OPINIONS : Lobbying européen, les Français en progrès !

Par  Stéphane Desselas et Natacha Clarac – Cabinet de lobbying Athenora Consulting

En matière de lobbying, comme en tant d’autres, le goût des Français pour l’auto-flagellation nous porte à déplorer le manque d’habileté dont nous ferions preuve à Bruxelles. La tradition française, c’est vrai, ne nous y prédispose pas. A l’Ecole du lobbying, pourtant, les Français sont très largement mésestimés. Encore  trop souvent connoté négativement en France, une nouvelle génération de lobbyistes français, formés à l’Ecole anglo-saxonne, remporte de très nombreux succès, à Bruxelles, en toute discrétion. Inévitablement, la méfiance des Français envers le lobbying qui s’explique surtout par la méconnaissance des techniques, finira bien par s’effacer.

Premier point, contrairement aux idées reçues, le lobbying n’est plus le seul fait des multinationales anglo-américaines. Tous les groupes français sont maintenant actifs à Bruxelles et à Paris – et leurs collaborateurs, appréciés pour leur professionnalisme.  Les Directeurs des relations extérieures, les Représentants à Bruxelles des groupes français sont reconnus pour la finesse de leur analyse, leur capacité d’action et leurs résultats. C’est pourquoi, dans notre ouvrage, nous avons voulu donner la parole aux représentants de Total, EADS, SNCF, Air France et Renault, tous professionnels efficaces dans leurs secteurs. Ainsi, un lobbying actif a permis aux grands groupes français de garder une position de leader dans le débat en cours sur les concessions de service public au plan européen.

Deuxième point, les techniques du lobbying issus du monde anglo-saxon transfusent chez les Français et inspirent non seulement les entreprises mais aussi la diplomatie qui évolue d’une logique de puissance à une logique d’influence et de soft power. La représentation permanente (RP) française à Bruxelles est ainsi formée d’excellents lobbyistes au service des intérêts français, publics et privés. La RP française a su ainsi faire reconnaitre au plan européen le concept de réciprocité très important pour les entreprises françaises dans le cadre des marchés publics internationaux suite à un travail d’influence fin à la Commission et au Conseil . Les régions françaises s’organisent et travaillent avec leurs homologues d’autres pays pour former de larges coalitions comme par exemple l’excellent travail de la Représentation Ile de France à Bruxelles. La Représentation travaille ainsi de concert avec les autres grandes régions Capitales de l’UE (Londres, Berlin, Madrid,…) pour promouvoir les financements européens alloués à ces métropoles.

Troisième point, le lobbying n’est pas que l’affaire des entreprises du CAC 40 mais aussi d’acteurs plus inattendus comme ceux de l’économie sociale en France. Notre cabinet a ainsi mis en place un Cercle Europe et Economie sociale visant à promouvoir à Bruxelles les positions de grands acteurs mutualistes (comme la MGEN, MAIF…), coopératifs (comme la CASDEN ou le Crédit coopératif…) et associatifs (comme la Ligue de l’enseignement). Ces organisations ne s’y sont pas trompées : le lobbying, comme le droit, est aussi un instrument souple d’influence au service des causes les plus variées, y compris celles qui s’emploient à faire coexister les lois du marché et les valeurs de solidarité. Ainsi, la reconnaissance de la notion d’entreprenariat social à Bruxelles, grâce au travail acharné et positif du Commissaire Barnier, a été une première victoire pour les acteurs de l’économie sociale.

On peut se réjouir que le lobbying soit de moins en moins un gros mot et de plus en plus un outil important de la communication d’influence. Si à Paris tout le monde ne voit pas encore le lobbying comme une modalité professionnelle de gestion des relations avec les pouvoirs publics, dans un esprit d’échange et de coopération, ce n’est plus un sujet à Bruxelles. Toute une génération de professionnels français sait dorénavant défendre efficacement les intérêts qui leur sont confiées tout en restant à leur juste place face aux promoteurs de l’intérêt général, national ou européen. Dans la classe du lobbying, l’élève français a quitté le fond de la classe ; qui sait demain, il occupera peut-être le premier rang.

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Stéphane  Desselas et Natacha  Clarac sont respectivement fondateur et associée du Cabinet Athenora  Consulting. Créée en 2003, il aide ses  clients  à  développer  leur  influence  stratégique  au  plan  européen  selon  une  approche  professionnelle  issue  des  méthodes  anglo-saxonnes  appliquées  dans  un  esprit  continental.  Premier  cabinet  de  consultants   à   s’inscrire   sur   le   registre   des   lobbyistes   de   la   Commission   européenne   dans   un   esprit   d’éthique   et   de  transparence  professionnelle,  Athenora  Consulting  est  également  membre  du  réseau  International  Public  Relations  Global  Network   (PRGN),   d’EPACA   et   de   l’AFCL   (associations   européenne   et   française   des   consultants   en   affaires   publiques).   Stéphane  Desselas  et  Natacha  Clarac viennent  de  publier  Les  règles  d’or  du  lobbying  aux  Editions  du  Palio,  un  ouvrage  pratique  qui,  à  travers  le  témoignage  de  grands  groupes  tels  que  EADS,  Air  France  ou  encore  Total,  fait  la  preuve  que  les  Français  ne  sont  plus  en  reste  en  matière  de  lobbying  européen.