Pourquoi les chefs d’entreprise gagnent la sympathie de l’opinion publique

Les chefs d’entreprise ouvrent ce lundi une semaine de protestations. Ils ne s’attendaient pas à le faire avec le soutien d’une majorité de l’opinion publique, c’est pourtant ce qui se passe. Les sondages le disent. L’entreprise devient une valeur à la mode, c’est quand même totalement nouveau.

Les chefs d’entreprise ouvrent ce lundi une semaine de protestations. Ils ne s’attendaient pas à le faire avec le soutien d’une majorité de l’opinion publique, c’est pourtant ce qui se passe. Les sondages le disent. L’entreprise devient une valeur à la mode, c’est quand même totalement nouveau.

Au-delà de l’action des chefs d’entreprise et de leurs argumentaires. Au-delà de l’incompétence de ce gouvernement et l’incohérence des personnels politiques. Au-delà de l’absence de résultats, les chefs d’entreprise sont en train de gagner la sympathie de l’opinion publique. Ce  n’est pas un épiphénomène, c’est une mutation.

Jusqu’alors, le chef d‘entreprise dans ce pays c’était l’ennemi de classe pour la gauche, et le mal nécessaire pour la droite. La gauche et les syndicats ont été élevés dans l’idée que le chef d’entreprise était un prédateur, exploiteur des « masses populaires » à tel point que la majorité de l’opinion publique française a toujours préféré, pour ses enfants, un avenir de fonctionnaire ou de rentier plutôt que de patron. Cette aversion quasi-culturelle a même conduit l’actuel président de la République à se faire élire avec un programme très anti-entreprise.

Pour faire bref, selon François Hollande quand il était candidat, les patrons étaient des voyous et les banquiers des ennemis. C’était simple, clair, précis, donc efficace.

Quant à la droite française, elle n’a jamais débordé de soutien pour l’entrepreneur, l’investisseur et l’innovateur. La droite a toujours considéré que l’Etat central devait avoir un rôle moteur dans l’économie et que les entreprises devaient exécuter les plans, les programmes et les budgets. La droite française a toujours été plus prêt de Colbert que de Ricardo. Ce pays n’a jamais reconnu au chef d’entreprise et au créateur un rôle de moteur du progrès comme dans les société anglo-saxonnes.

Le résultat de cette culture-là c’est que les Français dans leur majorité ont cru pendant très longtemps que la mondialisation était une invention du grand capital pour exploiter les masses populaires et les mettre au chômage.

Ils ont cru que l’Europe allait leur enlever toute liberté et les mener à la misère. Ils ont cru que le  progrès technologique était mortifère et dangereux à tel point que l’on a même réussi  à faire inscrire dans la constitution le principe de précaution, ce qui est une aberration historique. Enfin, la majorité des Français s’est convaincue que l’économie de marché qui s’est imposée dans le monde entier, y compris en Chine, est une invention des plus forts pour écraser les plus faibles.

Le résultat de tout cela, c’est que la majorité des Français, et même des élites françaises, ne sait même pas comment on développe de la richesse, de l’activité et des emplois. Beaucoup pensent que c’est l’Etat, les banques centrales, les administrations et les gouvernements. Quelles erreurs !

Les richesses n’existent que par la combinaison habile entre le talent des uns, le travail des autres et le risque de tous ceux qui ont de l’argent pour mobiliser tous ces facteurs. Les fonctions de production créent la richesse, la rencontre avec un client permet de réaliser cette richesse. Karl Marx l’économiste formé par les libéraux a très bien expliqué tout cela. Mais on n’a trop souvent lu et relu Marx, l’idéologue.

L’Etat, les banques centrales et les gouvernements ne sont là que pour réguler et veiller à ce que la circulation des savoirs et des richesses se fassent avec fluidité de façon à ce que le système découvre les optimums de production. Avant de tourner en rond  sur les nécessités  de la redistribution des richesses, il faut d’abord créer cette richesse. Parce qu’à force de l’oublier, on distribue surtout des illusions.

La crise, l’absence de résultats et l’incompétence notoire des gouvernements ont, semble-t-il, fait avancer la pédagogie de l’entreprise dans l’opinion. Quand tout s’effondre, chacun se tourne vers la dernière institution qui tourne rond et qui continue de fonctionner. Une majorité de Français ont retrouvé confiance dans l’entreprise pour créer de l’activité, des emplois et du progrès. A condition qu’ils puissent fonctionner plus librement.

Il y a une petite partie de la gauche, disons moderne, qui a compris ce phénomène. Valls et Macron en font partie mais ils ne sont guère soutenus. Il leur faudrait donc violer en permanence une majorité de gauche qui a déjà été trompée par le Président. A droite, il existe une petite partie qui a compris que l’avenir se jouait sur le marché mondial, sur l’innovation et dans la concurrence. Mais beaucoup ont un furieux besoin de sécurité.  Les opinions publiques sont sans doute en avance sur la classe politique.