Pourquoi Bruxelles va encore pardonner à la France de mentir sur son budget

Michel Sapin et Emmanuel Macron sont à Berlin ce lundi. Et pour cause, Bruxelles ne devrait pas sanctionner pas la France pour son budget, une chance historique. La conjoncture est telle en Europe que la France et l’Allemagne ont intérêt à se serrer les coudes.

Michel Sapin et Emmanuel Macron sont à Berlin ce lundi. Et pour cause, Bruxelles ne devrait pas sanctionner pas la France pour son budget, une chance historique. La conjoncture est telle en Europe que la France et l’Allemagne ont intérêt à se serrer les coudes.

Les ministres de l’Économie et des Finances français vont encore, une fois de plus, plaider les spécificités de la France à Berlin. Ils vont sans doute obtenir de nos voisins allemands qu’ils recommandent à Bruxelles un nouveau délai. C’est une chance historique pour François Hollande mais surtout pour que l’Europe de la zone euro se réforme.

Bruxelles ne va pas faire preuve de mansuétude gratuite en autorisant la France à rester encore un an de plus en dehors des clous. Bruxelles et Berlin, qui ont piloté la négociation en coulisse, ont fait preuve de réalisme. Les raisons pour lesquelles la France a gagné ce bras de fer sont très simples.

1e raison : La Commission de Bruxelles a demandé un catalogue de réformes structurelles et l’a finalement obtenu. Michel Sapin, Emmanuel Macron et Manuel Valls ont multiplié les déclarations et les projets pour prouver qu’ils étaient engagés dans la rénovation du système français. Ils ont surtout affirmé et réaffirmé que cela n’était qu’un début et devinez quoi, Bruxelles les a cru. D’autant que dimanche après-midi, François Hollande s’est encore fendu d’un séminaire pour célébrer l’attractivité française. En clair, Bruxelles est désormais convaincu que le Président français et son Premier ministre font le bon diagnostic de l’économie française.

2e raison : A Bruxelles comme à Berlin, on sait que la gouvernance politique française est coincée. Comme il n’y a pas d’alternative crédible, Bruxelles et Berlin vont la soutenir ou ne rien faire pour la déstabiliser davantage. François Hollande a très peu de majorité pour soutenir sa politique sociale libérale. Ce week-end, les propos de Martine Aubry ont jeté un froid à Paris comme à Berlin et Bruxelles.

Pour les pays de la zone euro, la question est, comment Martine Aubry, la fille de Jacques Delors, peut-elle tenir des propos aussi démagogiques, prônant un changement d’orientation sans dire dans quel sens ? Comment Martine Aubry peut-elle prendre la tête d’un courant de frondeurs irresponsables et leur donner une certaine légitimité ?

Personne ne comprend, compte tenu de la gravité de la situation, qu’il n’y ait pas de solidarité ou de responsabilité. La fréquence des propos déraisonnables et incohérents prononcés à droite comme à gauche surprend énormément les européens convaincus. Quel  désordre ! En fait, Bruxelles finira par soutenir Hollande-Valls en espérant que les résultats soient au rendez-vous. Ceci pour écarter des pouvoirs populistes, cristallisés à l’extrême droite ou a l’extrême gauche ou même au niveau des élites traditionnelles, comme Martine Aubry.

3e raison : L’Allemagne n’est pas en forme et l’Allemagne va avoir besoin des européens. Pour éviter de glisser dans le populisme, Angela Merkel est prête à tendre la main à la France. Le deal est simple : « on vous accepte tel que vous êtes au niveau du budget cette année encore, mais a deux conditions. Que vous preniez des engagements de réforme profonde et que vous initiez un processus d’évolution fédérale au niveau des politiques budgétaires et fiscales ».

Ce n’est pas les États-Unis d’Europe mais ça pourrait préparer un projet d’union franco-allemande. Pour les européens, le moment est historique : ou ça change maintenant ou chacun se replie sur soi et ça ne changera jamais.