Rififi chez les seigneurs du digital : Apple répond à Bloomberg qui l’accuse d’utiliser un « black site » où travaillent 250 techniciens au rabais ...

Bloomberg a pris des risques en accusant Apple de ne pas respecter le code du travail dans un atelier secret. A moins qu’il fasse de la politique et supporte mal qu’on donne ainsi raison à Donald Trump qui se nourrit de la pauvreté. 

Pour Apple, c’est évidemment un mauvais coup. La firme à la pomme magique, devenue l’entreprise la plus chère de l’Amérique, première à dépasser les 1000 milliards de dollars en capitalisation boursière, modèle de réussite technique, commerciale et managériale, se retrouve accusée d’utiliser secrètement des ateliers de main d’œuvre à bas prix avec des conditions de travail assez médiocres et cela, à deux pas du magnifique campus, Apple Parc à Cupertino en Californie, en plein cœur de la Silicon Valley.

Les faits sont très simples. L’agence Bloomberg, incontournable pour les milieux financiers, a publié un papier dans lequel ses journalistes racontent qu’il existe à Hammer-Wood, un bâtiment secret où 250 salariés travaillent à la cartographie de Apple. « Apple mA ». Ces 250 salariés sont pour la plupart des techniciens avec des contrats courts de 12 à 15 mois, ils ont signé avec "Apex Systeme", qui gère les ateliers mais qui travaille pour Apple.

Jusque-là, rien de très inquiétant. Sauf que d’après Bloomberg, ce travail et les conditions de travail doivent rester confidentiels. Les employés ont surnommé ce site “le black site ". Pourquoi ? Parce ce qu‘ils n’ont pas le droit, par contrat, de faire état de la réalité de leur travail pour Apple, ils ne peuvent même pas le mentionner sur leur CV. Par ailleurs, les locaux sont évidemment beaucoup moins modernes, confortables et luxueux que ceux du campus officiel, mais selon les employés interrogés par Bloomberg, ils sont aussi sous équipés. Pas de restaurant, pas de cafeteria, pas de salle de gym comme chez Apple, très peu d’avantages sociaux. Apex, qui est donc le véritable employeur, offre des primes d’assurance maladie très chères avec des conditions draconiennes. Alors qu'en moyenne, une assurance maladie compense la perte de salaire pendant la durée de la maladie, le contrat Apex ne couvrirait que 48 heures d’absence par an. Ajoutons à cela que les salaires ne dépasseraient pas 25 dollars de l'heure, ce qui ne permet pas à ces employés délocalisés de vivre décemment en Californie. La plupart se débrouillent.

Beaucoup d’employés racontent qu’ils ont été recrutés via LinkedIn, qui sélectionne tous les candidats ayant une expertise en cartographie sans mentionner le lien avec Apple, sauf si le candidat hésite... Dans ce cas, on lui fait miroiter la possibilité de passer sur le campus au terme d’une période d’essai.

En réalité, les chances de passer dans la maison mère sont très minimes.

 

Pour l‘image de Apple, de telles démonstrations ne sont évidemment pas fameuses. Alors Apple a répondu pour prendre de la distance avec ces process en rappelant deux choses.

La première, étant que Apex est un sous traitant.

La seconde, visant à expliquer qu’Apple procédait à des contrôles périodiques de tous ses fournisseurs, dont Apex. Apple audite les conditions de travail afin de s’assurer que les conditions d’emploi et d’embauche sont correctes et transparentes, y compris les processus de recrutement.  Les dirigeants d’Apex ont eux même déclaré qu’« ils étaient totalement transparents et que chaque employé pouvait faire part de leurs préoccupations soit directement soit anonymement. »

Enfin, Apple a aussi précisé que le passage des employés chez Apex pouvait servir de banc d’essai pour être embauchés chez Apple.

 

Bref, Apple a très bien compris que dans le climat actuel, l’entreprise dont l‘image est remarquable dans le monde devait aussi soigner sa marque employeur.

Personne n'a jamais pensé que la Californie, royaume de l'industrie du digital, était un pays peuplé de Bisounours. La concurrence est terrible entre les marques et entre les hommes parce que l’argent coule à flot.

Mais on sait aussi que la Californie n’a pas échappé au fléau que constitue le creusement des inégalités. Il y a beaucoup de riches et même de très riches dans la Silicon Valley, Bloomberg a simplement voulu dire qu’il y avait aussi des travailleurs pauvres dans les industries les plus modernes et les plus innovantes. L‘agence fondée par l’ancien maire de New-York n’a pas abandonné sa passion de la politique et qui sait ( ?), son projet de tenter les prochaines présidentielles.

Pour lui, Daniel Bloomberg, la question est de savoir si la masse des travailleurs pauvres aux Etats-Unis n’est qu’un accident du capitalisme digital ou une caractéristique structurelle. Si c’est une caractéristique structurelle, ça veut dire que le capitalisme mondialisé a cassé l’ascenseur social qui a permis au rêve américain de se réaliser pour tant de monde dans le passé.

Pour lui, ca veut dire enfin que Donald Trump et ses successeurs ont un boulevard pour asseoir leur pouvoir sur ce populisme né de cette pauvreté relative.