USA-Chine : après la guerre commerciale, la guerre des monnaies a commencé et Xi Jinping se fâche

La Chine a donc riposté en dévaluant sa monnaie et le yuan a touché son plus bas historique. Alors qu’on s’attendait à la poursuite d’un dialogue musclé mais convenu entre l’Europe et les USA sur la fiscalité du digital, le risque de guerre des monnaies à l’échelle mondiale se précise.  

A force de menacer et de jouer avec les tarifs douaniers pour faire plaisir à son électorat du Middle West, Donald Trump va se retrouver avec une guerre des monnaies fomentée par les Chinois qui viennent de riposter assez violemment en dévaluant leur monnaie. Du coup, le prix à payer par le consommateur américain risque d’être beaucoup plus lourd. 

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Donald Trump a occupé la galerie internationale en menaçant la Chine de renchérir les importations chinoises avec des droits de douane.

La menace est difficile à mettre en œuvre, parce qu’elle peut affecter les consommateurs chinois qui finiront par payer ces droits. Après quelques mois de pseudo conciliabules avec les autorités chinoises, après un bras de fer perdu avec la Réserve fédérale americaine, le président américain a confirmé sa décision de fixer une surtaxe de 10% sur plus de 300 milliards d’importations chinoises qui étaient exonérés jusqu’à maintenant. A ce niveau, on touche au cœur des flux commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis. Les autorités de Pékin ont donc assez violemment réagi et cela pour la première fois. 

D’une part, elles ont demandé aux organisations agricoles de bloquer leurs achats de produits américains, les semences et les phytosanitaires, qui sont parmi les premiers postes d’exportations américaines vers la Chine. 

D‘autre part et plutôt que de travailler produit par produit, la Chine s’est décidée à déprécier sa monnaie de façon à compenser les pertes liées au mesures douanières. La Chine baisse la valeur du yuan à partir de laquelle elle intervenait pour soutenir les cours et laisse donc filer sa monnaie. 

Alors, ça va lui couter cher en devise compte tenu de l’argent placé aux Etats-Unis, mais peu importe puisque la Chine n’achète plus d’actifs depuis de nombreux mois. 

La réaction de Donald Trump en ce début de semaine a été très brutale, puisque le président américain a traité les Chinois de tous les noms, de voleurs et de manipulateurs, les accusant de violer tous les accords. Le comble, c’est qu’il vient d’intervenir auprès des institutions internationales, du FMI et de l’OMC pour dénoncer cet "avantage concurrentiel injuste et déloyal" que viennent de s’octroyer les Chinois.

La démarche est assez cocasse quand on sait la façon dont les Américains ont utilisé dans leur histoire la variation de change du dollar. Cocasse aussi de voir le président américain en appeler aux institutions internationales après avoir proclamé leur inutilité et son ambition de détruire les accords multilatéraux au profit du bilatéral. On croit rêver !

Tout cela veut dire que nous sommes désormais entrés dans une phase d’hostilité qui va être difficile à contrôler.

Les conséquences de cet état de guerre latente sont très faciles à imaginer. La croissance mondiale va continuer de s’infléchir. Le Japon et l'Europe devraient essayer de se mettre à l'abri d’une tempête monétaire. Le Japon en a parfaitement les moyens. L’Europe aura beaucoup de mal, compte tenu de son manque de cohérence politique et économique. 

En attendant, les marchés financiers se replient. Depuis le début de la semaine, les bourses américaines ont perdu près de 3% et les indices chinois de 5%. Le CAC 40, principal indicateur en Europe, a perdu 5,5% en quelques jours. 

La difficulté de cette période très troublée, c’est qu’on ne peut pas parier sur une paix prochaine entre les deux protagonistes. 

Tout ce qui se passe sur le champ économique et monétaire dépasse et de loin les seuls mécanismes techniques. 

Du côté de la Chine, on estime et (on espère) que Donald Trump ne sera pas réélu, on reviendrait donc à un équilibre plus normal.

Du côté américain, on est convaincu que la Chine a plus à perdre que l’Amérique à ce petit jeu.La meilleure preuve est que selon les observateurs américains, la détérioration des conditions économiques encourage les forces démocratiques et fragilise le pouvoir. 

A Pékin, on fait le pari que les jours de Donald Trump sont comptés. 

A Washington, on explique que Xi Jinping ne pourra pas tenir longtemps la ligne aussi dure qui est la sienne