Tsipras peut réussir en Grèce ce que Hollande rate en France : éliminer les Frondeurs et lancer des réformes

Alexis Tsipras va sans doute gagner les élections. Si c’est le cas, il aura réussi à éliminer des amis de l’extrême gauche, ceux qui lui avaient permis d’arriver au pouvoir. Il peut réussir à construire une majorité réformiste. François Hollande lui, s’est laissé enfermer par sa gauche extrême. Quel gâchis !

Alexis Tsipras va sans doute écrire une page de la démocratie européenne qui sera lue et relue dans toutes les écoles de sciences politiques. Finalement, et contrairement, à ce que beaucoup imaginaient en Grèce, la crise doit rendre les peuples et leurs dirigeants intelligents.

Alexis Tsipras a de très grandes chances d’être réélu avec une majorité qui lui votera le programme de réformes négociées avec les instances européennes.

Sa démission avait surpris tout le monde. Les réformes de juillet étaient passées, la BCE et le FMI avaient été remboursés. Du coup, les banques avaient pu rouvrir sauvant la Grèce d’une faillite annoncée. Mais Alexis Tsipras ne pouvait pas aller plus loin sur les chantiers de réformes gigantesques qui attendent la Grèce. Mais sur la mise en place d’une fiscalité moderne, sur une chasse à la fraude et à la corruption et sur le programme de privatisation, Alexis Tsipras n’avait plus de majorité.

Une grande partie des députés de Syriza l’ont lâché progressivement. Ils ne pouvaient pas accepter d’avoir été élus sur un programme de rupture avec l’Europe et l’Euro, ils ne pouvaient pas avoir fait voter massivement au référendum pour le non à l’Europe et à l’Euro et se retrouver obligé d’approuver une politique qui n’avait plus rien à voir.

Alexis Tsipras expliquera, peut-être un jour, pourquoi, lui, idéologue convaincu ça ne le gênait pas de trahir ainsi ses engagements électoraux. Toujours est-il qu’il s’est soumis aux principes de réalité. Il expliquera sans doute que la situation était beaucoup plus dangereuse qu’il ne l’avait imaginé. Qu’il fallait tenir compte des réalités européennes pour sauver les Grecs de la ruine totale. Son problème était d’obtenir une majorité pour faire passer les réformes.

Et bien contrairement à toute attente, il va sans doute obtenir cette majorité en marginalisant près de la moitié des députés Syriza. C’est-à-dire l’extrême gauche de la gauche, en bref; l’équivalent des écolos de gauche, du Front de gauche et des frondeurs.

Contrairement à toute attente, les Etats européens souhaitent ce scenario qui leur garantit les réformes nécessaires. Ce qui est paradoxal.

Après avoir ferraillé dur pendant six mois, après avoir enregistré  avec plaisir le départ du ministre de l’Economie Yanis Varoufakis, coupable d’avoir grippé les négociations avec les créanciers, les Etats européens, et pas seulement la France, la Commission européenne et la banque centrale espèrent la victoire de Tsipras. C’est pour toute l’Europe, un facteur de confiance. Personne ne voyait d’un bon œil le retour de la vieille droite qui n’a jamais réussi dans le passé à moderniser et assainir ce pays.

Ce qui est étonnant dans ce parcours c’est que Tsipras aura réussi, s’il parvient à gagner, à mette en place une majorité progressiste et réformatrice pour inscrire le pays dans la mondialisation, la modernité et l’Europe de l’euro.

En fait, Alexis Tsipras aura réussi à faire ce que François Hollande a complètement raté. François Hollande est arrivé au pouvoir avec un programme irréalisable compte tenu de la réalité du pays, de l’économie et des marchés. Il aurait dû développer une stratégie pro-européenne, restaurer des conditions  favorables aux entreprises, alléger les contraintes. Mais pour ce faire, il aurait fallu trahir ses engagements de campagne et l’assumer politiquement : c’est-à-dire changer de majorité si ça lui avait été possible.

Intéressant que Tsipras fasse aujourd’hui ce que Hollande aurait dû faire. Les chercheurs en sciences politiques et les docteurs en démocratie vont pouvoir écrire des livres et peut-être même les vendre.