Programme des Valls, Peillon et compagnie : clash d’ambitions mais pas de refondation de la gauche en vue

Les candidats de gauche s’affrontent sur des questions de pouvoir alors qu’ils devraient réinventer la gauche.

Peillon, Valls, Montebourg, c’est du chacun pour soi en laissant croire qu’ils travailleront ensemble. N’importe quoi ! Les candidats de gauche ont d’ores et déjà perdu la partie. Alors que la campagne pour les primaires a commencé dans le désordre le plus complet, la grande majorité des candidats sont les comptables d’un bilan du quinquennat calamiteux qu’ils n’osent évidemment pas défendre. Mais par ailleurs, aucun ne semble vouloir partir dans la reconstruction idéologique et programmatique d’une gauche moderne.

Perdu pour perdu, ils devraient mettre à profit la periode qui s’ouvre pour réinventer la gauche. Ils préfèrent s’autodétruire.

Deux candidats, l’ont compris très vite. Ils se sont mis à l’écart de ces bagarres d’un vieux parti moribond.

Jean-Luc Mélenchon d’un côté, mais qui n’a pas l’ambition de gouverner. Il peut donc proposer un programme alternatif radicalement différent mais inapplicable. Un programme critique pour aller à la bagarre et se tailler une petite part du marché politique. De quoi vivre quelques années.

Emmanuel Macron est sorti de l’institution partisane et il est parti tout seul, en marche, avec quelques convictions fortes. Son intention de départ n ‘était pas de reconstruire la gauche, son intention était de rassembler quelques principes de gouvernance, quelques lignes stratégiques pour remettre la France dans la concurrence internationale. Ça se voulait efficace, donc très simple. Du coup, c’est assez efficace.

Et il se trouve que cette offre politique, dégagée des querelles de parti et d’ego, rencontre les suffrages d’un nombre de plus en plus grand de Français. Des Français de gauche déçus mais aussi de Français de droite et du centre. Des jeunes et des moins jeunes. La question est de savoir s’il réunira assez de monde pour passer le premier tour de la présidentielle. Ça n’est pas gagné.

En attendant, il a jeté les bases d’un nouveau courant politique, une nouvelle formation qui pourrait très bien former dans l’avenir le corps de ce qui serait une nouvelle gauche moderne.

En attendant, si ce scenario est crédible, il voudrait dire que les candidats de la primaire de gauche auront rate la reconstruction de leur parti. Plutôt que de s’étriper pour savoir qui a fauté aux côtés de François Hollande pour rater le quinquennat, les candidats sérieux comme Manuel Valls, Arnaud Montebourg, ou Vincent Peillon, feraient mieux de se mettre autour d’une table pour reconstruire un corps d’idée et de projet qui servirait de charpente à une gauche moderne.

Quoi qu il arrive, la France, la démocratie et la droite française, auraient besoin d’une gauche qu’on appellerait « social-démocrate » ou libérale, peu importe, comme en Allemagne, comme en Grande-Bretagne ou comme dans la plupart des grandes démocraties. Comme la voulait Mendès France ou Michel Rocard.

Pour se faire, il suffirait que les hommes de gauche se mettent d’accord sur trois dossiers clefs.

Le premier porte sur le marché socio-politique de la gauche. Avec des vraies questions. Quelle est l’ambition de la gauche française aujourd’hui ? Qui le sait ?  Elle est devenue le parti de la classe moyenne et dirigeante, le parti des fonctionnaires et des professions protégées, le parti des rentiers, ce qui fait qu’elle produit des offres très conservatrices, très protectionnistes. Sur ce marché- là, elle est très concurrencée d’où sa disparition progressive. Est-ce que la gauche moderne ne devrait pas s’occuper plutôt des pauvres, des vrais pauvres déshérités, les laissés-pour-compte de la société, de ceux qui n’ont ni formation, ni travail et tenter de leur offrir des solutions pérennes plutôt que des assistances permanentes ? Une société de responsabilité plutôt qu’une société de protection.

Alors ce dossier est épais, puisqu’il concerne, le rôle de l’entreprise, l’organisation du travail, la formation et la fiscalité.

La gauche officielle pourrait mettre tout à plat. Elle en a le temps.

Le deuxième dossier concerne le rôle de l’Etat, son périmètre et son partage de compétence avec les collectivités locales et les organisations européennes. Il serait temps de considérer que l’Etat central ne peut pas tout faire, tout régler, tout financer. La gauche peut proposer des responsabilités régionales plus fortes, et de la concurrence … la gauche comme le proposait Jacques Delors pourrait aussi déléguer plus de pouvoir à l’Europe. Le rôle de l’Etat est un rôle de régulation et de définition des lignes stratégiques. Ce dossier est extrêmement difficile à régler parce qu’il implique de retirer du pouvoir aux fonctionnaires qui forment le cœur de l électorat historique de la gauche. Une fois de plus, la gauche aurait le temps d ‘opérer cette mutation.

Le troisième dossier porte sur la défense des frontières contre les risques du terrorisme. Il faut absolument trouver le juste équilibre entre la nécessite d’ouverture et l’obligation du contrôle. Ça ne peut se faire qu’en coordination avec l’Europe. La gauche (et un peu la droite) n’a jamais été claire sur la nécessité de lutter de toutes ses forces contre le terrorisme qu’il vienne de l’Islam radical ou pas. La gauche, au « nom des droits de l’homme », a souvent pensé que le terrorisme se nourrissait des excès du capitalisme sauvage alors que le terrorisme aujourd hui a très clairement des racines idéologiques et religieuses.

Manuel Valls, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg vont donc passer leur temps à se détruire et promettre de se rassembler à l’issue du primaire. Sans doute réussiront-ils à présenter cette posture.

Cette posture n’aura aucun intérêt, si elle ne correspond pas à un la présentation d’un socle de projets et de reformes de la gauche française qui leur soit commun et cohérent.

Or actuellement personne n’est sûr que les principaux candidats du primaire de gauche soient convaincus qu’il faille reconstruire un parti socialiste français.

Une fois de plus, les seuls qui le pensent vraiment, sont Jean-Luc Mélenchon mais il ne veut pas d’un parti de gouvernement et Emmanuel Macron qui fait son chemin tout seul, pour l’instant. Quel pays !!!