Pourquoi Emmanuel Macron est devenu la superstar de la politique

Le succès populaire d’Emmanuel Macron énerve les cadres du PS, gêne la droite, agace les politologues et finit par intriguer tout le monde. Et pourtant tout s’explique. 

Emmanuel Macron intéresse, agace, énerve mais son succès intrigue. Il y a comme un mystère Macron, le journal Le Monde le décrit comme « un fantasme ». Le Monde est agacé. Et pour cause, la paroisse politico-médiatique parisienne n’aime pas trop ceux qui réussissent. Il y a pourtant une vraie et forte raison à ce succès : Macron raconte une histoire cohérente sur la société française et cette histoire correspond à l’aspiration du plus grand nombre. Son problème, c’est que dans les conditions actuelles, son histoire est difficilement réalisable.

Cela dit, plutôt que le critiquer ou d’essayer de l’affaiblir, le monde politique aurait donc intérêt très rapidement à tirer les leçons du phénomène.

Tout ce qui a été écrit sur Emmanuel Macron est juste. Il est totalement transgressif par rapport au personnel politique qui occupe le théâtre. A partir du moment où ce personnel politique de droite comme de gauche a été incapable de délivrer des promesses et de dégager des résultats, l’opinion publique s’en détourne et se porte vers des acteurs nouveaux.

Emmanuel Macron est un personnage nouveau. Il est jeune, une tête bien faite, bien pleine, un homme bien dans sa peau et dans sa vie. Il ne se « la raconte pas » il travaille ou donne l’impression de travailler différemment. Il y a un côté Jean-Louis Trintignant jeune, filmé par Claude Sautet dans les années 1980 avec un scénario qui aurait été réinitialisé par la révolution digitale.

Emmanuel Macron a une autre caractéristique, il ne sort pas de la sphère politique. Il n’a pas monté les échelons d’un parti, il n’a pas fait de terrain, ni de campagne électorale. Il a été élevé principalement par le monde des affaires avec dans la sphère publique, deux mentors de grandes qualités : Jacques Attali et Jean-Pierre Jouyet,  l’actuel secrétaire général de l’Elysée, ce qui explique une grande partie de ce qu’il est devenu.

Emmanuel Macron est donc un animal qui tranche singulièrement des autres habitants de la jungle politique. Lesquels n’en ont pas eu particulièrement peur. Jusqu’à maintenant, il n’inquiétait pas trop les professionnels qui savent que la politique a ses codes, ses procédures et que l’accès au pouvoir passe par un parti, une campagne électorale.

Pour les professionnels de la politique et les commentateurs, Macron ne serait qu’un produit des médias plus ou moins utilisé, instrumentalisé par l’Elysée pour occuper un espace qui avait été préempté par Manuel Valls.

Pour les fans de la politique politicienne, tout ce que fait Macron déplait à Manuel Valls et par conséquent c’est bon pour François Hollande. Et tant que ce que dit Macron plait à l’opinion, tout roule.

Le raisonnement de ceux qui pensent que Macron ne serait qu’un fantasme ou un instrument au service de François Hollande, ce raisonnement tient la route.

Sauf que le succès d’Emmanuel Macron devient très important dans toutes les couches de la population, à droite comme à gauche. Chez les cadres dirigeants, les étudiants de grandes écoles et plus surprenant chez les jeunes des quartiers. Ça peut tout changer.

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Pourquoi, tout simplement parce qu’Emmanuel Macron, avec ce qu’il dit et ce qu’il fait, raconte une histoire de la société française qui répond vaguement aux aspirations des Français. Une histoire qui répond à une inquiétude sur les effets de la mondialisation, l’impact du progrès technologique.

Il raconte cette histoire de façon très cohérente, sans préoccupations clientélistes comme le ferait Hollande ou Sarkozy, l’histoire d’une France qui voudrait travailler et toucher le fruit de son travail (donc moins d’impôts), d’une France avec des Français qui devraient avoir le droit de faire fortune ou au minimum les moyens de se payer une bagnole neuve parce qu’aujourd’hui la génération des moins de 40 ans ne peut se payer de voiture neuve. C’est l’histoire d’une France comme disait Coluche, qui doit profiter à fond de la révolution numérique, qui doit assumer la concurrence des autres et profiter à plein de la mondialisation. La France profonde est plus moderne que ses responsables politiques et syndicaux et Macron le sait.

La meilleure preuve, c’est qu’il ne peut guère aller au-delà de son discours volontaire et pragmatique. Avec Macron 1, on a réalisé que l’ouverture des magasins le dimanche était voulue par le plus grand nombre depuis des lustres et l’ouverture des lignes d’autocar qui sont désormais plébiscitées.

Le cru Macron 2 est bourré de projets de réformes et d’idées qui sont eux aussi très attendus mais qui ne verront pas le jour parce qu’ils bouleversent trop d’avantages acquis. Au début du quinquennat précédent, Macron avait été le témoin de l’enterrement en grande pompe du rapport Attali sur lequel il avait travaillé. Mais 5 ans plus tard, la France a changé. Les blessures de la crise ont révélé des nécessités de réformes.

Ceci étant, plus Macron sera freiné dans la mise en application de ses réformes, par le conservatisme de la majorité de gauche, plus son originalité prendra du poids et plus les structures traditionnelles vieilliront.

Au lendemain de 1968, un jeune homme avait très bien compris le phénomène, c’était Valery Giscard d’Estaing. Il n’avait aucune organisation politique mais les circonstances exceptionnelles lui ont permis d’accéder au pouvoir à 40 ans.

Le point fort d’Emmanuel Macron, c’est d’avoir compris les mutations de la modernité, de les expliquer et surtout de les mettre en cohérence pour offrir un projet auquel l’opinion adhère.

La plupart de ses « macronades » auraient, en d’autres temps mis les fonctionnaires dans la rue, à commencer par la dernière en date, la remise en cause du statut des fonctionnaires et leur mode de rémunération.

Emmanuel Macron parie donc sur la responsabilité individuelle et sur le fait que la crise a accéléré la prise de conscience des Français d’accepter des réformes. La grande leçon qu’auraient dû tirer de cette évolution les responsables politiques, c’était de s’appuyer sur cette évolution et ce potentiel de réforme pour raconter une histoire et élaborer un programme.

Les seuls, sur l’échiquier politique à proposer un programme, un plan B, cohérent pour répondre à la crise, c’est l’extrême droite mais dont la cohérence et la force sont construits sur la peur, donc sur le protectionnisme. Du coup, son programme économique est totalement incohérent par rapport aux contraintes de marché et les Français le sentent. Ceci étant, elle peut, devant les contraintes amender son programme économique afin d’affronter la méfiance des marchés.

Sur le marché des projets, des visions et des programmes, l’offre est donc réduite à celle, très égocentrée, que porte Marine Le Pen et celle très moderne et ouverte sur le monde que développe Emmanuel Macron.

La force de Macron, c’est d’être libre de toutes obligations de partis et d’être compatible avec des électeurs de la droite libérale comme avec des électeurs de la gauche modérée.

La faiblesse de Macron, c’est de ne pas être sponsorisé par un parti et de réussir à plaire à tout le monde. Du coup, ses adversaires vont jaillir de partout. Les apparatchiks de gauche comme de droite finiront par l’étouffer.

Le nombre de personnalités qui ont porté un projet de synthèse et de réforme mais qui sont morts au fond des urnes faute d’avoir su – ou pu – capter des électeurs le jour de l’élection, sont légions en France. Simone Veil, Bernard Kouchner, Raymond Barre et même Michel Rocard.