Pendant que l’hexagone déprime, les start-up françaises font le show au CES de Las Vegas

Depuis hier soir, une bonne centaine d’entrepreneurs français sont arrivés à Las Vegas pour le plus grand salon professionnel de l’économie numérique au monde. C’est la première fois que la France vient avec une représentation aussi forte.

La France est, cette année, le deuxième pays le plus représenté après les États-Unis à ce CES 2015. Le salon est devenu incontournable pour tous les professionnels de l’économie digitale. Près de 100 créateurs d’entreprise de l’hexagone ont fait le déplacement pour présenter les fruits de leur recherche au monde entier.

Depuis quelques années, les Français ont la côte. Ils sont déjà partout dans les jeux vidéo, dans les trucages cinéma à Hollywood, ils sont présents chez Apple, Intel ou Google pour manager des équipes de développeurs, la fameuse matière rare. Jusqu’alors, ces petits franchies, sortis de l’X, d’HEC ou d’ailleurs étaient embauchés comme salariés. Payés à prix d’or certes et beaucoup pensaient faire une carrière classique jusqu’à l’âge de 35-40ans. Après quoi, ils seraient allés investir leurs stock-options ou vivre à Bruxelles pour échapper à l’ISF français !

Depuis trois ans, ces virtuoses du développement de logiciel sont toujours aussi nombreux à s’expatrier. Mais ils sont rattrapés par des créateurs de start-up qui, désormais, pullulent dans tous les segments de l’économie digitale. On connait ceux qui ont déjà réussi comme les fondateurs de BlaBlaCar, de Deezer ou de Critéo. Mais cette année à Las Vegas on croise des inventeurs de logiciels applicables dans la santé, des concepteurs de vêtements connectés et l’inventeur du bouton Darty ! Celui qui permet d’alerter une centrale téléphonique pour accéder très rapidement au dépannage de l’électroménager.

Ce qui est étonnant, c’est le nombre d’initiatives françaises. Preuve que nous ne sommes pas si nuls. Ce qui est étonnant, c’est que les grandes entreprises françaises viennent cette année chercher des idées ou présenter leurs trouvailles. EDF, La Poste, RATP, Renault qui travaille sur la voiture autonome.

D’ailleurs, Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie him-self, doit arriver à Las Vegas ce lundi. Il sera accompagné par Axelle Lemaire, la secrétaire d’État chargée du numérique et de Pierre Gattaz, le président du Medef. Si ces trois personnalités font le déplacement, ce n’est pas parce qu’ils vont nous sortir un logiciel révolutionnaire. Non, ils viennent parce que politiquement, c’est évidemment important. A Las Vegas, ce n’est pas le ministre qui a décidé de se déplacer avec une délégation, ce sont les patrons qui ont signalé à Bercy qu’il se passait des choses importantes là-bas.

Compte tenu de l’impact du digital sur les autres activités, les cinq jours passés dans le Nevada sont très importants pour l’économie française en général. Et ce, pour trois raisons.

Tout d’abord, parce que les entreprises françaises du digital sont prises de plus en plus au sérieux du côté des américains. Ensuite, parce que les start-up françaises ont compris que le passage par Vegas puis par la Californie était incontournable pour mesurer les tendances et les modes, pour rencontrer les distributeurs.

L’évolution technologique est tellement rapide qu’elle doit se diffuser très rapidement dans le monde entier. Cette diffusion ne part ni de Paris, ni de Londres. Tout part de San Francisco, de Las Vegas ou même de Miami. Le monde ne s’adaptera pas aux exigences françaises, ce sont les créateurs français qui se callent sur les évolutions internationales.

Enfin, la présence française marque le décalage quasi conceptuel et même idéologique que nous avons en France avec cette réalité qui dessine l’avenir. Pendant que des créateurs d’entreprises et des inventeurs sont en train de réussir sur le marché international, de créer de l’activité, de la valeur et des emplois. Pendant qu’ils inventent la modernité sans ne rien demander à personne, les décideurs français restent à Paris.

Les politiques et la majorité des économistes débattent avec beaucoup d’arrogance sur les avantages comparés de l’économie d’offre ou de la demande, sur l’opportunité d’un plan de relance de la demande. Tant que ce pays ne sera pas convaincu que le moteur de la croissance c’est l’innovation, on restera à se regarder le nombril et à compter les chômeurs.

L’économie moderne n’a pas besoin de relance. L’économie moderne a besoin d’entrepreneurs, de talent et de travail. On oublie toujours que l’inventeur du chemin de fer n’a jamais fait une étude de marché avant de se lancer. Pas plus que l’inventeur de l’électricité, du téléphone ou de la pointe BIC. A la fin du 19e siècle, si Gustave Eiffel avait attendu que l’État soit d’accord pour construire la fameuse tour cette dernière n’aurait pas vue le jour. Pas plus que les ponts et les ouvrages d’art que les ateliers Eiffel, l’ancêtre d’Eiffage, ont implantés partout sur la planète.

Las Vegas aujourd’hui est au digital mondial ce que les grandes expositions universelles étaient pour l’industrie à l’époque. Le spectacle du talent, du travail et de l’innovation.