elle considère que le peuple continue d’exister et que le peuple se réfère aux dogmes de gauche. Bref, pour les cadres des partis de gauche qui sont encore debout, la situation actuelle n’est qu’un mauvais moment à passer. L’attentisme tient lieu de stratégie.

Sur la droite, on ne peut pas dire que la situation soit plus claire. Une partie des troupes, les plus libéraux sur le terrain économique, les plus européens aussi, ont rallié Emmanuel Macron et la France en Marche. Les centristes se sont éparpillés alors qu’ils sont devenus orphelins. Reste une droite, dont le ciment est d’adhérer à des idées plus nationales et plus identitaires et qui espère se fédérer autour de Laurent Wauquiez en accueillant des électeurs qui s’étaient laissés séduire par le Front National (ils sont nombreux) et qui sont profondément déçus par Marine Le Pen, par les dissensions internes et par les hésitations contradictoires sur la question de l’euro. Mais Laurent Wauquiez est bien seul, les cadres de la droite qui ne se sont pas ralliés à Macon, attendent que les orages passent. Là encore, l’attentisme tient lieu de stratégie. D’autant qu’à droite et au centre, on reconnaît que le président actuel a le courage d’ouvrir des chantiers de réformes que personne n’avait osé ouvrir avant. Le code du travail, l’ISF, les retraites…

Sur tous les chantiers de réformes, Emmanuel Macron sait bien qu’il n’a pas l’adhésion de la France profonde, mais il sait aussi que cette France profonde ne se lèvera sans doute pas pour s’opposer au mouvement. Il va donc engager une course de vitesse entre les réformes qu’il estime nécessaire, et les conservatismes en France qu’il dérange dans leur niche (fiscale) ou sur leurs rentes et privilèges dont ils disposent. Il espère qu’il gagnera cette course en délivrant assez rapidement des résultats, c’est à dire (soyons basiques) sen créant des emplois, de l’activité et du pouvoir d’achat.

 

Si on n’a pas compris que le président n’a qu’un objectif : faire redémarrer la machine France, on n’a rien compris au logiciel du président de la République.

Est ce qu’un pays comme la France peut se redresser par l’usage d’outils purement pragmatiques ? Sans doute pas. Le pays aussi a un moment va avoir besoin d’une boussole idéologique ou alors, a minimum de valeur autour desquelles il pourra se mobiliser. Un grand dessein a défaut d’avoir un destin.

Il y a des domaines du ressort de la gouvernance qui nécessitent des choix politiques. Sur les missions régaliennes de l’Etat, il n’y a pas, contrairement à ce que l’on croit, matière à beaucoup de débat dans la définition des principes.

En revanche, dans beaucoup de domaines qui répondent à priori à des contraintes de faits qui s‘imposent, on aura besoin de tendance, de choix et d’option très politique voir idéologique. Trois secteurs essentiellement.

 

1° Sur la question de la politique économique. Sur l’impact de la mondialisation, sur la concurrence de marché, il n‘y a pas de débat sauf à s’exclure de la communauté internationale. En revanche, on aurait besoin d’une politique industrielle qui indiquent les grandes directions de développement. Où, comment, avec qui et pourquoi ? On aurait besoin de savoir si le pays sacrifie purement et simplement son industrie comme il a commencé à le faire. Si oui, il faudra expliquer le destin de l’espace économique et les formes d’emplois qu’il offre. Si non, il faudra aussi expliquer où on va et avec qui.

2° Sur le modèle social, il existe un consensus pour sauver le système de l’assurance-chômage, santé, retraites, mais triompher du pragmatisme ou de la lâcheté politique. Chaque gouvernement sort les outils qu‘il connaît bien et bricole un arrangement qui fait gagner du temps. La vérité, et Emmanuel Macron le sait, on va devoir choisir entre un modèle qui fonctionne sur la solidarité nationale et un modèle qui fonctionne sur les logiques assurancielles.

Dans le premier cas, on conserve une société solidaire qui fonctionne sur le principe d’égalité. Le modèle social est payé par des cotisations ou des impôts Dans le second cas, le modèle social fonctionne selon les principes de l’assurance mutualiste. Et s’appuie sur le principe de l’équité. 

Alors, on peut imaginer une garantie de base universelle, certes,  payée par l’impôt ou par la cotisation et un complément dont l’importance dépendra de la prime d’assurance payée. Par le bénéficiaire comme souvent dans les pays anglo-saxons, ou conjointement par l‘employeur et l’employé.

Ces choix ne sont pas seulement techniques. Ils impactent une certaine façon de vivre ensemble.

Enfin, l’exception culturelle. Le pays, quel que soit son intégration à l’Europe ou pas, peut avoir l’envie de définir un modèle culturel et un système d’éducation qui conforte son identité. Le pays peut avoir l’envie de protéger son cinéma, ses livres, ses laboratoires de recherche, son système d’éducation.

A condition toutefois que le modèle choisi ne procède pas une fois de plus à sa marginalisation ou à son exclusion des courants d’échanges sur la planète et en Europe.

 

Sur tous ces points, la droite comme la gauche doivent avoir des positions très divergentes. Pour l’instant, ni la droite, ni la gauche n’y travaillent. Emmanuel Macron a beau se comporter comme un chef d’entreprise qui essaie de respecter ses engagements et délivrer son résultat. Il arrivera un moment où le peuple, comme on dit à gauche et au Front national, aura besoin d’autre chose.

Pour une raison simple. Le pragmatisme de Macron peut remplir les coffres, mais l’opinion voudra un jour que tout cela ait un sens qu’elle ne perçoit pas.

Actuellement, elle n’en éprouve pas le besoin. Un jour prochain