Réinventer l’Etat-Providence, oui, mais sans augmenter la dépense publique. Le risque du modèle social, c’est le risque de l’obésité.

En promettant un nouvel Etat-Providence, Emmanuel Macron a cru calmer le jeu de ses adversaires. Pas sur, il va peut-être donner des arguments à tous ceux qui veulent détruire le système. 

 

Tout en confirmant son diagnostic sur les dysfonctionnements de la société française, tout en recadrant sa stratégie de réformes qui vise à renforcer la compétitivité de l’économie française, Emmanuel Macron a montré qu’il entendait les critiques et les risques de colère sociale. 

D’où son projet de reconstruire un modèle social et de revoir l’architecture de l’Etat- Providence. En disant cela, il n’a rien dit. Mais en disant cela, il a remis du carburant dans un débat très à la mode qui revient à lister les méfaits du capitalisme international. Ses dysfonctionnements, ses effets pervers. Ce qui n’est évidemment pas productif. 

Ce qu‘ont encore très bien fait les économistes français parmi les plus sérieux lors des journées d’Aix en Provence le week-end dernier. «Haro sur le capitalisme en liberté, vive l’Etat-Providence, la redistribution et la régulation.» So what ? 

Le discours critique et convenu aujourd’hui est très simple.La mondialisation débridée depuis 15 ans, alliée aux effets de la révolution digitale, le tout conjugué à un capitalisme financier incontrôlé a crée des poches de pauvreté de plus en plus importantes avec des populations qui se sont retrouvées sans emplois, déclassées et abandonnées. 

Ce discours est développé en France par tous les responsables politiques en dehors de la majorité, par les leaders syndicaux, les partis extrémistes et beaucoup d’observateurs et d’analystes. Il est d’ailleurs plus ou moins légitimé par des organismes officiels puisque l'OCDE et le FMI commencent à considérer que l’accroissement des échanges commerciaux et la globalisation avaient entrainé des mutations difficiles à supporter. Un discours qui explique le succès des positions populistes dans la plupart des pays occidentaux. 

La réponse à ce diagnostic d’appauvrissement et d’accroissement des inégalités est très connue. Elle passe par des positions populistes dans la plupart des grandes démocraties occidentales (en Grèce, en Italie, en France, aux USA et au UK), des positions populistes prônent une mise en place de mesures protectionnistes, une limitation du libre-échange et un accroissement des mesures de protection sociale et d’aides diverses aux plus déshérités. 

 

Très bien !  Sauf que cette position très à la mode appelle deux remarques, très simples. Des remarques de bons sens. 

 

1erremarque, renforcer l’Etat-Providence, augmenter encore la dépense sociale pour amortir la douleur, réduire la pauvreté. Oui, mais peut-on, dans un pays comme la France, en faire encore plus que ce qu‘elle fait depuis un demi siècle ? La France est le pays au monde qui consacre le plus d’argent à son modèle social. C’est un modèle qui produit quelques résultats puisque les inégalités des revenus bruts ont en moyenne été divisées par trois après redistribution sociale. En gros, l’échelle des revenus bruts perçus va de 1 à 8 en France. Après les versements fiscaux et sociaux et la redistribution des prestations les plus diverses, l’échelle des inégalités est réduite de 1 à 3. Progrès énorme. Il n’y a pas un pays démocratique au monde qui fasse mieux. 

Le problème, c’est qu'une telle obésité du modèle social français coute extrêmement cher. Parce que les prestations sociales, ce sont des impôts et que l’impôt tue la compétitivité et par conséquent, la création de richesse. Si on veut accroitre la compétitivité, il faut nécessairement réduire l’impôt et donc la dépense sociale et publique. 

Le problème, c’est que cette obésité, cette générosité de l’Etat-Providence a certes réduit les inégalités quand on les mesure au niveau macroéconomique, mais n’a pas solutionné les problèmes de fond. Sur l'emploi, le chômage est catastrophique, sur le logement, la part des logements aidés est de plus en plus importante mais les demandeurs de logements aidés sont aussi de plus en plus nombreux. Sur la santé, sur l’éducation, les dysfonctionnements n‘ont pas cessé d’augmenter. 

 

2eremarque : l’inefficacité du modèle social, en dépit de son cout, a fini par alimenter une critique du système économique à laquelle une partie de l'opinion n’est pas insensible, sans avoir de solution alternative. 

Et c’est vrai que la mondialisation est anxiogène pour tous ceux qui se sont retrouvés au chômage à la suite de délocalisations industrielles. C’est vrai que le digital est anxiogène pour celui à qui on va dire qu’il pourra être remplacé par des robots. C’est vrai que la concurrence est anxiogène aux agents économiques qui ont été protégés par l’Etat et qui se retrouvent confrontés aux vents du grand large. 

Tout cela est vrai, mais de la à renoncer au systeme capitaliste, il y a une marge impossible à franchir, sauf à accepter une forme de suicide collectif. 

Il n’y a pas d’autre système d’organisation économique qui, dans l’histoire et dans le monde, aurait généré autant de progrès sociaux, culturels, humains et pour le plus grand nombre, que le système capitaliste. 

Alors que le système capitaliste ait des défauts et des dérives, c’est une évidence. Mais en deux siècles, il en déjà résorbé beaucoup. Il faut relire Charles Dickens ou Emile Zola, pour mesurer les progrès accomplis.

Même les chinois peu adeptes des libertés individuelles ont compris que l'économie de marché était le seul système capable de les sortir de la misère et les faire passer du Moyen Age au 21ème siècle. De la charrue à bras au téléphone portable en moins d’une génération. 

Que le modèle social européen ou que l’Etat providence à la française doivent être plus efficaces, c’est évident.Mais cessons d’augmenter la dépense. En économie aussi, l’obésité tue. 

Que le système capitaliste mondial héritier d’Adam Smith, de Ricardo ou de Frederick Bastiat ait généré des dérives insupportables,certes mais essayons de réguler, d’amender, après tout le système aussi libéral soit-il a besoin de règles. Et comme le système est mondial, il a évidement besoin de règles mondiales.