Pour le monde des affaires, Macron a réussi ses six premiers mois mais se retrouve maintenant face à deux réformes impossibles à faire passer.

Emmanuel Macron a tout réussi sauf sa rencontre avec l’opinion, ce qui va rendre difficile la suite de son programme.

 

Après les six premiers mois de son mandat, Emmanuel Macron n’a pas réussi à construire un socle de popularité qui pourrait le protéger dans les projets à venir.

Sa cote de popularité a perdu près de 20 points depuis son élection, presque autant que François Hollande en 2012.

Et pourtant, il a réalisé la presque totalité de son cahier des charges. Les ordonnances portant sur la réforme du code du travail sont passées alors que beaucoup s’attendaient à ce qu‘elles soient balayées par des manifestations de rue.

La partie recettes du budget a été adoptée en dépit de la bronca déclenchée par les militants de la France insoumise qui ont affublé le chef de l’Etat de président des riches. Les dispositions fiscales qui allègent de façon assez spectaculaire l’impôt sur le capital et l’impôt sur les grandes fortunes ont été adoptées sans beaucoup de difficultés.

 

Ces deux grandes réformes : l’assouplissement des modalités de l’emploi avec la flexibilité accrue des conditions du travail et la baisse de l’impôt sur le capital étaient primordiales pour la stratégie de reprise de l’économie.

Dans le logiciel Macron, le problème était de restaurer la compétitivité des entreprises françaises et pour ce faire, il fallait pouvoir attirer les investisseurs à risque et donner aux chefs d’entreprise plus de liberté qu’ils en avaient pour innover, se développer et s’adapter aux fluctuations de la conjoncture.

 

Emmanuel Macron a donc mis en place les outils que le monde des affaires réclamait depuis des lustres et contribué, du coup, à un changement de climat.

L‘économie française a retrouvé des processus de croissance équivalents aux grands pays européens :

- grâce à l’environnement mondial (ça va mieux partout),

- grâce aux effets du CICE (qui a regonflé les marges),

- et enfin grâce à ce climat plus favorable au business.

 

Le président de la République a donc délivré une grande partie de sa promesse électorale mais il n’a pas réussi à rassembler autour de son projet une adhésion forte des français. L’opinion publique n’a pas bronché. Un peu résignée et considérant qu‘il n’y avait pas d’autres programmes, elle l’a accepté par défaut. Les syndicats et l’opposition de gauche ou d’extrême gauche ont été incapables de mobiliser la société civile. Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs reconnu qu’il ne parvenait pas s’opposer à cette évolution.

En fait, sur le terrain purement politique, Emmanuel Macron est supporté par une grande partie des anciens électeurs de droite et du centre qui ne se retrouve pas dans l’offre présentée par Laurent Wauquiez. Le futur président des républicains est sans doute trop préoccupé à récupérer ceux qui s’étaient laissés séduire par Marine Le Pen avec un discours et des propositions qui ne sont pas partagés par une grande partie de la droite libérale.

Macron en profite.

 

Ceci dit, si le président a réussi ses premiers six mois, il se retrouve désormais devant deux grands chantiers qui seront impossibles à boucler. Il n’en a pas les moyens financiers et surtout, il n’a pas l’assise politique.

 

Le premier des chantiers sur lequel il va buter recouvre toute la réforme du système de l’assurance chômage. La promesse électorale était d’accorder le tous les salariés la possibilité de démissionner de son job et de s‘inscrire au chômage en touchant une indemnité pendant un an. La promesse électorale consistait aussi à accorder aux travailleurs indépendants le droit au chômage.

En l’état actuel, le cout de ces deux promesses est absolument gigantesque (entre 10 et 15 milliards la première année et 5 milliards en régime de croisière). Cette opération est impossible à réaliser sans augmenter les cotisations chômage, donc en augmentant le cout du travail, alors qu’on a fait tout pour le baisser et améliorer la compétitivité.

La seule solution serait de fiscaliser le système, c’est à dire de le mettre à la charge de la collectivité (l’impôt) ou alors de privatiser carrément le système sans garantie qu’il puisse profiter à tous. On sortirait alors du modèle social français. Donc cette réforme paraît compromise. Emmanuel Macron a d’ailleurs adopté une stratégie pour gagner du temps sans trop le dire.

 

Le deuxième chantier complique à ouvrir porte sur la réforme de l’Etat. Il faudra, d’une manière ou d’une autre, réduire les dépenses publiques pour réduire les prélèvements obligatoires. En dépit de tous les discours et de toutes les démonstrations, on ne pourra pas réduire les dépenses publiques uniquement en rabotant les différents budgets, on ne pourra pas réduire les dépenses publiques en arrêtant de recruter des fonctionnaires. La question n’est pas de savoir si les fonctionnaires sont utiles ou pas. Ils le sont dans la majorité des cas.

La question est de savoir dans quel cadre le service rendu est plus efficace et moins couteux. Dans le cadre public de l’administration ou dans le cadre du marché par une entreprise privée.

On pourrait se poser la question pour tous les services de l’Etat et des administrations, des collectivités locales et des hôpitaux. Tous les services en dehors de ceux qui relèvent des fonctions régaliennes.

Dans l’Education nationale ou la santé, dans l’entretien des parcs et des jardins publics, dans les transports et les équipements, la question est de savoir qui, du service public ou du service privé, est le plus efficace.

La question est de savoir quel peut être le périmètre de l’Etat optimal. Ce chantier passe par un débat. Mais, actuellement ce débat est tabou.