Pouvoir d’achat : le gouvernement se retrouve piégé par les hausses de prix, réelles ou ressenties.

Source : bfmtv.com

A partir de demain, la feuille de paie va s’alléger de la cotisation chômage. Quelques jours plus tard, la taxe d’habitation diminuera d’un tiers pour bon nombre de Français, mais tout cela va être noyé dans les autres augmentations de prix. 

Le gouvernement pariait sur une disparition de l’inflation et c’est vrai que les risques d’inflation se sont envolés, si l’on en croit les chiffres macro économiques. Le gouvernement pouvait donc compter sur une visibilité très claire, celle de la baisse des cotisations chômage qui majorent d’autant le salaire net et sur la fin de la taxe d’habitation, pour convaincre les Français, qu’après le traitement fiscal mal digéré de l’an dernier, ils pourraient toucher et ressentir une hausse de leur pouvoir d’achat. Les calculettes avaient tourné dans tous les sens et l’équation tenait la route. L’INSEE elle-même annonçait une hausse de pouvoir d’achat de 1,3% pour 2018.

Le problème, c’est que la hausse de certains prix, de l’énergie via le prix de l’essence, du logement, conjuguée à la baisse de l'euro (qui augmente mécaniquement le prix de tous les biens importés, alors même que la France importe beaucoup), pimentée par le ralentissement de l’activité et de l'emploi, sans parler de la chute de la bourse, tout cela a crée un climat de rentrée de novembre assez délétère et qui occulte complètement l’effet de la hausse organisée du pouvoir d’achat.

L’occultation est à la fois ressentie et réelle.

-Ressentie parce que les moyennes statistiques ne reflètent que la réalité macroéconomique dans laquelle les Français ne se retrouvent pas. Ils ressentent les inégalités, ils ne les voit pas se corriger. Ils ont du mal à percevoir des perspectives positives dans la mesure où ils ne voient pas la stratégie globale. Donc le « ressenti » pèse sur le moral des consommateurs, lesquels freinent leurs anticipations de consommation. Les consommateurs ne sont d’ailleurs pas à une contradiction près. Ils votent des deux mains pour les projets de transition écologique, mais dès que le gouvernement applique les taxes carbone sur l’énergie et donc le pétrole, ils sont capables de prendre leur 4/4 diesel pour aller manifester leur mécontentement.

Ils ne vont pas manifester contre la taxe carbone, ils vont manifester contre le prix du diesel. Politiquement, c’est très différent. Evidemment.

-Réelle. L’occultation du pouvoir d’achat est bien réelle pour les classes moyennes, parce que les hausses de prix pèsent plus que ce que rapportent les exonérations de cotisation ou de taxes d’habitation.

Et tout ce que va pouvoir expliquer le gouvernement ne va servir à rien. Quant aux propositions qu’il va pouvoir faire pour calmer la grogne (comme d’augmenter la prime à la conversion par exemple) ne servira pas davantage.

La question du pouvoir d’achat est devenue très compliquée à gérer en période de non-inflation.

Autrefois, on savait que, pour compenser la hausse générale des prix, il suffisait d’augmenter le niveau des revenus distribués (salaires et prestations). C’était très simple. Le monde occidental a carburé un demi-siècle avec cette recette magique.   

Aujourd’hui, nous n’avons pas d’augmentation générale des prix, nous avons (parfois) des augmentations sectorielles. Ces augmentations sont très souvent liées à des innovations technologiques (un iPhone XS vaut plus cher qu’un iPhone 8 sorti il y a deux ans). Est-ce de l’inflation ? Pour certains oui, pour d’autres, c’est le prix du progrès !

Là où les choses sont encore plus compliquées, c’est que certains prix impactent plusieurs postes budgétaires.

Le gouvernement n’a aucune raison aujourd’hui de faire une politique anti-inflationniste puisqu’il n’y a pas d’inflation. En revanche, et pour des raisons de politique à court terme,  il aurait intérêt à baisser le montant des taxes sur le carburant pour calmer la grogne. Ce faisant, il se met en situation difficile face aux contraintes écologiques.

Sans politique structurelle cohérente, le gouvernement est piégé. On considère aujourd’hui que les foyers de hausse de prix sont le logement, l’énergie et les carburants, donc la mobilité.  C’est vrai dans la plupart des économies développées.

Les économistes nous expliquent que, dans le budget d’un ménage de la classe moyenne, le cout du logement, ajouté au cout du chauffage, ajouté au cout de la mobilité, c’est à dire voiture, carburant. etc., le total de ces dépenses-là ne devrait pas dépasser les 45% du revenu global mensuel. Il resterait donc 55 % pour les dépenses quotidiennes de consommation, pour la communication et pour les loisirs.

Bref, si on reprend le noyau dur des dépenses fixes du ménage, on s’aperçoit qu’elles sont intimement liées. Le prix du logement dépend de sa taille, de son confort et de sa localisation. La dépense d’énergie va dépendre du logement et de sa localisation. Quant aux dépenses de mobilité, elles dépendent aussi de la localisation du logement par rapport au lieu de travail.

 

La clef d’une politique de pouvoir d’achat est donc dans l’arbitrage entre les dépenses de logement, de voiture, et d’énergie.

Vous choisissez un logement près de votre travail en centre ville, et vous le paierez très cher. Mais vos dépenses de carburant et de mobilité seront moindres. L’inverse pourrait être vrai.

 

Nous avons aujourd’hui des problèmes réels et ressentis de pouvoir d’achat parce que tous les gouvernements ou presque ont raté les politiques de logement et d’aménagement du territoire. Ils ont raréfié l’offre de logement, préférant distribuer des aides, et ils ont repoussé les logements à la périphérie des villes croyant faire du moyen cher.

C’est vrai que, dans les grandes banlieues ou les villes moyennes, les logements sont moins chers, mais c’est vrai aussi que la dépense de transport est plus lourde. D’où la question du pouvoir d’achat dès que le prix des carburants augmente.

La politique du pouvoir d’achat est intimement liée aujourd’hui à la politique d’aménagement du territoire et aux infrastructures de transports.

Quand on écoute la lecture que font les ministres de l’évolution du pouvoir d’achat, on est loin d’une politique structurelle globale qu’on pourrait en attendre.